02.07.2008
BAUMEL III - 1
TROISIÈME PARTIE
LE NOTABLE
1 - Entre Rueil et Paris
Promesses électorales
Rueil-Malmaison est une ville riche de son histoire.
En 860, Charles le Chauve fit don de “la villa de Rueil”, qui faisait partie du domaine royal, aux religieux de Saint-Denis.
Seigneur de Rueil, Richelieu y fit construire un superbe château, dont il ne reste que de minces vestiges.
Napoléon passa par Rueil, Joséphine, Impératrice douairière, s’y retira, et, parmi tant de personnalités qui y vécurent, citons, par exemple, Jules Favre et Charles Floquet.
Mais Rueil, qui a pris le nom de Rueil-Malmaison en 1928, à l’initiative de Jean Bourguignon, conservateur du “Château et Musée de Malmaison”, n’est pas seulement une ville musée.
C’est, dans la banlieue ouest de Paris, à quelque 8 kilomètres à vol d’oiseau de la place Charles de Gaulle-Étoile, une commune moderne, la plus vaste des Hauts-de-Seine, peuplée de plus de 60 000 habitants.
La population rueilloise a doublé tous les cinquante ans au cours du XIXe siècle :
2 548 habitants en 1801, 5 253 en 1851, 11 013 en 1901.
Une première accélération se produit après la première guerre mondiale. Recensement de 1911 : 13 203 habitants.
De 1936 : 26 796 habitants.
La population a doublé en 25 ans.
Le recensement de 1946 dénombre 27 016 habitants; celui de 1962 : 55 228. Ce n’est plus en 50 ans, ce n’est plus en 25 ans, c’est en 16 ans que double la population de Rueil-Malmaison. Les grands ensembles et la construction pavillonnaire se disputent les terres des maraîchers qui peu à peu disparaissent. La mise en place des équipements administratifs, scolaires et culturels a bien de la peine à suivre la croissance effrénée des logements.
En 1965, Marcel Pourtout, maire depuis 1947, a été réélu. Entre 1954 et 1962, il a dû faire face à un accroissement moyen annuel de la population de 2877 habitants. Entre 1962 et 1968, cette progression chute sensiblement et devient trois fois moins importante. Profitant de cette accalmie, la municipalité s’efforce de mieux équilibrer ses budgets de fonctionnement et d’investissements, soucieuse de répondre aux besoins les plus urgents mais aussi de tenir la promesse faite aux électeurs de ne pas augmenter les impôts locaux.
En 1970, elle s’enhardit jusqu’à décider la construction d’une piscine. La première pierre est posée le 17 octobre, alors que va commencer la campagne pour les élections municipales.
Pour le candidat Jacques Baumel, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, mais aussi élu du canton de Rueil Sud, et maintenant Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, le maire sortant est un obstacle.
Va-t-il se représenter? Comment l’en dissuader?
Tête de liste en 1965, le nom de Marcel Pourtout était suivi, sur les bulletins de vote, de neuf lignes de petits caractères serrés : Maire de Rueil-Malmaison, Président du Conseil Général (de Seine-et-Oise) de 1957 à 1960, Officier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1914-1918, Officier des palmes académiques pour services rendus à l’École... pour ne citer que quelques éléments d’une riche nomenclature, qui s’achevait par l’indication de sa profession et son adresse : Carrossier, 37, avenue Paul-Doumer.
Dans sa séance du 2 novembre 1970, le Conseil municipal a donné son nom à une rue nouvelle, aménagée pour accéder à la piscine - hommage rarement rendu à un maire en exercice.
Que faire s’il sollicite un nouveau mandat?
Comme il hésite, on l’attaque, parfois insidieusement, parfois à la hussarde. On rappelle qu’il est né en 1894. Quel âge a-t-il donc? Faites le compte. Certes, il s’est conduit en héros, au cours de la guerre 14-18, mais depuis la patrie a connu d’autres défenseurs. La roue tourne, il faut savoir céder la place aux jeunes.
Finalement, le vieux notable se rallie à son fringant rival et s’adresse à ses électeurs en ces termes :
“ Sollicité par de nombreux amis et après mûre réflexion, j’ai consenti à participer à la nouvelle liste qui se présente à vos suffrages mais je vous le dis tout de suite pas pour être Maire. Ma présence parmi le nouveau Conseil Municipal pourra encore être utile.
N’appartenant à aucun parti politique, j’ai toujours constitué des listes d’union pour l’administration de la ville. Cela seul compte et la bonne gestion a été mon plus grand programme. ”
Sur sa Liste d’Union et de Progrès social, Jacques Baumel inscrit donc, à la suite de son nom et de celui du Docteur Jean-Marie Toutain, conseiller sortant, député de Rueil,1 les noms de Marcel Pourtout et de quatre autres conseillers sortants. Puis viennent les nouveaux, dans l’ordre alphabétique. Ils représentent tous les quartiers de la ville, toutes les classes de la société et tous les âges. A noter par exemple, à côté de Marcel Pourtout (77 ans) “Maire sortant - Officier de la Légion d’Honneur”, André Cros “Jeune Cadre Industriel” et François Le Clec'h “Étudiant - Président Action Personnes âgées”.
Deux listes représentent l’opposition.
La Liste d’Union démocratique est conduite par Michel Duffour, instituteur, candidat malheureux aux précédentes municipales et aux précédentes législatives, âgé maintenant de 30 ans, membre du PCF, conseiller général de Rueil Nord. Au nom de “la gauche unie”, Michel Duffour et les siens se battent pour que la Mairie ne soit pas “soumise à l’UDR”, dont le “premier dirigeant, M. Tomasini, veut bâillonner l’ORTF parce qu’il la trouve trop libre ! Lutter contre Baumel, c’est lutter aussi pour la défense des libertés.” Ils soulignent par ailleurs que “la liste présentée par l’UDR comporte de nombreux élus sortants” dont le bilan est désastreux. “M. Baumel disent-ils, déclare qu’il est le mieux placé pour créer à Rueil des équipements sociaux. C’est faux (...). Avec lui, les impôts locaux augmenteraient vite car il est, comme tout l’UDR, un partisan acharné du transfert des charges vers les communes.”
La Liste Rueil-Demain, conduite par Michel Tamalet, ingénieur, membre de l’Équipe Nationale des GAM (Groupes d’action municipale) rassemble des “personnalités locales” (plutôt de gauche), mais “on n’y retrouve pas, au premier rang, des conseillers sortants prêts à dire : “Oui, M. Baumel”, pour ne pas perdre leur place (...) On n’y retrouve pas non plus des mystificateurs comme M. Duffour, qui croit faire illusion (quand il parle de gauche unie) avec, sur sa liste communiste, un seul socialiste, employé municipal de Suresnes et habitant Nanterre...”
Cette équipe promet aux électeurs les changements qu’ils attendent, “après 24 ans de conservatisme et de sous-équipement.”, sans s’abaisser à “pratiquer l’intoxication publicitaire qui consiste à “vendre un maire comme une poudre de lessive”.
Comment ce dernier trait pourrait-il toucher notre secrétaire d’État qui a, depuis longtemps, l’expérience de nombreuses campagnes électorales ?
Avec l’insistance qui convient et les moyens dont dispose un représentant du parti le plus puissant, Jacques Baumel promet aux électeurs une ville bien administrée, propre et bien tenue (20 kilomètres de trottoirs refaits dès 1971), une ville plus humaine, moderne, vivante, jeune, prospère, une ville sociale (des emplois pour tous, un programme de 1000 logements sociaux) .
Le 14 mars, il obtient plus de 50% des voix. 2
Il n’y aura pas de second tour.
Le Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, élu du canton de Rueil Sud, a consolidé son implantation locale en remportant une belle victoire.
Il lui reste à tenir ses promesses, dont celle-ci, qui figure parmi les premières : je serai un “Maire efficace, influent, présent tous les jours à la mairie”.
Tous les jours vraiment? Ce sera difficile.
Face au Parlement
Peu après ces élections, le 23 avril 1971, Jacques Baumel est à la tribune de l’Assemblée nationale, pour traiter de questions fort éloignées des problèmes que peut poser la voirie à Rueil-Malmaison.
Voici un extrait du compte-rendu de la séance :
“M. le président. M. Krieg demande à M. le Premier ministre s’il peut faire connaître au Parlement les conséquences que le Gouvernement devra tirer de la création entre l’Égypte, la Libye et la Syrie d’une “Union des Républiques arabes”. Il serait en particulier désireux de savoir si le matériel militaire commandé par la Libye à la France 3 sera frappé d’embargo, ce pays devant être considéré dans le conflit du Moyen-Orient comme appartenant désormais “de jure” à la coalition arabe en lutte contre l’État d’Israël.
M. Jacques Baumel, secrétaire d’État auprès du Premier ministre. En l’état des informations parvenues au Gouvernement, je tiens à dire à M. Krieg que l’union tripartite égypto-syro-libyenne n’aura d’existence juridique que le 1er septembre prochain, sous réserve d’approbation populaire dans les trois pays. Les informations dont nous disposons à ce sujet ne permettent pas de préjuger la portée exacte des modifications éventuelles de la personnalité internationale des États intéressés. Il est par conséquent prématuré de vouloir, dès aujourd'hui, apprécier cet éventuel fait nouveau compte tenu des engagements souscrits par la Libye.
M. le président. La parole est à M. Krie
M. Pierre-Charles Krieg. (rappelons qu'il est UDR)
Monsieur le secrétaire d'État. je vous prie de croire que j'ai apprécié particulièrement la concision de votre réponse mais que, sur le fond du problème, elle ne me paraît guère satisfaisante J'aurais en effet aimé (...) que vous puissiez fournir au Parlement des explications un peu plus précises ( ... ) Je m'étais permis de poser au Gouvernement une question très simple (...) Cette question simple me paraissait appeler une réponse aussi simple, je regrette de ne l'avoir pas obtenue. (Très bien! très bien sur quelques bancs de l'union des démocrates pour la République)
M. Jacques-Philippe Vendroux . Très bien. "
L'ironie de l'intervenant, de même que les approbations qui la suivent, donnent une idée du soutien mesuré que le premier parti de la majorité apporte à l'équipe de Chaban.
Au demeurant, Jacques Baumel a rarement à traiter devant l'Assemblée de problèmes touchant les relations internationales. Le ministre des affaires étrangères, Maurice Schumann, n'est-il pas assisté de deux secrétaires d'État, Yvon Bourges et Jean de Lipkowski?
Notre secrétaire d'État auprès du Premier ministre se voit plus souvent chargé de la prévention des accidents de la route. C'est ainsi que le 5 mai , il s'adresse aux députés pour "faire le point sur le très important problème de la sécurité routière", au terme d'études et de travaux qui ont duré un an.
“Pour la clarté de mon exposé, déclare-t-il, je préciserai le détail de l'action entreprise, en adoptant des subdivisions, classiques d'ailleurs pour tous les initiés, en examinant tour à tour les problèmes de l'infrastructure, des véhicules, des conducteurs, des secours aux blessés et, enfin, de l'information.”
Après avoir annoncé que “le ministère de l'équipement aura terminé dans les prochaines semaines l'opération consistant dans ia suppression de trois cents points noirs sur le territoire, à laquelle s'ajoutera la suppression de deux cents cinquante points noirs dans le programme de 1971”, il parle "du marquage axial et latéral" des routes, et de “la signalisation verticale”, en fonction du trafic (supérieur à 6 000 véhicules par jour, ou compris entre 6 000 et 2 000... ou de plus de 1000...)
“Un très grand effort a été fait de ce point de vue , dit-il. Je ne veux pas, pour ne pas encombrer ce débat, en donner le détail mais je suis prêt à communiquer à M. Barberot (qui a posé la question) les renseignements qu'il pourrait souhaiter ( ... )
J'aborde maintenant le deuxième point de mon exposé général.
On a beaucoup parlé du contrôle technique périodique des véhicules (...) des mesures partielles, mais importantes ont déjà été prises (... ) un projet de loi sera soumis à vos suffrages pour compléter la législation sur ce point 4."
Jacques Baumel traite ensuite de la limitation de vitesse, de l'aménagement intérieur des véhicules, de " la pose obligatoire des ceintures de sécurité sur les voitures neuves (...) A ce propos. note-t-il, je souligne au passage que, sur le plan international, les voitures françaises sont les plus sûres. ”
Ensuite, après le problème des conducteurs (alcoolémie, fichier, prévention, répression, permis de conduire). l'orateur aborde "un autre aspect de ce vaste panorama de la sécurité routière, celui du secours aux blessés “( ...)
" Vous permettrez au secrétaire d'État chargé spécialement de ces problèmes de profiter de l'occasion qui lui est offerte pour rendre hommage à toutes les équipes d'ambulanciers, d'infirmières, d'infirmiers, de médecins, de pompiers, de gendarmes et de membres des divers services de sécurité qui se dépensent sans compter sur nos routes pour essayer de lutter contre la mort. (Applaudissements.) ”
Sur sa lancée, Jacques Baumel attaque le dernier point de son grand discours :
"Notre mission d'information doit consister à persuader les automobilistes que les lois qui régissent la circulation automobile sont des lois scientifiques, qui exigent un comportement rationnel (...)”
Puis il conclut :
“ Ce plan ne fait que démarrer. Nous en sommes à un an d'expérimentation (... )
Mais je tiens à affirmer la volonté formelle du Gouvernement d'inscrire, parmi les priorités de son action, la lutte humanitaire pour défendre la vie des Français sur les routes de France.
(Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la République, des républicains indépendants et du Groupe Progrès et démocratie moderne.) "
Quelle belle union, dans l'enthousiasme, des partis de la majorité! Voilà de quoi revigorer un secrétaire d'État et lui donner confiance en son destin.
Son intervention du 26 novembre, toujours devant les députés, témoigne de la diversité de ses travaux.
“M. le président. M. Mainguy appelle l'attention de M. le Premier ministre sur les graves difficultés que connaissent de nombreuses imprimeries de labeur françaises (... )
M. Jacques Baumel, secrétaire d'État auprès du premier ministre. En réponse à la question orale posée par M. Mainguy, le Gouvernement tient à préciser que les difficultés que connaissent actuellement de nombreuses imprimeries de labeur retiennent particulièrement son attention ( ... )
Un ensemble de mesures est à l'étude tendant notamment à la restructuration du secteur, au développement de la recherche, à la rationalisation des conditions de production, à l'accroissement du taux d'utilisation des équipements par une meilleure coordination des travaux, enfin à l'aménagement des conditions d'application de la fiscalité .”
Au palais Bourbon, la réponse dilatoire fait partie des règles du jeu lorsque “l'ordre du jour appelle les questions d'actualité”.
Mais Jacques Baumel ne parle pas, au nom du gouvernement, que devant les députés, il monte aussi à la tribune du Sénat. Le 25 avril 1972, il y "est entendu au cours du débat sur la question de M. Pierre-Christian Taittinger, ayant trait à une politique de prévention et de sécurité routière”.
Écoutons-le :
“Monsieur le président. mesdames, messieurs les sénateurs, je tiens d'abord à féliciter M. Pierre-Christian Taittinger pour sa très courageuse intervention (... ) Je voudrais lui dire que le Gouvernement - et tout particulièrement le Premier Ministre - est très conscient de la gravité croissante de cette affaire qui tend à devenir maintenant un problème de sécurité nationale, puisqu'il touche à la vie et à la mort de chacune et de chacun de nos compatriotes (... ) L'homme qui vous parle est souvent accablé (par les bilans des accidents de la route)”
Quelles mesures prendre?
" Le problème de la sécurité routière (...) est extrêmement complexe avec une intrication entre les réactions humaines des conducteurs, les facteurs mécaniques, les problèmes d'environnement et les circonstances qui ont provoqué un accident, une espèce de tragédie antique avec ce caractère implacable qui peut surgir à tout instant. "
L'orateur traite ensuite longuement du permis de conduire, de la limitation des vitesses, d'une “volonté d'intervention plus sévère et de plus grande fermeté.”
“ J'ajoute enfin", note-t-il, “que tant M. Pierre-Christian Taittinger que le docteur Henriet ont su présenter d'une façon particulièrement saisissante et avec beaucoup de compétence qu’il apparaît de plus en plus que les solutions doivent être prises sur le plan européen (...)
Voilà les quelques éléments de réponse que je voulais faire aux interventions extrêmement riches, j’allais dire de nos collègues...
M. le président . Il n'y a pas de mal, monsieur le secrétaire d'État. Vous nous faites plaisir.
M. Jacques Baumel, secrétaire d'État. Je me fais surtout plaisir à moi-même. " (...)
La conclusion fait suite à ces congratulations : les pouvoirs publics poursuivront leurs efforts.
Le 5 mai 1972, de retour à l'Assemblée nationale Jacques Baumel répond (une fois encore) "aux questions orales avec débat de MM. Barberot, Ansquer, Dupuy, Tissandier et Chazelle relatives aux accidents de la route".
Ces députés donnent la preuve de leur connaissance approfondie du dossier :
“ Le choc que subit un véhicule percutant un arbre à 120 kilomètres/heures est comparable à celui qu'il subirait s'il tombait d'une hauteur de 84 mètres (...) En un dixième de seconde le cerveau dont le poids moyen est de 1,500 kilogramme pèse alors 33 kilogrammes à 80 kilomètres/heure(...) Les viscères, intestins, rate, ne subissent pas moins les effets de l'arrêt brutal en pleine vitesse, d'où des éclatements responsables d'hémorragies internes. Ces lésions réagissent l'une sur l'autre et ces associations lésionnelles ont le triste pouvoir en se potentialisant de donner aux polytraumatisés ce haut caractère de gravité (...)
A travers le bilan que je viens d'esquisser des morts et des douleurs, note enfin le dernier intervenant, j'aperçois cette immense cohorte des handicapés, avec six cent mille infirmes, souvent des jeunes condamnés à perpétuité. Que dire aussi de la perte économique qui se chiffre à plusieurs milliards? (...) ”
La réponse du secrétaire d'État commence par quelques chiffres : “ 174 morts et 5857 blessés dont 560 graves pour le week-end du 1er mai; 265 morts, 5266 blessés pour Pâques; plus de 16 000 morts en 1971... 5 “
Puis il se lance dans ce qu'il nomme lui-même "une énumération un peu longue et un peu ardue de différentes mesures prises par le Gouvernement dans les principaux secteurs de la sécurité routière.”
Pour conclure, il déclare que "les seules mesures techniques ne seront pas suffisantes (...) c'est le comportement des automobilistes, c'est à dire l'état d'esprit du public et, finalement, l'attitude des Français, qui dans une large mesure, permettra d'améliorer cette situation.
Tel est, en tout cas, le souhait du Gouvernement qui entend poursuivre l'action entreprise depuis deux ans et qui, se refusant à céder à l'abandon, veut la renforcer très prochainement, avec votre appui, en vue de maîtriser ce problème qui, manifestement, dans notre société industrielle moderne, est le revers de la médaille. (Applaudissements.) ”
A la mairie
Le 21 mars 1971, le conseil municipal de Rueil-Malmaison a consacré sa première séance à l'élection du maire et de ses adjoints.
Jacques Baumel a recueilli 36 voix sur 37 ( à déduire un bulletin blanc) et Marcel Pourtout a été élu premier adjoint.
Le nombre des adjoints est de 5 mais le maire, avec l'accord unanime des conseillers, fera le nécessaire pour qu'il soit porté à 8, compte tenu de la population de la commune (62 933 habitants au recensement de 1968).
Le 6 avril, 3 adjoints suppléants sont désignés en début de séance, puis l'ordre du jour est abordé :
- Formation des commissions municipales.
- Acquisition d'un terrain rue Cramail pour construction d‘une école et d'une crèche.
Après que ces deux points ont été traités, si les conseillers pensent en avoir fini, c'est qu'ils connaissent mal leur nouveau maire. Les “questions diverses" qu'il leur soumet ne sont pas moins importantes que celles dont ils viennent de délibérer. Il s'agit en effet de renforcer le service d'accueil de la mairie, de créer une “boîte aux idées" et de mettre en place deux mairies de quartier.
Le 28 juin, c'est avant d'aborder l'ordre du jour que M. le Maire propose la création de commissions extra-municipales, qui seront "des éléments permanents de participation de la population et des centres de dialogues actifs sur les différents projets” envisagés par la municipalité.
Proposition adoptée à l'unanimité. De même que c'est à l'unanimité que le conseil vote des projets de travaux touchant deux collèges (Martinets, Solférino), une maternelle (Jean Jaurès) et l'installation de bâtiments provisoires (10 classes supplémentaires) pour assurer une rentrée scolaire aussi bonne que possible.
Pour que tous les conseillers ne soient pas à l'unisson, il faut que le débat porte sur une "convention entre la ville et les écoles privées". En voici le texte :
"Dans un souci d'équité en considérant l'aide considérable apportée à l'enseignement public, il est juste et nécessaire de s'occuper de l'enseignement privé. C'est la raison pour laquelle, dans le cadre de la loi Debré, il est décidé du principe d'une convention entre la ville et les écoles Saint-Charles et Notre-Dame."
Cette délibération est adoptée à l'unanimité moins deux abstentions, celle de M. Fabre, professeur de l'enseignement public, et celle de M. Bordillon, contrôleur des Postes.
Mais tout le Conseil se ressoude pour décider l'achat d'une propriété pour la création d'un centre aéré, l'ouverture d'une crèche, la construction de logements à loyers modérés, des travaux de voirie, d'aménagement des trottoirs, et, sur proposition de M. le Maire, la modification du tableau du personnel communal par la création de 16 postes de direction et de plusieurs postes de commis, sténo-dactylographes, agents de bureau.
Sur tous ces points, tous les conseillers sont du même avis, le pic de l'opposition s'étant élevé, une seule fois, à deux abstentions. Le nouveau maire, Jacques Baumel, a les coudées franches, d'autant que Marcel Pourtout, ancien maire et toujours premier adjoint, n'assiste pas à la séance.
Marcel Pourtout a été noté "excusé" (non représenté). Il en ira de même aux séances suivantes. On ne le verra plus à la mairie.
Dans sa séance du 28 octobre, la municipalité veut montrer que la priorité donnée à l'action sociale ne le cède en rien à la priorité scolaire.
Au cours de la précédente séance, le maire a informé le Conseil Municipal des demandes “concernant la protection du site de Malmaison, de la Jonchère et des abords de la forêt domaniale de Malmaison, En particulier de la requête adressée par l'Association pour la Sauvegarde de l'Humanisme dans l'Habitat qui suggère la réglementation tendant à conserver à ce site le caractère très “Résidentiel” qui le caractérise".
Dont acte.
Pour satisfaire ces “humanistes”, dans un certain secteur, les terrains de moins de 2500 m2 seront inconstructibles.
Mais la commune est vaste. Aussi Jacques Baumel est-il “heureux d'annoncer que la municipalité a lancé un programme de plus de 300 logements sociaux. Les premiers logements seront attribués en février ou mars 1972".
Dans les jours qui suivent, cette décision suscite un mouvement de protestation dans le quartier de Buzenval où doit être réalisée une première tranche de 202 logements. Pour convaincre ses électeurs du bien fondé de son action, le nouveau maire n'hésite pas à les réunir, le soir, dans de modestes cafés. Et si l'un d'eux lui lance, sur un ton de fausset : "Que penseront ces pauvres gens que vous allez loger dans des tours donnant d'un côté sur le lycée, mais de l'autre sur le cimetière ?” Riposte immédiate : "On est mieux ici qu'en face, voilà ce qu'il penseront.”
Riche de l'expérience de nombreuses campagnes électorales, quel que soit son auditoire, M. le secrétaire d'État, à qui l'on donne du M. le Ministre dans sa circonscription, trouve toujours la bonne réplique pour confondre un éventuel contradicteur.
Il fera donc ce qu'il a promis, mais en sachant ménager la susceptibilité de ses administrés, ainsi qu'en témoigne cette délibération du conseil municipal (séance du 17 décembre) :
" Fixation d'un C.O.S. (Coefficient d’Occupation des Sols) pour le quartier de Buzenval.
Des craintes s'étant manifestées de la part des habitants de ce quartier redoutant de voir à cette occasion densifier inconsidérément ce secteur de Rueil, la Commission Municipale de l'Urbanisme a étudié les problèmes posés et notamment le caractère exceptionnel de la réalisation d'un ensemble de 200 logements sociaux sur un terrain communal route de l'Empereur.
En soulignant le caractère d'extrême urgence de cette réalisation de logements sociaux attendus par un grand nombre de mal logés ou sans logis, la Commission a souligné que cette réalisation ne doit être qu'exceptionnelle dans ce quartier qui doit conserver sa vocation résidentielle. "
Quoi qu'il dise ou fasse, un élu n'oublie jamais que son action s'inscrit entre deux élections.
La démission de Chaban
Au début de l’année 1972, Jacques Baumel n’a pas pour unique préoccupation le logement social à Rueil-Malmaison. En tant que membre du gouvernement, il va, comme tous les ministres, participer à l’activité politique intense qui marque cette année-là le printemps, Georges Pompidou ayant décidé de procéder à un référendum sur l’Europe.
De quoi s’agit-il? De l’élargissement de la C.E.E. (Communauté Économique Européenne) à la Grande-Bretagne, l’Irlande, le Danemark et la Norvège.
Quelques conseillers du Président, Juillet tout particulièrement, sont hostiles à cette initiative, mais d’autres, comme Jacques Chirac, l’encouragent. Le référendum n’est-il pas un élément fondamental de la constitution de la Ve République, et, s’il est vrai que le précédent a échoué, entraînant le départ du Général, l’occasion est belle de réhabiliter cette procédure. Ce projet devrait ressouder la majorité présidentielle et agir bien au-delà, les centristes de l’opposition étant favorables à l’Europe, de même que les socialistes, qui sur ce point s’opposent aux communistes.
Le chef de l’État a bon espoir de semer la zizanie dans le camp de ses principaux adversaires et de bénéficier d’un véritable plébiscite. Juillet, qui prétend que les Français ne s’intéressent pas à la politique étrangère, se trompe assurément.
Annoncée le 16 mars, à l’occasion d’une conférence de presse, la consultation a lieu le 23 avril.
Le “oui” l’emporte, avec 67,71% des suffrages, mais c’est là un faux succès. Compte tenu du nombre considérable des abstentions et des bulletins nuls, le projet n’est accepté que par 36,11% des électeurs.
Juillet avait raison, le Président en convient. A Michel Jobert, secrétaire général de l’Élysée, il confie : “Inutile de raisonner. Pour moi, c’est un échec et un échec personnel” .
Le revers est d’autant plus sensible que les socialistes, favorables à l’Europe mais qui ont demandé aux Français de s’abstenir, et les communistes, qui ont appelé à voter “non”, s’efforcent de concevoir un “Programme commun de gouvernement”. La gauche prépare activement les élections législatives qui auront lieu dans moins d’un an.
Georges Pompidou, bien que déjà sévèrement marqué par la maladie, n’est nullement décidé à leur laisser le champ libre. Il ne veut pas être celui qui inaugurera ce qui s’appellera plus tard la “cohabitation”.
De son côté, le Premier ministre tient également à redresser la barre, au moment même où il s’empêtre dans l’affaire de sa “feuille d’impôts”, que publie Le Canard Enchaîné.
Chaban, dont le train de vie est enviable, ne paie pratiquement pas d’impôts. Certes, il n’est pas sorti des limites de la légalité, mais il bénéficie de “l’avoir fiscal”, un système de dégrèvement peu compatible avec ce que devrait être une “Nouvelle Société”.
Pour obtenir sa réhabilitation, et redorer en même temps le blason de l’État, il décide de solliciter la confiance de l’Assemblée nationale.
Au préalable, il lui faut obtenir l’aval du Président. Celui-ci ne le lui accorde que du bout des lèvres, assez peu convaincu semble-t-il par une argumentation tendant à montrer qu’un vote positif des députés effacerait le fiasco du référendum.
Le Premier ministre ne veut pas comprendre la portée de la réserve incluse dans les termes du communiqué publié à l’issue du Conseil des ministres du 17 mai :
“ M. Chaban-Delmas a été autorisé à engager, s’il le jugeait utile, la responsabilité du gouvernement .”
Les débats occupent les 23 et 24 mai. Le chef du gouvernement s’exprime avec éloquence, pour défendre son bilan et témoigner de sa fidélité au Président.
Les députés votent, et “plébiscitent” le Premier ministre par 368 voix contre 96 et 6 abstentions.
Ainsi le féal triomphe là où le suzerain a échoué : voilà qui risque de mettre en péril le régime de la Ve République, fondé sur la prééminence du chef de l’État.
Le 27 juin, alors que François Mitterrand et Georges Marchais signent leur “programme commun”, Georges Pompidou annonce à Chaban son intention de procéder à un profond remaniement ministériel.
Le 5 juillet, à l’issue du Conseil des ministres, il déclare :
“ Messieurs, j’ai décidé de changer de gouvernement. Je demande à M. le Premier ministre de me remettre officiellement sa démission. ”
La surprise est générale. Le lendemain, Le Monde fera sa une avec ces mots :
“C’était attendu depuis si longtemps qu’on ne s’y attendait plus”.
Jacques Chaban-Delmas s’incline devant la décision du chef de l’État, le remercie de l’aide qu’il lui a accordée durant trois ans et le soir même lui fait parvenir sa lettre de démission...
Dans les jours qui suivent, aux journalistes curieux de son avenir, il répond, avec cet entrain qui le caractérise, qu’il va s’occuper “beaucoup de Bordeaux” 6 .
Et Jacques Baumel de l’imiter. Il va pouvoir lui aussi s’occuper beaucoup de sa ville, Rueil-Malmaison.
Travaux de voirie et ambitieux projets
Pour améliorer la circulation, la municipalité a décidé, le 28 octobre 1971, de refaire la place Louis-François-Besche 7, à la jonction du boulevard Richelieu et de l’une des artères principales de la commune, la route de Saint-Cloud. Le 17 décembre, elle s’est prononcée pour l’acquisition, ”à l’amiable, ou à défaut par voie d’expropriation”, d’une propriété de 290 m2 environ, afin de procéder à “l’aménagement de cette place grâce aux crédits alloués par la Direction Départementale de l’Équipement” .
A la suite de ces travaux, “Monsieur le Maire propose au Conseil Municipal d’attribuer à une voie importante de la Ville la date historique du 18 Juin 1940.”
En vérité, Rueil-Malmaison n’a pas attendu qu’un Compagnon de la Libération soit à sa tête pour commémorer les grands événements de la dernière guerre et rendre hommage à ses héros et à ses martyrs. Le boulevard du Général de Gaulle prolonge les boulevards Joffre et Foch depuis 1945 (décision prise dès le 10 février, pour “répondre à un vœu unanime de la population”).
On peut également citer le boulevard Franklin-Roosevelt, la place du Général-Leclerc, la rue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, les places de Bir-Hakeim, de Stalingrad (celle-ci aujourd’hui disparue), sans oublier la rue d’Estienne d’Orves, l’avenue Gabriel Péri, la rue du commandant Louis Bouchet (tous trois fusillés par les Allemands).
Peu avant de se retirer, le 17 février 1970, Marcel Pourtout a donné à l’ancienne place des Docks le nom de place du Huit-Mai-1945, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la fin de la Deuxième guerre mondiale.
La proposition de Jacques Baumel faite au Conseil municipal ce 9 juin 1972 n’a donc rien qui puisse étonner.
Il poursuit en ces termes sa proposition : “Il a paru possible de retenir l’actuelle Route de Saint-Cloud pour recevoir l’appellation de : “Avenue du 18 juin 1940”.
C’est alors que ce manifeste le Docteur Magnin.
“ Je voterai ce projet, dit-il, car il n’y a pas de temps à perdre si on veut l’inaugurer comme prévu le 17 juin prochain. Je déplore cependant que dans cette précipitation le jeu normal de l‘information, de la concertation et du dialogue, n’ait pu jouer. ”
Réplique immédiate de M. le Maire, qui n’admet pas qu’on lui parle sur ce ton :
“Mon cher collègue, je dois vous avouer qu’effectivement nous avons été pris un peu par le temps mais qu’il n’a pas été possible, compte tenu des délais qui nous restaient avant le 17 juin, de procéder peut-être à la concertation préalable. Mais pour une fois que nous imitons les anciens usages de l’ancienne Municipalité de l’ancien Maire, ce n’est pas à vous (qui en faisiez partie) à nous le reprocher.”
La pointe finale traduit aussi une mauvaise humeur qui a sa source dans l’annonce que Jacques Baumel a dû faire en tout début de séance, à savoir :
“Monsieur le Maire informe le Conseil de la démission de M. Pourtout de ses fonctions d’Adjoint au Maire et de Conseiller municipal et exprime tous les regrets du Conseil devant cette décision. “
Le “Nouveau” ne pouvant plus se flatter du soutien de “l’ancien”, il n’hésite plus à le critiquer.
Quoi qu’il en soit, en dépit du murmure du docteur et de la vivacité de la riposte, la délibération est adoptée, comme d’habitude, à l’unanimité.
Désormais, c’est l’Avenue du 18 juin 1940 qui traverse la ville. Elle conduit à l’Avenue du Mont Valérien, par laquelle on accède au grandiose mémorial national de la Résistance, sculpté dans le flanc de la butte.
Quel symbole! Que complétera plus tard, en 1980, une monumentale croix de Lorraine, érigée au milieu de la place Besche.
Toutefois, l’erreur serait de croire que Jacques Baumel, cacique du gaullisme, se complaît uniquement dans la commémoration des événements qui ont conduit à la Libération. Maintenant qu’il a plus de temps à consacrer à la mairie, il étudie de grands dossiers, qui engagent l’avenir de la commune. L’ouverture du collège Solférino, l’ouverture du Centre Culturel Edmond Rostand, la mise en place des mairies de quartiers pour une efficace délocalisation de la vie municipale, l’arrivée du RER en gare de Rueil 8 continuent de retenir toute son attention. Mais il travaille aussi à la réorganisation des services municipaux (création de huit directions administratives) et, le 10 novembre, soumet au Conseil municipal un projet concernant la restructuration du “Cœur de la Ville” (construction d’un vaste parking souterrain et de locaux annexes de la Mairie).
Toutes ces occupations ne l’empêchent pas, en cette fin d’année 1972 et au début de l’année suivante, de participer ardemment à la campagne électorale en vue des élections législatives qui auront lieu en mars 1973.
Pour un nouveau mandat de député
Nombreux étaient ceux qui pensaient qu’Olivier Guichard succéderait à Chaban. Mais le Président a choisi Pierre Messmer, soldat intègre, surtout connu pour sa fidélité au Général. En compensation, Guichard a obtenu un important département regroupant l’équipement, le logement et l’aménagement du territoire. La nomination d’Edgar Faure à la tête d’un ministère des Affaires sociales représente la seule vraie nouveauté. Les autres grands portefeuilles n’ayant pas changé de main, dans un gouvernement réduit à trente membres (vingt ministres et dix secrétaires d’État), les gaullistes historiques ont tout lieu de se montrer satisfaits.
L’une des premières tâches du nouveau premier ministre sera de distribuer les investitures pour gagner les élections législatives. Sous son autorité, les trois partis de la majorité (l’UDR, les RI et le CDP) 9 négocient laborieusement et parviennent à un accord : dans 430 circonscriptions sur 490, ils présenteront un candidat unique, sous le sigle URP (Union des Républicains de Progrès).
Dans l’opposition, à gauche, les alliances sont plus faciles, communistes et socialistes disposant d’un “Programme commun de gouvernement”, signé depuis le 27 juin.
Le centre est particulièrement disputé. “La France souhaite être gouvernée au centre” s’est écrié Giscard, pour lancer sa campagne, ce qui est une façon de repousser sur sa droite les pompidoliens qu’il a rejoints. D’autres centristes, les “Réformateurs”, de Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber, défendront leurs couleurs sans promettre de se désister au second tour en faveur des candidats de la majorité.
Toutes les tendances, tous les partis figurent dans la palette des prétendants aux fonctions de député qui vont se soumettre aux suffrages des électeurs de la 8e circonscription des Hauts-de-Seine, le 4 mars 1973.
Mais quatre candidats, qui représentent les grandes formations, se détachent du lot .
Jacques Baumel, secrétaire d’État non reconduit, député sortant, membre influent de l’UDR, compte parmi les 430 qui portent la cape URP. C’est une candidature qui va de soi. Il se présente à ses mandants comme “un élu efficace qui se multiplie pour vous” et déclare :
“Cher électeur, chère électrice. Permettez-moi de m’adresser à vous autrement que les autres candidats. Vous me connaissez bien depuis six ans comme député, conseiller général, maire de Rueil, président du Conseil Général (le cumul des mandats est un élément valorisant mais, par modestie sans doute, il ne rappelle pas qu’il a été “ministre”). Je suis certainement le candidat qui connaît le mieux vos problèmes et qui peut faire le plus pour vous. Même ceux qui ne partagent pas mes idées savent que je suis un élu efficace, compétent, sérieux, humain et libéral, toujours à la disposition de tous les électeurs et électrices, sans réserve ni parti pris.”
L’un des ses colistiers aux élections municipales, celui qui, à l’occasion, se permet d’élever une objection lors d’une réunion du Conseil à la mairie, ose rivaliser avec lui. Il s’agit du docteur Henri Magnin, qui porte les couleurs du Mouvement réformateur.
A gauche, le parti communiste présente à nouveau Michel Duffour, qui avait rassemblé 43% des voix au second tour des élections de 1967, ce qui lui permet d’affirmer qu’il est le mieux placé “pour garantir la réalisation du Programme Commun”.
Charles Ceccaldi-Raynaud, qui n’avait obtenu, en 1967, au premier tour, que 8% des voix pour le parti socialiste (contre près de 21% pour Michel Duffour) n’affronte pas cette fois-ci les électeurs de Rueil-Malmaison, Garches et Saint-Cloud. 10
Un nouveau venu le remplace, un certain Jacques Fournier.
C’est lui qui se charge d’expliquer “ce que signifie... changer la vie... par la mise en œuvre du programme commun de la gauche”.
Ce candidat à peu près inconnu, originaire d’Algérie, mais qui habite à Saint-Cloud depuis 1957, lance une campagne qui le sortira vite de l’anonymat. D’immenses affiches répandent à travers la ville l’image de ses rouflaquettes, de ses cheveux un peu longs sur la nuque, de ses mèches en bataille sur le front. Au verso de sa profession de foi, les cinq points de son programme sont illustrés de cinq portraits qui donnent une idée de la variété de ses attitudes et de la richesse de sa gestuelle. Est-ce à dire que ce candidat est un m’as-tu vu, un plaisantin?
Que non pas! Ces à-côtés de la campagne montrent seulement qu’il connaît les règles de la communication de masse. Jacques Fournier est un candidat sérieux. “Après des études de droit et de sciences politiques, il est passé par l’école nationale d’administration puis il est entré au Conseil d’État où il est actuellement Maître des requêtes.“ Âgé de 43 ans, marié, père de 3 enfants, ce bateleur est un “Ancien Chef des affaires sociales au commissariat général du Plan”. Il est aussi professeur à l’Institut d’Études politiques et l’auteur d’un ouvrage intitulé “Politique de l’Éducation”..
Et c’est lui qui crée la surprise du premier tour en devançant Michel Duffour. 11
Comme du côté du centre et de la droite, le docteur Magnin empêche Jacques Baumel d’être élu au premier tour, un duel opposera le 11 mars 1973 le maire de Rueil au quasi-inconnu de Saint-Cloud . 12
Jacques Fournier, “socialiste, candidat de la Gauche et de tous les démocrates” conduit sa campagne du deuxième tour en s’abstenant “de toute attaque personnelle”, mais non sans déplorer que son adversaire “se refuse obstinément au débat public et contradictoire” qu’il lui a proposé.
Jacques Baumel, “candidat d’Union nationale antimarxiste”, “seul candidat de la liberté”, réplique en rappelant quelques points de son “Contrat de progrès”.
Cette confrontation intéresse les électeurs. Le 11 mars, la participation est aussi bonne qu’au premier tour. Et le député sortant l’emporte largement avec plus de 55% des voix. 13
Belle victoire! A noter cependant qu’à Saint-Cloud, où Fournier habite et milite dans quelques associations, Baumel obtient 62,74% des suffrages, alors que dans la ville dont il est maire, à Rueil-Malmaison, il n’en recueille que 51,77%. Voilà qui ne peut qu’aiguillonner son ardeur à mettre en œuvre et à mener à bonne fin ses nombreux et ambitieux projets municipaux.
A Levallois-Perret, où le député communiste Parfait Jans a récupéré son siège, la défaite de Charles Pasqua mérite d’être mentionnée, car cet influent gaulliste ne va pas pour autant quitter les Hauts-de-Seine, nous allons bientôt le retrouver.
Au niveau national, la majorité est toujours la majorité avec 263 sièges sur 490, mais son équilibre interne se trouve singulièrement modifié : l’UDR a perdu 89 élus; elle n’en compte plus que 184 et elle aura plus que jamais besoin du soutien des 54 RI (giscardiens) et des 25 centristes.
Pour la suite ---> retour au début, voir colonne de droite, cliquer Baumel III - 2
Notes :
Chapitre III - 1 (p. 137 à 0154)
1 Remplaçant de Jacques Baumel membre du gouvernement.
2 Résultats du premier tour, en date du 14 mars : Électeurs inscrits :32 080 .
Votants : 22 983 . - Suffrages exprimés :22 498.
Ont obtenu :
Liste d’Union et de Progrès social (Jacques Baumel) : 11 338 voix (50,40%)
Liste d’Union Démocratique (Michel Duffour) : 6915 voix (30,74%)
Rueil-Demain (Michel Tamalet) : 4245 voix (18,86%)
3 Il s’agit d’avions “Mirage”. Le matériel militaire français a été frappé d’embargo pour Israël.
4 Le contrôle technique ne sera imposé que 25 ans plus tard, à compter du 1-1-1996.
5 Pour comparaison : 1975 : 13 170 morts - 1980 : 12 543 - 1990 : 10 289 - 2000 : 7 643 - 2002 : 7 242 - 2003 : 5 731 .-
Jacques Baumel est en bonne place parmi ceux qui ont contribué à cette amélioration
6 Arthur Conte, Les premiers ministres de la Ve République, Paris , le Pré aux Clercs, 1986.
7 Cultivateur, maire de Rueil de 1919 à 1921.
8 L’inauguration, prévue pour le 2 octobre, n’aura pas lieu en raison d’une grève du personnel.
9 RI : Républicains indépendants de Giscard d’Estaing .
CDP : Centre Démocratie et Progrès de Pleven, Duhamel et Fontanet
10 Charles Ceccaldi-Raynaudl, après avoir changé de casaque, fera souche à Puteaux, dont il sera maire (RPR), puis sénateur-maire (RPR) durant plus de 30 ans. Sa fille Joelle sera son adjointe à la mairie, ensuite députée suppléante de Nicolas Sarkozy, puis maire à son tour.
11 Fournier : 9 008 voix, 18,62% .- Duffour : 8 938 voix , 18,48% .
12 Baumel : 19 632 voix, 40,60% .- Magnin : 7 516 voix , 15,54%.
( Autres résultats : Emmanuel Allot, FN 2,95% . - Michel Combret, Ligue Communiste 2,O8% . - Martin Jacques, ”Extrême Centre” 1,72% )
13 Participation : 4 mars , 83, 29 % . - 11 mars : 83,08 % .
Baumel : 26 111 voix , 55,12% , Fournier : 21 238 voix , 44,84%.
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