« ÉPILOGUE | Page d'accueil | BAUMEL III - 7 »
09.05.2008
BAUMEL lIII - 8
Jacques Baumel, biographie . Troisième partie, ch. 8
Capitres précédents : voir première page, colonne de droite,
(sans oublier "archives" - "tags")
8 - L’abdication et le bilan
La dernière main
“A Rueil, la culture à toute sa place”, tel est le titre de l’éditorial de Jacques Baumel, dans Rueil infos du mois de mars. En effet, on l’a vu, la ville est riche d’une superbe médiathèque et de cinq autres centres culturels. Dans la suite de son article, M. le Maire annonce ce que sera la cerise sur le gâteau. “Le Conseil municipal, sur la suggestion de Patrick Ollier, a récemment approuvé la création d’un office spécial nommé “Art et Culture de Rueil”, pour monter, étaler dans le temps, gérer et mieux coordonner les activités culturelles et artistiques.”
Deux mois plus tard, dans son éditorial du mois de mai, il complète l’information concernant cet office : “C’est une excellente initiative et je remercie le Conseil municipal de m’en confier la responsabilité après mon retrait de la mairie .”
Profitant de l’occasion, il confirme qu’il renoncera à ses fonctions de maire le 18 juin, “à une date, précise-t-il, que j’ai choisie pour des raisons que l’on devinera sans peine.”
“ Une date symbolique qui a pour moi une grande importance car ma vie a basculé le 18 juin 1940 ”, déclare-t-il à maintes reprises en ce printemps de l’an 2004 .
En vérité, de cette affirmation, il faut retenir surtout l’expression “date symbolique”, car il n’a pas entendu l’Appel 1, mais il a été l’un des premiers à y répondre. Par ailleurs, dans son cœur, le 18 juin, c’est aussi, à deux jours près, l’anniversaire du 16 juin 1946, date du fameux discours du Général à Bayeux, discours programme, discours historique, qu’il a écouté avec l’émotion que l’on sait et qui a définitivement donné un sens à sa vie.
Certes, en ce début d’année, il s’intéresse encore aux deux “énormes chantiers” qu’il a ouverts en janvier, mais c’est Patrick Ollier qui s’en occupe directement. S’agissant par exemple du Plan Local d’Urbanisme (PLU), c’est l’adjoint qui souhaite, “avec Jacques Baumel et (ses) collègues de la municipalité”, conclure les travaux préparatoires par trois grandes réunions publiques. Une lettre est “distribuée dans toute la ville à destination des Rueilloises et des Rueillois”. “ Je vous invite, dit le maire adjoint, à participer à l’une ou l’autre (de ces réunions) que j’organise durant le mois de mai .”
Presque en même temps, les habitants de Rueil reçoivent une autre invitation. “ A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, La liberté guidait nos pas, Jacques Baumel, Maire de Rueil-Malmaison, Compagnon de la Libération, vous invite à une conférence-débat .”
Cette conférence aura lieu le 17 mai, au Théâtre André Malraux; elle sera suivie d’une séance de signatures.
Ce livre plaira à ceux, et ils sont nombreux, qui ont aimé Résister, Histoire secrète des années d’occupation. Dans ce nouveau livre, l’auteur revient, pour les compléter, sur les portraits de ses compagnons d’armes, illustres ou obscurs, qui ont fait de la Résistance une épopée héroïque. Il y brosse, une fois encore, à grands traits, les événements qui ont conduit “Le Pays qu’on enchaîne” à “L’espérance de Bayeux”.
Une espérance qu’il a servie de son mieux.
Avant de se retirer, un 18 juin, il tient à rappeler comment il est devenu gaulliste et ce que cet engagement a signifié pour lui. Dans la clandestinité, il a forgé ses certitudes. Fervent partisan du Général, et l’un de ses plus fidèles, il a finalement choisi la politique pour la ployer au service de ses convictions. Au moment où l’on s’apprête à rendre hommage au maire qui s’en va, il tient à mettre en exergue ce qui a fait l’unité de sa carrière.
Moyennant quoi il pourra laisser parler son cœur :
“Quelles qu’aient été les autres grandes responsabilités nationales que j’ai pu assumer dans l’histoire de notre pays, rien n’a été plus important pour moi que de faire, à partir d’une commune paisible de Seine-et-Oise, une grande et belle ville où sont heureux de vivre les Rueilloises et les Rueillois. Rueil a été, je peux le dire aujourd’hui, le grand amour de ma vie 2.”
Le 18 juin 2004
La séance du Conseil municipal présidé ce jour-là par Jacques Baumel pour la dernière fois est à tous les sens du terme extraordinaire.
Ouverte au public comme il se doit, la salle de réunion est comble. Et quel public !
Madame Louise Baumel, l’épouse aussi discrète que dévouée de M. le Maire, que depuis trente-trois années on devine dans son ombre plus qu’on ne la voit à ses côtés, voisine avec Jacques Gautier, vice-président du Conseil général. Près d’eux, les plus hautes personnalités : Michèle Alliot-Marie, conjointe de Patrick Ollier mais aussi ministre, Charles Pasqua, ancien ministre d’État, Jean-Pierre Fourcade, sénateur et maire de Boulogne-Billancourt, Roger Karoutchi, autre sénateur des Hauts-de-Seine. Derrière ce premier rang, au coude à coude, les heureux Rueillois qui ont pu se faire une place.
Lorsque Jacques Baumel fait son entrée l’assistance se lève pour l’applaudir.
M. le Maire déclare avec émotion que le moment est venu pour lui de mettre un terme à ses fonctions et il rappelle comment, dans la transparence avec ses électeurs, il a préparé sa succession.
Des représentants de la majorité et de l’opposition le remercient pour l’œuvre qu’il a accomplie durant les trente-trois ans qu’aura duré sa mandature.
Puis vient l’heure d’élire le nouveau maire. C’est alors qu’intervient une demi-surprise : le ralliement du groupe “Rueil A Venir” de Thierry Saussez et Danièle Küss à la candidature de Patrick Ollier.
Jean-Pierre Favennec (PS), représentant du groupe “Rueil Pour Tous”, n’en joue pas moins le jeu : il se présente comme candidat au nom de l’opposition.
Un silence poli accueille son discours. “Un rapide bilan de la situation dans notre ville... s’impose”, dit-il. “Priorité doit être donnée à une stabilisation de la population en favorisant parmi les projets de construction restants ceux à dominante sociale. L’aménagement de la ville passe également par des mesures permettant d’améliorer la circulation...” Il traite ensuite de “l’action sociale” que la “rigueur budgétaire” ne doit pas compromettre, de “la sécurité” dont le corollaire est “la prévention” .”Nous souhaitons également, dit-il, donner plus de réalité à la démocratie locale(...) Nous sommes enfin attachés au développement de l’intercommunalité (...) Voilà les projets qui nous paraissent prioritaires et auxquels nous apporterons toute notre attention...”
L’assistance l’a écouté avec patience. Mais maintenant, plus rien ne peut retarder le moment attendu de la passation des pouvoirs.
On vote. On dépouille. Patrick Ollier recueille 42 voix sur 47.
“ Considérant, déclare Jacques Baumel, que M. Ollier a obtenu la majorité des voix, je le proclame Maire de Rueil. ”
L’émotion qu’il éprouve n’altère pas son sourire mais elle se devine à son regard embué. Il tend les bras vers l’élu, le congratule et l’embrasse sous les ovations de tous ceux qui se sont rassemblés pour vivre cette minute exceptionnelle de l’histoire locale.
Suit le discours que le nouveau maire adresse à son prédécesseur .
“ Rueil a plus changé en trente ans, lui dit-il, qu’entre Richelieu et Joséphine, deux autres éminents Rueillois.”
Après un hommage à Madame Baumel, le rappel de ce qu’a été sa collaboration depuis 1965 avec celui qui était alors secrétaire général de l’UNR, et des remerciements à l’équipe municipale qui a facilité la “succession en cours de mandat”, il note qu’une “page un peu particulière vient d’être tournée”.
“Je suis en effet sensible, souligne-t-il, au vote en ma faveur du groupe d’opposition “Rueil à Venir” (..) Nous voici donc tous réunis à nouveau (...) Cher Jacques, c’est une manière de vous rendre hommage que de reconstituer votre équipe unie dans toutes ses différences et toutes ses composantes afin d’affronter ensemble les défis de l’avenir. Il est bien évident que je vais prendre des dispositions pour associer ce groupe à la municipalité...”
Dans quelques jours, Rueil infos annoncera qu’un conseiller municipal du groupe “Rueil à Venir”, Joël Colon, sera maire adjoint, une nomination qui scellera “ le ralliement définitif des 8 élus de “Rueil à Venir” à la majorité municipale “.
Mains croisées sur la table, plus que jamais souriant, Jacques Baumel promène sur les conseillers attablés devant lui, et, au-delà, sur l’assistance bruissante, un regard brillant de bonheur.
Il savoure son ultime victoire électorale... 42 voix pour Patrick !... Effacé l’affront du 11 mars 2001, le ballottage, les 35 sièges... Il avait obtenu 41 sièges en 1995... 40 en 1989...
Il faut remonter à 1983 pour en retrouver 42...
Son retrait est à l’image de sa vie, il se retire en beauté.
Le lendemain, c’est la fête
Jacques Baumel a écrit à tous ses administrés :
“ Chers amis (...) A chacun de vous en particulier s’adresse l’expression de ma plus vive reconnaissance (pour la confiance que vous m’avez témoignée trente trois ans durant ). Je souhaite vous l’exprimer une dernière fois à l’occasion d’une grande soirée de départ en plein air, organisée à l’initiative des membres du Conseil municipal et à laquelle j’ai le grand plaisir de vous inviter le samedi 19 juin à 21 heures dans le Parc de Bois Préau. ”
A l’heure dite, près de 10 000 personnes envahissent la vaste prairie, transformée pour la circonstance en immense théâtre de verdure, et s’installent devant la scène. Au premier rang, Line Renaud, l’amie de toujours, est assise à côté du héros de la fête, et près d’eux, Madame Louise Baumel a pris place entre Charles Pasqua et le nouveau maire de Rueil .
La fanfare du 8e Régiment de Transmission ouvre la soirée. Vont alterner ensuite des chants de l’Emmanuel Gospel Choir et des morceaux de musique interprétés par l’Orchestre du CNR, dirigé par Francine Aubin. Au milieu de ces belles prestations, le chansonnier Jean Amadou introduit quelques touches d’humour.
Arrive alors l’heure des discours. Le premier sera prononcé par Barbara Baumel, l’une des deux filles de Jacques, auxquelles celui-ci a dédié son dernier ouvrage, La liberté guidait nos pas, “pour qu’elles se souviennent de ce passé”.
Barbara semble intimidée.
Jacques Baumel, on le sait, reste bien placé dans le concours permanent organisé par le Canard enchaîné : “Ma binette partout”. Dans les 217 numéros de son magazine, Rueil infos, qui ont précédé sa retraite, son visage apparaît des centaines de fois, peut-être des milliers. Mais les photos de sa famille sont extrêmement rares, celle de son épouse se comptent sur les doigts d’une main. On l’a vue en 1988, à l’occasion de la naissance de leurs petits-enfants, deux jumeaux prénommés Justine et Vladimir. Depuis, jusqu’à ces événements des derniers jours, elle s’est laissé surprendre peut-être deux ou trois fois en compagnie de son mari. Quant à leurs filles, elles n’ont jamais figuré dans les pages du bulletin municipal. Monsieur le député-maire, au demeurant journaliste avant de choisir une autre voie, a toujours su faire la différence entre les nécessités de la presse au service d’une politique et les fantaisies de celle qu’il méprise, la presse “people”.
La discrète Barbara Baumel, qui pour la première fois prend la parole en public, la gorge un brin nouée, rend hommage à son père et l’assistance est sensible à la sincérité des sentiments qu’elle exprime.
Puis c’est au tour de celui que l’on fête de s’adresser à ses chers amis.
Il les remercie de leur soutien tout au long de ces années qu’il a consacrées à la modernisation de Rueil, rappelle que cette ville a été le grand amour de sa vie, et leur lance, pour conclure :
“ Je me retire, le sourire aux lèvres, mais sachez que vous aurez toujours une place dans mon cœur .”
Pour libérer la foule de son émotion contenue et clore la soirée, un grandiose feu d’artifice illumine le ciel et embrase alentour le merveilleux cadre de verdure.
“Un homme, une ville”
Le numéro spécial de Rueil infos (juin 2004) qui a pour titre “Jacques Baumel Un homme Une ville” commence par un florilège de compliments.
“ Le bilan (du partant) est considérable, personne ne peut le contester, affirme son successeur, (...) je ne le remplacerai pas dans le cœur des Rueillois tant sa marque est forte”. “Il a su très rapidement me faire partager sa passion de l’intérêt général et son engagement au service des autres”, renchérit Jacques Gautier, maire de Garches et Conseiller général de Rueil Sud. Maurice Prudhomme, ancien maire adjoint à l’urbanisme, Michel Ricard qui lui a succédé, l’un et l’autre considérés comme les “pères fondateurs “de Rueil 2000, parlent “du maire bâtisseur”, de son exigence vis à vis des promoteurs, de sa “faculté de passer des grands équilibres aux petits détails avec une extrême facilité”. Venu du Périgord où il a pris sa retraite, Jean-Pierre Cibert, ancien maire adjoint à l’enseignement (et ancien directeur d’école), parle de “18 ans d’admiration pour le meneur d’hommes” et ajoute “nous étions en avance dans tous les domaines, ceux qui dépendaient de la commune et bien au-delà.” François Le Clec’h, premier adjoint, délégué à la santé, la solidarité et la petite enfance, rappelle qu’il n’avait que 22 ans, en 1971, quand le nouveau maire lui avait demandé “de déployer ce qu’il appelait “un vrai projet social sur la Ville”, après quoi “les réalisations se sont enchaînées à une extrême vitesse.” Son ami André Cros, comme lui indéfectible cheville ouvrière de l’Union mais aussi infatigable adjoint délégué à l’économie et à l’emploi, organisateur et animateur de la grande manifestation économique annuelle “Futura”, rapporte en quelle circonstance il a vu naître “l’idée de Jacques Baumel de créer Rueil 2000”. Sans rancune, Thierry Saussez note (chez celui qui faisait hier “de Rueil une marchandise”) toutes les qualités qui sont celles des “hommes d’action”, des “hommes d’État” , des “hommes de grande culture”. Quant à Jean Giroud, ancien conseiller municipal d’opposition socialiste, il raconte comment, avec l’appui du maire, son groupe avait pu faire adopter un texte “relevant de la justice sociale” (tarif des repas dans les cantines) contre l’avis d’une partie de la majorité.
Mais les politiques ne sont pas les seuls thuriféraires.
Didier Ducros, directeur général adjoint des Services de la Ville note les “prodigieuses facultés d’adaptation” de Jacques Baumel, Line Renaud, ”artiste”, “sa capacité de récupération”.
Colette Piat, “écrivain”, voit en lui “ un personnage extraordinaire, indescriptible, complexe, shakespearien, admirable - évidemment - mais l’adjectif me gêne par sa banalité .”
Trois témoignages de jeunes appartenant à “la génération Baumel”, c’est à dire “ nés en 1971 ou après ”, ajoutent leurs louanges aux jugements de leurs aînés.
Vient ensuite l’examen du bilan.
Premier point abordé : Rueil 2000,
“ LA réalisation de Jacques Baumel. Son coup de génie. ”
Grâce à lui, qui craignait le départ de la régie Renault, de nombreuses entreprises nouvelles sont venues s’installer à Rueil 2000 et ont gonflé les recettes de la taxe professionnelle. 3
Grâce à lui, la commune est riche.
Les enquêtes des journaux
En vérité, pour ce qui est de sa richesse, elle se classe au 8e rang dans la liste des “50 premières communes d’Ile-de-France (hors Paris), communes choisies en fonction de leur population, de Boulogne-Billancourt (106 367 habitants) à Rosny-sous-Bois (39 105 habitants).” Puteaux, ville proche, occupe (avec son quartier la Défense) le premier rang, Nanterre est 6e, Suresnes suit de près, 14e. Les autres communes limitrophes (comme Garches et Saint-cloud) comptant moins d’habitants que Rosny-sous-Bois ne figurent pas dans ce classement, emprunté à L’Express, de novembre 2003, qui titre en couverture “Où vit-on le mieux en Ile-de-France?”
On peut s’étonner de voir Nanterre devancer Rueil si l’on ignore que cette ville partage avec Puteaux et Courbevoie le quartier de la Défense. Mais il ne faut pas confondre richesse de la ville et richesse de ses habitants . Dans la liste “richesse des habitants”, Rueil se classe 3e (juste après Neuilly et Versailles) alors que Suresnes est 10e, Puteaux 15e et Nanterre 27e, ce qui n’est pas pour surprendre quand on sait que la population de Rueil compte plus de “cadres” que “d’employés” et moins d’un “ouvrier” pour trois “cadres”. 4
Ces chiffres sont à n’en pas douter en rapport avec la politique du logement conduite ici et là.
“ Non à une ville béton! Non à une triste ville dortoir .” Ce slogan fut celui de Jacques Baumel dès son arrivée à la tête de la commune. Dès lors, il mettra tout en œuvre pour parvenir à ses fins et ne pas renouveler “les erreurs du passé, telles le Clos des Terres-Rouges.”
Mais alors, comment surmonter les difficultés que fait naître le prix de l’immobilier? La commune de Rueil est mal placée, au 40e rang, dans le classement qui va des prix les plus bas (Gorges-les-Gonesses, n°1) aux plus élevés (Neuilly, n°50). Comment satisfaire un maximum de demandes ? M. le Maire n’a pas manqué de se poser la question. “ Avais-je le droit de dire aux jeunes Rueillois qui ont grandi dans cette ville : Allez ailleurs, il n’y a plus de place pour vous ici? Je réponds non .”
En 33 ans, il a demandé quatre fois la révision du POS, mais n’a pu corriger les disparités qui font que le “village” chic de la Jonchère s’étend sur 402 hectares pour 2339 habitants 5 (densité : 581 hab./km2) alors que celui des Mazurières ( Clos des Terres-Rouges compris ) ne dispose que de 59 hectares pour 7538 habitants (densité : 12 770 hab./km2).
On se souvient que dès 1971 Jacques Baumel a lancé un programme de logements sociaux. En 1982, il a inauguré la première résidence “jeunes ménages” d’un autre programme. A Rueil-sur-Seine (nouveau nom de Rueil 2000), 25% des logements sont des logements sociaux. Au moment où il se retire, “un programme de construction de 59 logements sociaux sort... de terre” dans le quartier des Mazurières. 6
Que penser de ces efforts?
“ Insuffisant! rétorque Denis Plain, du Groupe Vert Demain . On a juste 20% de logements sociaux (comme le veut la loi Gayssot) et rien n’a été construit depuis vingt ans. Avec le principe du parc naturel urbain qui regroupe les deux tiers de la ville, on ne pourra pas construire dans ces zones. Les logements sociaux seront donc entassés dans le tiers de la ville qui est déjà la plus dense. C’est ça, la mixité sociale? Ce parc naturel urbain, c’est un plan anti-mixité sociale .”
Le jugement de Jean-Pierre Favennec, du groupe Rueil pour tous (PS), est tout aussi critique : “ La logique de cette ville, c’est de devenir progressivement une ville de cadres aisés. La sélection naturelle se fait par le logement .”
On ne saurait plaire à tout le monde.
La Coulée Verte a ses partisans. Jacques Baumel, qui aime à rappeler son “combat” pour l’aménagement de l’A86, affirme que “les Rueillois attachent beaucoup de prix à la protection de leur ville”. Il a planté 30 000 arbres, et grâce à lui, “les Rueillois bénéficient de 116 m2 d’espaces verts en moyenne par habitant, le double de Paris”. De fait, l’enquête de L’Express (Où vit-on le mieux en Ile-de-France?) confirme ses dires sur ce point : Rueil est en deuxième position, après Meudon mais avant Versailles, dans le classement “Environnement”.
Mais la commune peut réussir mieux encore. “Faire de Rueil une ville paisible et sûre a toujours été le credo, voire l’obsession de son premier magistrat. Un objectif largement atteint puisque, aujourd’hui, Rueil est classée dans tous les palmarès des villes les plus sûres de France.” Voilà ce qu’on peut lire dans Rueil infos. Le classement de L’Express réservé à la Sécurité le confirme : Rueil-Malmaison est n° 1.
Rueil arrive en tête d’une autre liste : celle qui classe les villes en fonction des performances de leurs lycées. La présence dans la commune de deux établissements privés réputés contribue sans nul doute à ce résultat, toutefois celui-ci ne serait pas atteint si les établissements publics n’obtenaient pas aux examens des succès équivalents. Et si le pourcentage des reçus au baccalauréat ne dépend pas directement de la municipalité, les efforts qu’elle fait en faveur de ses écoles doit y contribuer.
“ A Rueil, déclare Jacques Baumel, nous sommes riches de nos 13 000 enfants qui sont à la fois notre avenir et notre espoir. Et pour les éduquer, leur apprendre la vie, on donne toujours plus...”
C’est de l’argent bien placé.
Pour ce qui est des crèches également, beaucoup a été fait.
“ A Rueil, 1500 enfants sont pris en charge dans les structures municipales (...) La mairie propose, de surcroît, une aide aux parents pour faire garder leurs enfants à domicile, allant de 654 à 150 euros .” Pour autant, toutes les demandes ne sont pas satisfaites. L’article que Le Point consacre à ce sujet s’intitule “Cherche nounou désespérément”, ce qui n’empêche pas, il est vrai, le journaliste de noter que “la politique de la petite enfance à Rueil est souvent citée en exemple.”
Autres résultats fort honorables, ceux que Jacques Baumel a obtenu dans la lutte qu’il a menée contre le chômage. “ La Maison de l’Emploi, c’est ma force de frappe, dit-il, ma boîte à outils pour résoudre le problème de l’emploi .” On sait que, par ailleurs, “ la ville affiche fièrement ses sièges de leaders internationaux” (Unilever, Vinci, Esso, Bristol Myers Squibb, Novartis, etc.) dont elle attend toujours plus d’embauche. Ces efforts font tomber le taux de chômage à 7% ( contre 9,3% pour le département début 2004) .”
De fait, dans le classement que L’Express consacre à “l’évolution du nombre d’emplois” entre 1990 et 1999, Rueil-Malmaison est créditée de +11,6% et occupe la 9e place. 7
Mais dans d’autres domaines, l’optimisme du numéro spécial de Rueil infos “un homme une ville” peut paraître un peu surfait.
“ L’homme ne vit pas que de pain ” déclare Jacques Baumel, citant la Bible. Et, à l’heure où il “devient président de l’association “Rueil Arts et Culture”, le magazine propose un “retour sur trente années qui ont vu l’explosion de la vie culturelle rueilloise”. Fort bien. La médiathèques et les cinq centres culturels sont d’indéniables réussites. Et pourtant, dans son classement “Culture”, fondé sur de solides indicateurs, L’Express ne range Rueil qu’à la 23e place.
La commune de Rueil ne brille pas non plus dans des rubriques telles que “commerce” (où L’Express la classe 35e) et “transports” (45e), rubriques qui ne figurent pas dans le numéro spécial de Rueil infos. Le verdict est également rude pour ce qui est des “Sports”, où Rueil-Malmaison n’arrive que 40e.8
Le numéro spécial de Rueil infos, superbement illustré, se termine sur deux images : l’une représente l’inauguration du Gymnase Alain Mimoun en présence d’Alain Mimoun, de Patrick Ollier, maire adjoint aux Sports (avant son départ pour les Alpes), et du Préfet Terrade, le 27 juin 1981. La toute dernière photographie rappelle l’inauguration du Stadium, autre très beau gymnase, le 1er juin 1996.
Tout cela est bel et bon, mais ce n’est pas assez si l’on s’en remet au classement de L’Express, fondé sur ces 5 indicateurs : “gymnases, stades, courts de tennis municipaux, patinoires et piscines, espaces pour le roller et le skate pour 10 000 habitants ( mairies, 2003; INSEE,1999 ).”
Notons que l’accession à la tête de la commune de celui qui fut maire adjoint délégué aux Sports permet tous les espoirs aux amateurs d’exercices physiques.
Dans un tout autre domaine, c’est à lui que reviendra la charge d’améliorer les transports, en créant des lignes de tramway.
Maintenir le meilleur, perfectionner ce qui peut l’être, telle sera sa règle. Il l’a dit dans son discours du 18 juin :
“ Le changement dans la continuité sera ma ligne de conduite .”
Il estime que le bilan de Jacques Baumel est un beau bilan.
Il poursuivra son œuvre.
“ Reste que l’avenir de la ville ne se décidera peut-être plus à la mairie. “Avec Rueil-Malmaison, explique Christian Dupuy, le maire de Suresnes, nous réfléchissons à une intercommunalité avec Nanterre et Puteaux.” Si ces dernières se montrent peu pressées, Christian Dupuy espère un accord l’année prochaine. Une révolution pour Rueil, longtemps jalouse de sa réussite... et de la taxe professionnelle qui va avec .”
Ainsi s’achève l’un des articledu magazine Le Point déjà cité : une conclusion qui convient à ce paragraphe.
Un avant-goût de la retraite
Le dernier éditorial de Jacques Baumel paraît dans le numéro 218 de Rueil infos, de juin-juillet 2004. A cette date, il a déjà renoncé à la direction du magazine, mais ce n’est pas son successeur à la tête de la commune qui l’a remplacé. En effet, Patrick Ollier a confié la direction de la publication au Directeur Général des services de l’administration municipale, Denis Solivères. Changement également au poste de directeur de la rédaction, où est nommée Anne Föllmi.
Cette modification de l’équipe dirigeante ne semble pas devoir entraîner un bouleversement dans la présentation ou dans le contenu du magazine, qui depuis de nombreux mois déjà bénéficie du professionnalisme de ceux qui en ont la charge. Le “Courrier des lecteurs”, qui a disparu depuis le mois de mars, ne reparaît pas mais la “Tribune libre est maintenue”. Le changement, M. le Maire ne cesse de le répéter, et il le dit encore dans son premier éditorial de septembre, se fera “dans la continuité”.
Aussi est-ce avec sérénité que Jacques Baumel suit ce qui se passe dans sa commune après la rentrée.
Le centre ville est un immense chantier.
On terrasse et on dalle à tout va autour de la mairie. Chacun se montre patient car il s’agit de grands travaux d’embellissement. Le théâtre André Malraux est également en voie de rénovation. Mais le plus grand chantier annoncé est celui qui va s’ouvrir au Clos des Terres-Rouges.
Jacques Baumel, dont l’un des premiers projets, en 1971, avait été celui de logements sociaux, ne manque pas de s’intéresser à la suite que son successeur entend donner à la visite du ministre Jean-louis Borloo.
Durant l’été, Patrick Ollier a participé a diverses manifestations festives au Clos des Terres-Rouges. Il accorde une attention particulière à l’école et au collège de ce quartier, dont il poursuit le réaménagement. Son plan de rénovation urbaine ayant été accepté, le processus de relogement des résidents des immeubles qui vont être démolis est engagé. L’espace public sera réorganisé, avec la création d’un jardin central et de deux mails piétons.
Et sans doute Jacques Baumel reconnaît-il bien là son disciple, qu’il a recruté et formé quand il était lui-même secrétaire d’État, dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, pour travailler à l’avènement d’une “nouvelle société”
Patrick Ollier fait également tout ce qu’il faut pour que Rueil reste n° 1 dans le domaine de la sécurité. Il est partisan de la vidéo surveillance.
Patrick Ollier, c’est la continuité, mais c’est aussi un style nouveau. Son éditorial, dans le magazine Rueil infos d’octobre, est illustré de son portrait, voilà pour la tradition, sans cravate, col ouvert, voilà pour l’innovation. Dans ce même numéro, il figure sur une autre photographie, à la tête de tout son conseil municipal, mais tout le monde est à bicyclette, M. le Maire proposant de la sorte “un plan de déplacement pour les agents municipaux”.
Patrick Ollier se rend discrètement aux fêtes qu’organisent les huit “villages” qui composent la ville. Souvent sa conjointe l’accompagne, et c’est à peine si on la reconnaît, car alors elle n’est plus du tout “ministre de la Défense et des Anciens Combattants”, raide comme un général d’armée sous l’Arc de Triomphe.
Elle et lui se donnent la main, et passent, on dirait deux amoureux de Peynet.
Patrick Ollier a gardé François Le Clec’h comme premier adjoint, mais il lui a demandé de prendre en charge les finances, après 33 ans à la tête de la délégation Santé-Solidarité, Petite Enfance
Patrick Ollier soutient et encourage André Cros, délégué au Développement économique et à la Politique de l’emploi, de même que Philippe Trotin, délégué aux Affaires européennes, quand “entreprises et Europe se rencontrent”, à l’occasion de “Futura”.
Patrick Ollier signe avec Nicolas Sarkozy, Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, la convention de création du fameux Parc Naturel Urbain qui s’étendra sur 890 hectares (dont 700 à Rueil).
“ Nicolas Sarkozy est son ami, comme Charles Pasqua était le mien ”, sourit Jacques Baumel.
L’ancien maire est au courant de tout ce que fait son héritier, il suit tout de très près, un peu malgré lui, mais il a gardé tant de relations avec ce monde qu’il vient de quitter.
Il ne regrette pas son choix. Il approuve, il admire l’action de son successeur, surtout quand elle s’exerce sous le signe de la continuité.
Un peu moins quand elle annonce un changement.
Peut-être comprend-il mieux aujourd’hui ce que son prédécesseur Marcel Pourtout avait éprouvé lorsqu’il lui avait cédé son fauteuil.
Toutefois, Jacques Baumel n’est pas homme à s’abandonner aux charmes doux-amers de la nostalgie.
Deux numéros de Rueil infos, ceux de septembre et d’octobre, ont paru sans publier un seul portrait de lui.
Mais dès novembre, coucou, le revoilà!
“ Le Maire et le Conseil municipal vous ont confié la responsabilité de l’association “Arts et Culture à Rueil” (...) Cinq mois après, qu’en est-il de vos projets ?” lui demande le journaliste.
“ Les débuts ne furent pas aisés puisque, dans le “désert” de l’été, il est bien difficile de contacter des interlocuteurs “, répond le retraité, pas encore habitué semble-t-il à prendre des vacances.
Il ajoute : “J’ai néanmoins tenu à assurer, avec mon équipe constituée de Claudine Lemagne et Colette Bal-Parisot, une bonne rentrée culturelle dès octobre...”
La photographie qui illustre l’article le présente accompagné de ces deux dames qui débordaient d’activité naguère, quand elles animaient le cabinet de M. le Maire.
Pour l’heure, elles ont à se consacrer sous sa direction à une exposition d’art photographique, qui sera suivie du salon réservé aux artistes locaux, puis, à la veille de Noël, à “la réalisation d’une grande exposition d’art contemporain qui devrait s’intituler “L’art et l’entreprise, une initiative originale de la société Schneider Electric”.
“Et pour le début de l’année 2005 ?” demande le journaliste insatiable.
“Nous l’entamerons en fanfare avec, du 7 au 30 janvier, l’exposition “Dali à Rueil”... répond Baumel
“Avec cette exposition, l’association frappe un grand coup?” note le journaliste;
“ C’est toute la culture qui frappe un grand coup! enchaîne Jacques Baumel. Seule la culture donne sa profondeur et sa richesse à l’échange. Elle seule peut faire évoluer les consciences et créer les relations humaines entre les membres de toute une société. La culture est le fruit de la mémoire et du respect de l’autre. Et pour elle, nous avons encore d’autres projets dans nos cartons .”
Des projets et une réflexion qui lui feront oublier son fauteuil de premier magistrat de la commune, de même que la vice-présidence de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale.
Pour bien finir sa quatre-vingt septième année, il entre avec entrain dans une voie nouvelle, celle de la Sagesse.
Notes :
Chapitre III - 8 (p. 279 à 292)
1 “Combien sont ceux qui ont entendu cet appel du 18 juin, dont on ne possède même pas l’enregistrement ? Combien auraient pu miser un sou sur les chances de ce paria (un certain général...) ? Qui, alors, écoutait la BBC ? Pas moi en tout cas. Et personne autour de moi”. Résister, op. cité.
2 Rueil infos, Juin 2004.
3 “40 millions d’euros : montant estimé de la taxe professionnelle. Elle représente 60 % des recettes fiscales de la ville.”
Le Point du 14 octobre 2004 .
4 Cadres et professions Employés Ouvriers
intellectuelles supérieures
( en % - rang sur 50)
Rueil 16,3 (7) 12,5 (46) 4,8 (46)
Nanterre 6,7 (23) 19,1 (2) 10,6 (29)
Suresnes 15,5 (10) 15,4 (37) 5,8 (40)
Puteaux 16,1 (8) 15,6 (35) 7,4 (37)
L’Express, op. cité . Indicateurs : INSEE, recensement de 1999
5 Une maison de ce quartier, “proche du bois de Saint-Cucufa, de 330 m2 habitables, agrémentée de 2700 m2 de terrain ... s’est vendue pour la bagatelle de 1,3 million d’euros. “
Le Point op. cité, titré : Rueil Le grand boum.
6 Le Point du 14 octobre 2004
7 Pour comparaison , évolution du nombre d’emplois en % (rang) :
Nanterre : +23,9% (2), Puteaux : +8,9% (14), Suresnes : +2,8 % (23)
8 Pour comparaison (rang) :
Culture : Nanterre (14e), Suresnes (15e), Puteaux (27e)
Commerce : Puteaux (1er), Suresnes (31e), Nanterre (44e)
Transports : Puteaux (1er), Nanterre (15e), Suresnes (27e)
Sports : Puteaux (13e), Suresnes (26e), Nanterre (29e)
11:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rueil-malmaison, coulée verte, succession, cérémonie, fête



Ecrire un commentaire