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02.07.2008
BAUMEL III - 7
Jacques Baumel, biographie . Troisième partie, ch. 7
7 - Prolongations
Une majorité en morceaux
Au moment où va s’engager plus vivement la campagne pour les élections municipales de mars 2001, le magazine Marianne publie le résultat d’une enquête intitulée : “Les vieux prennent le pouvoir”.
“L’âge moyen généralement retenu pour la vieillesse est 60 ans... note l’auteur de l’article. L’espérance de vie à la naissance atteint aujourd’hui ... 74,9 (ans) pour les hommes... Si l’âge officiel du départ en retraite se situe entre 60 et 65 ans, la moyenne réelle, aujourd’hui, est d’à peine 56,5 ans. L’évolution est instructive: en 1969, l’âge moyen de fin de vie active était de 62,4 ans; en 1997, ce chiffre était tombé à 58,9 ans. ( Cependant, les vieux sont ) de plus en plus actifs, épanouis... Comme se le demandait l’écrivain Michel Tournier le jour de ses 75 ans, “faut-il désormais dire “vieil adulte” ou “jeune vieillard”? (...) Notre personnel politique est lui-même assez chenu : plus des trois quarts des maires de France ont plus de 50 ans. Un député sur quatre et un sénateur sur deux a plus de 60 ans... Bonne nouvelle pour les vieux...” 1
Même s’il n’a pas lu Marianne, Jacques Baumel n’en a pas moins tous ces chiffres en tête. Sans doute le journaliste exagère-t-il ? Chenu!... chenu!... dès l’âge de 50 ans !... Il ne se sent pas concerné... Il a les cheveux noirs... Nombre de députés et de sénateurs ont plus de 60 ans... Soit !... Si l’on suit Tournier, ils ont quinze ans devant eux avant de devenir de “jeunes vieillards”...
Le problème, c’est que personne ne parle des plus de 80 ans.
Charles de Gaulle affirmait que la vieillesse est un naufrage.2
Mais sI grand, si authentique, si profond que soit le respect dû au maître, son disciple ne peut s’empêcher de penser que le Général n’a jamais vraiment connu la vieillesse, étant mort à 80 ans... Jacques Baumel, lui, à l’âge de 80 ans, il présentait au Rueillois son bilan “à mi-parcours”... ( de son 5e mandat ). Le bilan final n’est pas moins bon... Bien qu’il reste beaucoup à faire... Tant de si grands, si beaux chantiers ouverts!... La médiathèque, par exemple... Elle est pratiquement terminée... Il ne reste plus guère qu’à l’inaugurer...
Hélas! les chiffres sont têtus. Les faits sont là.
Le 6 mars 2001, Jacques Baumel fêtera ses 83 ans.
Cinq jours plus tard, pour marquer son entrée dans sa 84ème année, va-t-il solliciter de ses électeurs un mandat de six ans?
De ces méditations naît une résolution : en même temps que lui, il va faire élire son dauphin, qui lui succédera en cours de mandat.
Fort bien, mais qui choisir ?
Peut-être son voisin, Jacques Gautier, maire de Garches, qui passait naguère, à Rueil, pour l’héritier présomptif ? Garches n’est qu’une petite ville de moins de 20 000 habitants... Ne dit-on pas que Douste-Blazy, maire de Lourdes, va se présenter à Toulouse ? Et pour s’en tenir aux Hauts-de-Seine, on a vu Jean-Pierre Fourcade aller de Saint-Cloud à Boulogne-Billancourt...
En vérité, Jacques Gautier préfère tenir que courir. Il sera à nouveau candidat aux municipales à Garches, et aux cantonales, qui ont lieu en même temps, dans son canton de Garches - Rueil Sud.
Peu importe...
Les dauphins n’ont jamais manqué à Jacques Baumel. Et c’est à Patrick Ollier qu’il fait appel, Patrick Ollier qui a été, on s’en souvient, son adjoint à la mairie et son suppléant à la députation, autrefois, avant d’aller faire carrière dans les Hautes-Alpes.
Le plus choqué par ce projet sera celui qui, dauphin lui-même, mais plus patient, plus persévérant que ces dauphins évanescents, pense avoir fait plus qu’eux pour recueillir la succession : Thierry Saussez.
A peine remis de sa surprise, Thierry Saussez se dit scandalisé. Il démissionne de ses fonctions d’adjoint et se présente “contre son ami de trente ans, l’actuel député-maire”. Et, comme c’est son métier, et qu’il ne fait pas les choses à moitié, il donne sur Internet des “Conseils en promo pour candidats-maires”.
Extrait de sa publicité : “En panne de stratégie de campagne ? Thierry Saussez, expert en communication politique, qui a conseillé Édouard Balladur, Michèle Barzach ou Omar Bongo, offre ses services en ligne”.
C’est assez dire si à Rueil ça va chauffer!
Pour défendre sa liste , Rueil A Venir, Thierry Saussez déclare :
“Rueil n’est pas une marchandise. Les Rueillois ne sont pas un paquet de voix qu’on s’échange dans les coulisses... C’est le moment de donner un coup de jeune à la mairie et de faire émerger une nouvelle génération d’élus. Ce n’est pas fondamentalement une question d’âge.
Pour ne rien vous cacher, je souhaite à beaucoup d’être comme Jacques Baumel à 83 ans. Mais franchement, quand on a eu une vie de légende, qu’on a été un grand maire, (ces réserves faites on peut cogner) il faut savoir passer le flambeau avec élégance, au bon moment, et à des gens qui ont fait la preuve de leur fidélité à la ville. Et puis, vous le savez, on ne dirige plus aujourd’hui la mairie, qui est une entreprise de 2000 personnes, comme dans les années 70. Regardez Raymond Barre, lui, se retire à 77 ans et appelle de ses vœux le renouvellement. Même les cardinaux prennent leur retraite à 75 ans.”
Il traite ensuite de “beaucoup de bonnes choses qu’il faut continuer”, notamment celles auxquelles il a participé, mais aussi d’autres qu’il faut changer, “cette frénésie de constructions partout dans la ville”, par exemple, qui a pour conséquence “une circulation impossible, la pollution, le stress, les tensions, l’insécurité et l’augmentation des dépenses”.
Diable!... Rueil ne serait donc pas pour tout le monde “une ville où il fait si bon vivre” ?
Pour établir sa liste, il fait appel à “ des hommes et des femmes actifs en entreprise ou exerçant en profession libérale (...) à des jeunes, étudiants ou en activité ” et à un conseiller municipal sortant. Mais le recrutement dont il se félicite le plus, c’est celui d’Hélène Burnatowski, ancienne secrétaire générale de la mairie de 1982 à 1998. Seize ans sous Baumel. Certes elle mérite le n° 2 sur la liste. “ Par les fonctions qu’elle a occupées à la tête de l’ensemble des services municipaux, 2000 cadres, employés et agents, elle est l’un des meilleurs connaisseurs de la ville. ”
Sévèrement touché par cette dissidence, le maire sortant va connaître une autre déception. Il ne parvient pas à retenir Danièle Küss, 7e maire-adjoint délégué aux relations extérieures, membre influent de son parti, conseiller technique du ministre de la solidarité et chargée des Affaires internationales pour le groupe RPR à l’Assemblée nationale.
Danièle Küss compose sa propre liste, sur laquelle figurent deux noms qui appartenaient à la liste de Baumel à la précédente élection, et elle attaque avec vigueur : “ Nous sommes candidats aujourd’hui car nous refusons la désignation d’un “héritier” par un quarteron d’apparatchiks dans les coulisses de la nomenklatura sans aucune concertation ni avec les Rueillois ni même avec leurs propres militants...
C’est une atteinte intolérable aux droits des électeurs et à la Démocratie : c’est la confiscation du suffrage universel. “
Des mots à peser un à un, des mots qui font mal!
Ceux qui composent l’argumentaire venant ensuite ne sont guère plus indulgents.
“Nous nous engageons à œuvrer “pour un plus grand respect du patrimoine vert... (menacé par) une bétonnisation pharaonique (...) en améliorant (les dossiers) qui ont été bâclés comme celui de la Coulée verte. Pour une baisse substantielle des impôts locaux (...) grâce à une gestion plus rigoureuse du budget communal qui mettra un terme à bon nombre de gaspillages. Pour une politique innovante... Pour une réelle écoute... Pour une démocratie locale participative par une véritable consultation permanente des Rueillois avant le bouclage des projets et non après (et pas seulement en période électorale)... Nous voulons instaurer une nouvelle manière de faire de la politique, pour changer d’ère...”
Au train où vont ces anciens membres d’une majorité qui se déchire, que vont pouvoir dire les représentants de l’opposition?
Face à ces tirs dispersés, Jacques Baumel s’efforce de rassembler ses fidèles. 10 maires-adjoints sur 14 le suivent. Et au total, des 40 candidats élus en 1995 avec lui, 26 se retrouvent sur sa liste de 2001, au nom inchangé : “Union pour l’Avenir de Rueil”. L’Union, c’est son point fort. N’est-ce pas sur “l’union“ que, depuis 30 ans, il fonde son pouvoir municipal ? Il se flatte une fois encore d’avoir réuni “tous les responsables RPR, UDF, RPF, DL et des représentants des Associations, des quartiers de la ville et de toutes les catégories sociales et professionnelles”.
Patrick Ollier, n° 2 de la liste, est présenté comme “Député, Vice-Président de l’Assemblée Nationale - Bords de Seine”. Ces derniers mots désignent le quartier où il habitait, avec femme et enfant, avant son départ pour les Hautes-Alpes. Depuis, il a refait sa vie, et l’on se garderait bien de la moindre allusion dans ce domaine si celle qu’il présente désormais comme sa “conjointe” n’était autre que Michèle Alliot-Marie, ancien ministre, présidente du RPR.
Il est bon pour un candidat de pouvoir compter sur un solide appui à la tête de son parti quand la discorde règne dans sa circonscription. Confiant, Jacques Baumel lance sa campagne : “ Choisissez ceux qui ont fait leurs preuves à la Mairie et qui préparent l’avenir de Rueil autour de Jacques Baumel et de Patrick Ollier (...) Ne faites pas confiance à des ambitieux déçus qui n’ont aucune chance et vous feront perdre votre voix”.
Une jolie brochure de 24 pages (épais papier glacé, superbes photos) expose le “Projet de Ville 2001-2007 de la Liste d’Union pour l’Avenir de Rueil” et propose un “nouveau contrat de confiance” reposant sur “quatre engagements : stabiliser les impôts, un urbanisme maîtrisé, un environnement défendu, un programme d’investissement planifié”. Cette publication porte les quatre sigles RPR, UDF, RPF, DL dont peuvent se prévaloir Baumel et son équipe, de sorte qu’il ne reste que DVD (Divers Droite) en partage pour les listes Saussez et Küss.
Et l’opposition? Bien qu’ayant quelque peine à se faire entendre cette fois-ci, tant la majorité sortante s’agite, elle existe encore.
Jean-Pierre Favennec conduit la liste de la Gauche plurielle “Rueil pour tous”. “Nous serons, dit-il, fidèles à nos valeurs de solidarité et d’égalité entre citoyens”. Sa profession de foi retient cinq priorités : “Maîtriser le développement, Recréer un centre-ville vivant, Privilégier les circulations douces et non polluantes, Favoriser le sport et la création culturelle, Développer la solidarité.” L’allusion à ce qui se passe dans le camp adverse est discrète : “ Enfin il nous paraît indispensable de ne pas faire perdre à Rueil six années dans des querelles intestines résultant d’une transition mal gérée .”
Denis Plain propose “l’alternance avec les écologistes” en présentant sa liste “Rueil Vert Demain”. “Ces élections municipales sont celles du changement inéluctable de génération” déclare-t-il sobrement, sans autre commentaire des états d’âme de la majorité. Il propose de mettre en œuvre sept initiatives touchant la circulation (un tramway), l’urbanisme, la sécurité (une Maison de la Justice), l’économie, la santé, les finances (réduction des dépenses somptuaires et de communication), la démocratie (transparence et concertation). Et avec toute son équipe, il fait appel au “1500 signataires de la pétition pour la sauvegarde du parc Carrey de Bellemare”, attaquant avec vigueur le maire sortant , qui préfère un projet immobilier comportant “9 immeubles jusqu’à 13 m de haut et 110 logements” à l’espace vert que les écologistes demandent.
11 mars : résultats du premier tour .
Faible participation : 56,55%
Baumel (RPR-UDF-RPF-DL) : 39,66 % (En 1995, il avait été élu au 1er tour avec 63, 60 %) .- Saussez (DVD) :19, 86 % . - Küss (DVD) : 11, 95 % .- Favennec (Gauche plurielle) : 17,47 % (En 1995, il avait obtenu 26,8 % mais avec les écolo.) .- Plain (Verts) : 11,O6 %.
Une victoire âprement disputée
Le maire sortant s’efforce de ne pas paraître trop déçu par son modeste score. “Le taux élevé d’abstention et la diversité des listes ne nous a pas permis de passer au premier tour”, déclare-t-il. Mais il reste confiant. Le travail qu’il a réalisé avec ses colistiers, “reconnu par tous, dit-il, qui a transformé Rueil en préservant la qualité de la vie, doit être poursuivi."
Et d’ajouter : “ Il est temps de condamner l’ambition personnelle de celui et de celle qui veulent être Maire sans avoir fait leurs preuves de bons gestionnaires et sans avoir été réellement actifs au sein de notre équipe municipale .”
Les ambitieux ainsi visés semblent tout de même capables de gérer une campagne électorale et de faire diligence pour la mener à bien. Thierry Saussez décide de se maintenir au deuxième tour, et Danièle Küss accepte de se ranger derrière lui car, dit-elle, “l’intérêt général nous demande qu’on s’unisse pour libérer la ville”. Hélène Burnatowski figurera en troisième position sur la “Nouvelle liste Rueil A Venir pour le Printemps de Rueil”.
La liste “Union pour l’Avenir de Rueil” riposte en réaffirmant qu’elle est une “ équipe soudée (...) qui a toujours joué l’union effaçant les ambitions personnelles... contrairement au publicitaire parisien Thierry Saussez et à “l’apparatchik politique de la nomenklatura” de la Mairie de Paris (...) Une équipe qui bénéficie de la compétence, de l’expérience reconnue de Jacques Baumel et qui vous propose, en toute clarté, d’élire, au plus tard sous deux ans... le meilleur successeur possible comme Maire de Rueil : Patrick Ollier. “
Le 15 mars, Patrick Ollier, “Député, Vice-Président de l’Assemblée nationale” adresse à chaque électeur une lettre tendant à démontrer que par son “expérience Rueilloise et nationale, (il est) le meilleur fédérateur des formations politiques de (la) majorité.”
Pour ce qui est de l’opposition, elle existe encore, discrètement désunie. La Gauche Plurielle et les Verts ne parviennent pas à se mettre d’accord pour constituer une seule liste, comme en 1995. Jean-Pierre Favennec et Denis Plain retournent au combat avec des équipes (et des argumentaires) inchangés.
18 mars : résultats du second tour.
Faible participation : 57,16 %
Baumel (RPR-UDF-RPF-DL) : 42,89 % ( 35 sièges ) .- Saussez (Küss) (DVD) :31,47 % ( 8 sièges ) .- Favennec (Gauche plurielle) : 17,05 % ( 4 sièges ) .- Plain (Verts) : 8,59 % ( 2 sièges ) .
Jacques Baumel est élu pour la sixième fois, mais il n’a recueilli que 11 249 voix pour 46 683 électeurs inscrits (soit 24 %). De son fauteuil de maire, qu’il entend céder “sous deux ans” au successeur qu’il a choisi, il va devoir affronter une opposition originale. Mais c’est un vieux renard. Il arbore son meilleur sourire en couverture (et pages 3, 4, 6, 9) de Rueil infos d’avril, qui célèbre sa réélection et présente le nouveau Conseil Municipal.
Lors de la réunion de ce Conseil, le 25 mars, Patrick Ollier se glisse entre le 1er adjoint et le 3e adjoint, mais sans numéro, à titre d’adjoint spécial, chargé de la Politique de la Ville et des Finances. Cette position rappelle celle de Charles de Gaulle (le petit-fils) en 1989, ce qui, apparemment, ne trouble personne.
Monsieur le Maire peut être satisfait, d’autant que la droite sort renforcée de ces élections dans les Hauts-de-Seine, et que son fidèle ami, Jacques Gautier, garde sa mairie et ses fonctions de Conseiller général du canton de Garches - Rueil Sud .
Mise sur orbite de l’adjoint spécial
Le 25 mars, Jacques Baumel, réélu maire, demande au Conseil municipal de savoir écouter le message des électeurs.
“ Ils ont souhaité, dit-il, à la fois la sécurité, la qualité de la vie, la proximité et le renouveau. Dans l’intérêt de la ville où nous aimons vivre, sachons maintenant (...) nous rassembler et travailler de façon constructive .”
Le 30 mars, examen du budget primitif.
“ Au lendemain d’une élection, déclare M. le Maire, il se produit fréquemment une rupture entre l’équipe municipale sortante, qui a préparé le budget, et celle nouvellement mise en place, qui doit l’appliquer. Pour Rueil, ce risque a été écarté puisque c’est la même municipalité qui a été réinvestie (la suite de la phrase mérite d’être soulignée) avec quelques changements comme la désignation de Patrick Ollier comme adjoint spécial chargé de la Politique générale de la ville et des Finances. Il succède à Jean-Claude Caron, aujourd’hui questeur du Conseil municipal et qui gère les Affaires générales, les Relations institutionnelles, les Nouveaux arrivants tout en étant l’auteur de ce budget 2001. C’est le changement dans la continuité ! ”
Budget adopté sans surprise, “malgré l’abstention de la majorité des élus de l’opposition”, la liste Baumel-Ollier ayant obtenu 35 sièges sur 49.
Le compte rendu de cette réunion du Conseil municipal, dans Rueil infos du mois de mai, est présenté en deux parties, entre lesquelles prend place une photo de “l’adjoint spécial” accompagnant une interview intitulée : “Patrick Ollier et Rueil : une belle histoire”.
” Je réside depuis 27 ans à Rueil, dit-il, dans le quartier des Bords de Seine, j’y ai ma famille et un grand nombre de mes amis. J’ai participé à l’évolution de notre ville en tant qu’adjoint pendant douze ans, jusqu’en 1989. C’est vous dire combien je suis attaché à son devenir...”
La couverture de Rueil infos de juin, est titrée, sous une quinzaine de drapeaux tricolores ornant la façade de l’ancienne mairie : “Un nouveau contrat pour la sécurité”.
Les portraits en pied des garants de cette sécurité figurent sur le perron : au coude à coude, Jacques Baumel et Patrick Ollier, encadrés de 3 policiers municipaux en tenue : une femme policier à l’arrière, un policier maître-chien d’un côté, un policier à VTT de l’autre.
C’est la continuité dans le changement.
Ayant réussi la première partie de la préparation de sa succession, M. le Maire a l’esprit plus libre pour s’occuper d’autre chose que de la gestion municipale.
Son deuxième livre, De Gaulle, L’exil intérieur, sort, nous l’avons vu, à ce moment-là, et il doit en assurer la promotion. Séances de signatures et conférences sont pour lui l’occasion d’oublier la fronde municipale en revivant les grandes heures de la création du RPF et de l’attente impatiente du retour au pouvoir du Général.
Au mois de mai, Jacques Baumel est à Berlin, en tant que membre de la délégation française qui participe au colloque organisé par l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale. Il s’agit de “Réviser le concept de sécurité européenne (et de) Répondre aux nouveaux risques”.
Thèmes des premiers discours et débats : “ Les défis pour la sécurité européenne. Types de risques et zones à risques. Le développement et la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs. Les moyens politiques de faire face aux défis. La prévention des conflits et la gestion civile des crises .” Ou bien encore : “L’observation de la terre comme moyen de prévention des conflits et de gestion des crises”, exposé de M. Fernando Davara, Directeur du Centre satellitaire de l’UEO.
“ La question que je voudrais poser, déclare pour sa part M. Baumel (France), rejoint ce qui vient d’être indiqué par notre collègue britannique (Mais...) Je crois qu’il faut aller un peu plus loin et être plus concret...”
Faute de place, nous n’évoquerons pas davantage ce colloque, d’autant que, de retour à Rueil, M. le Maire va pouvoir continuer de nourrir sa réflexion sur le même sujet. En effet, le 5 juin, accompagné de Patrick Ollier mais aussi de Michèle Alliot-Marie, présidente du RPR, il accueille Bill Clinton au “Country Club”, lors d’un dîner débat sur le thème “Guerre ou paix au Proche-Orient”.
M. le Maire est infatigable.
Rueil infos de juillet rend compte de cette visite de l’ancien président des États-Unis.
Dans ce numéro, le 188e, l’éditorialiste inamovible et toujours directeur de la publication souhaite à tous ses administrés de joyeuses vacances et leur fait cette promesse : leur magazine municipal, “qui est de plus en plus lu par 40 000 lecteurs”, “s’enrichira” à la rentrée “d’une tribune ouverte aux élus de l’opposition”.
Ce même numéro contient une autre bonne nouvelle :
“ Le budget 2001 totalement maîtrisé, le meilleur restait encore à venir. Grâce à la décision modificative numéro 1 souhaitée par Patrick Ollier, maire adjoint chargé des Finances, le budget de la Ville se retrouve aujourd’hui nanti de près de 13 millions supplémentaires sans augmentation d’impôts .”
Les qualités de gestionnaire du nouveau maire-adjoint se manifestent dans nombre d’autres domaines dès cette première année de son mandat spécial . C’est ainsi qu’il consolide le plan de sécurité mis en place pour les vacances, renforce à la rentrée la collaboration entre la police municipale et la police nationale, puis il restructure l’équipe de direction de la mairie, ne manque pas de visiter le salon “Nature et Jardins”, de participer, avec son collègue André Cros, “à la deuxième édition de Futura la quinzaine économique”, présente ensuite au Conseil municipal “une délibération sur la mise en place d’une politique de développement durable” ( création du premier Parc naturel urbain de France avec la Coulée verte ), sans oublier pour autant de travailler à la révision du plan d’urbanisme et d’engager “un véritable débat citoyen” à l'occasion de l’ouverture de l’exposition “8 villages (on ne dit plus quartiers) pour un projet”.
Que pense l’opposition de cet entregent, de toutes ces initiatives ? Il est difficile de le dire. La promesse faite par M. le Maire d’une “tribune libre (dans Rueil infos) à la rentrée” n’est pas tenue au mois de septembre. Ni en octobre. Pas davantage en novembre. Il faut attendre décembre pour que les élus des 3 listes de l’opposition disposent d’une page, une seule, dans le magazine municipal. Cet espace semble si réduit aux “Verts” qu’ils ne s’en servent que pour donner les coordonnées de leur site sur internet, avec ce slogan : “Écologie : nos idées avancent”.
Mais au fil des mois, les opposants vont apprendre à utiliser utilement l’espace qui leur est accordé.
Dans le numéro de janvier, Thierry Saussez examine le budget 2002 et “relève des priorités mal définies et non financées”. Dans le numéro suivant, il rapporte les résultats d’une enquête du magazine L’Express “sur les performances des 36 communes des Hauts-de-Seine”. “D’abord, réjouissons-nous, note-t-il, il fait effectivement bon vivre à Rueil, 6e au classement général” ( Aïe! quand cet homme-là flatte l’adversaire, gare à la suite! ) En effet, tout ne va pas aussi bien... “C’est le cas des finances locales (Rueil est classée 18e sur 36)... C’est le cas du commerce (Rueil est classée 22e)...C’est le cas des transports (Rueil est classée 27e)...” La conséquence logique de ces observations et de ces analyses figure dans le numéro d’avril de Rueil infos : le “Groupe Rueil à Venir” y expose “pourquoi (il) a voté contre le budget 2002”.
Les deux autres groupes de l’opposition ne sont pas en reste. “Rueil pour Tous (Gauche plurielle) critique “le saupoudrage des investissements” dans le domaine culturel, demande un réexamen du Plan Local d’Urbanisme (PLU) et s’interroge sur l’utilisation des impôts. “Rueil Vert Demain” se prononce pour le respect de “la mixité sociale dans (les) quartiers et dans (les) écoles”, juge le budget d’une “opacité inquiétante” et tire la leçon d’un “incendie dans le tunnel (inachevé) A86”.
Mais si vives que puissent être ces contestations, reléguées en dernière page du mensuel municipal, la marche en avant du tandem Baumel-Ollier ne s’en trouve nullement déréglée
Le 23 janvier 2002, Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie Française, inaugure la superbe médiathèque, qui s’appelle Jacques Baumel “en reconnaissance de la part déterminante qu’il a prise dans sa réalisation et plus généralement pour son dévouement à (la) ville comme Maire depuis trente ans”.
Trois jours plus tard, l’intrépide octogénaire s’envole pour l’Extrême-Orient. André Cros l’a invité à prendre la tête d’une délégation de sept entrepreneurs rueillois qui se rend en Chine, à Fang Shan, dans la banlieue de Pékin, du 26 janvier au 2 février, “à l’initiative du service du Développement économique”.
Mais ces honneurs de fin de règne ne lui font pas oublier les soins qu’il doit apporter à sa succession. Désormais, lorsqu’il apparaît en public, Jacques Baumel est presque toujours accompagné de Patrick Ollier. C’est ensemble qu’ils inaugurent le nouveau poste de Police municipale du Plateau Mont Valérien, ensemble qu’ils étudient, avec le concours d’experts de Gaz de France, tout ce qui a trait au développement durable, “au carrefour de l’écologie, de l’économie et du social”, ensemble qu’ils visitent une nouvelle crèche, la crèche des Lucioles, la 18ème de la ville.
En vérité, cette crèche “c’est avant tout le transfert de celle de la Malmaison qui a fermé ses portes car elle n’était plus aux normes”. Et si “Rueil demeure la première ville de France en terme d’accueil des tout-petits, la Ville ne peut plus satisfaire 100% des demandes.” 3
Mais avant que ce problème devienne plus aigu, d’autres vont se poser, plus urgents, car voici revenue la saison des campagnes électorales.
Présidentielle, législatives
Dans quel ordre ces élections ? Au lendemain des municipales, cette question agite à nouveau les partis qui ont porté, en 1995, Jacques Chirac à la présidence de la République.
La loi organique fixant l’élection présidentielle avant les législatives est adoptée le 24 avril . 4
Mais les disputes qui ont conduit à cette modification du calendrier ont ravivé les querelles de l’année précédente portant sur l’adoption du quinquennat.
A droite, le nombre des postulants au premier tour n’est pas pour calmer les esprits car si aucun duel fratricide, comparable à celui qui a naguère opposé Balladur et Chirac n’est à redouter, les candidatures de François Bayrou, Président de l’UDF, d’Alain Madelin, Président de Démocratie Libérale, de Christine Boutin, Présidente de l’Alliance pour les droits de la vie, et de Corinne Lepage, ex-ministre de l’Environnement, gênent celle du Président de la République qui demande le renouvellement de son mandat.
Mais il est vrai qu’à gauche, Lionel Jospin n’est pas moins handicapé par la diversité des concurrents.
A Rueil, comme dans bon nombre d’autres communes, l’attentisme est de rigueur. Le tandem Baumel- Ollier a tout intérêt à maintenir la cohésion du groupe qui le soutien à la tête de la municipalité, Thierry Saussez estime que son heure n’est pas encore venue et les représentants de la gauche ont fort à faire avec tous ceux qui sollicitent leurs suffrages. On se réserve pour le second tour, on pense déjà aux législatives...
Les résultats du premier tour sont à Rueil à peu près conformes à ce que l’on attendait, à ce que tous les organismes de sondage avaient annoncé... Jacques Chirac arrive en tête, avec 24,81% des voix. Il est suivi de Lionel Jospin, 15,60%, et, avec près de 4 points de moins, de Jean-Marie Le Pen, 11,87%... François Bayrou, 10,27%, fait un bon score, de même qu’Alain Madelin... Chevènement déçoit un peu...
Dérisoires considérations d’ordre local !...
Avec 19,88 % des voix, pour l’ensemble de la France, Jacques Chirac figurera bien au second tour, mais son adversaire sera le candidat du Front National, Jean-Marie Le Pen, qui a recueilli 16,86 % des suffrages contre 16,18 % pour Lionel Jospin. 5
On se souvient de la surprise à l’annonce du verdict des urnes. Toute la campagne pour le second tour va s’en trouver modifiée, et, comme à Rueil, de même qu’à Saint-Cloud et Garches, le Lepénisme n’a jamais été particulièrement flamboyant, le candidat du RPR va y écraser son adversaire plus fortement encore qu’au niveau national, alors que chacun n’a déjà plus en tête que les élections législatives qui vont suivre.
S’il est un jugement que la plupart des dirigeants de la gauche partageaient, avant la présidentielle, avec ceux de la droite, c’est celui qu’ils portaient sur la cohabitation .
Sur ce point, Olivier Schrameck, directeur du cabinet de Lionel Jospin, aurait pu être le porte-parole des uns et des autres .
” La cohabitation fausse l’alternance... disait-il. La démocratie c’est l’alternance, et il n’y a pas de franche alternance lorsqu’il y a concomitance des pouvoirs... En vérité, il n’est pas une seule grande démocratie pluraliste qui se donne le spectacle d’un exécutif divisé contre lui-même, affirmant et déniant, louant et critiquant au même moment les mêmes faits ou les mêmes réalités 6 .”
Les chiraquiens ne pensent pas autrement. C’est pourquoi, deux jours après l’élection du Président de la République, ils créent un grand parti de droite et de centre droit : “l’Union pour la Majorité Présidentielle” (UMP) afin de gagner les législatives. Mais les partis de gauche estiment maintenant qu’une nouvelle cohabitation serait souhaitable, l’élection de Jacques Chirac ayant été remportée au deuxième tour dans des conditions tout à fait particulières.
Grande effervescence à travers tout le pays. Jamais la France n’a connu un aussi grand nombre de candidats : 8424, soit une moyenne d’un peu plus de 13 par circonscription.
Dans ce vaste mouvement, la 7ème circonscription des Hauts-de-Seine (Rueil-Malmaison, Garches, Saint-Cloud) se distingue avec 16 prétendants au siège qu’abandonne Jacques Baumel.
Du côté de ceux qui s’opposent à l’UMP, l’émiettement est remarquable, avec deux candidats pour l’extrême gauche, trois pour l’écologie, autant pour défendre plus ou moins la mémoire de la gauche plurielle et le bilan du gouvernement Jospin, mais ce qui retient surtout l’attention des électeurs, c’est ce qui se passe à droite.
Comment le député sortant qui a fêté, trois mois avant le premier tour, ses 84 ans va-t-il passer le flambeau à son successeur ? Comment céder son siège à l’Assemblée après avoir promis son fauteuil à la Mairie ?
Cent personnalités vont l’aider à surmonter cette difficulté. Dès le début de la campagne, chaque électeur reçoit un exemplaire de “L’appel des cent” ( 52 Rueillois, 32 Garchois, 16 Clodoaldiens). Après des remerciements à Jacques Baumel, cet “appel” dit en substance : “ Nous avons besoin d’un élu compétent (...) C’est pourquoi nous demandons à Patrick Ollier... d’être candidat... (et) de former avec Jacques Gautier... suppléant de Jacques Baumel depuis 1988, une équipe soudée, dynamique et efficace.”
C’est si gentiment demandé que les intéressés n’y résistent pas, ils se portent candidats, et obtiennent évidemment, avec l’approbation et le soutien du député sortant, l’investiture de l’UMP.
Tout irait pour le mieux si le seul émule de Patrick Ollier se trouvait être, par exemple, Arnaud Casalis, qui vit incognito à Rueil depuis 18 ans et se réclame de Charles Millon. Mais un rival de plus de poids va s’opposer à son ambition : il s’agit, une fois encore, de Thierry Saussez.
Pour déclarer sa candidature, notre conseiller en communication choisit Serre-Chevalier7, dans la circonscription des Hautes-Alpes dont le maire-adjoint spécial de Rueil est encore le député.
“ Je suis ici, dit Thierry Saussez, à Serre-Chevalier, pour illustrer et dénoncer le tourisme électoral de Monsieur Ollier, en appeler à la révolte citoyenne des électeurs de Rueil-Garches-Saint-Cloud, affirmer ma solidarité avec les électeurs écœurés des Hautes-Alpes. Je n’ai aucun compte personnel à régler avec Monsieur Ollier. Nous étions ensemble, adolescents, aux jeunes gaullistes et nos vies se sont souvent croisées (...) Il ne s’agit donc pas d’une querelle personnelle... mais d’une divergence fondamentale qui touche au fonctionnement même de la démocratie et au respect des citoyens. (...) Monsieur Ollier... commet un “abus de confiance” au sens électoral, en exploitant à Rueil-Garches-Saint-Cloud un mandat de député et vice-président de l’Assemblée nationale détenu grâce aux électeurs trahis des Hautes-Alpes (...) La seule légitimité de Monsieur Ollier à Rueil-Garches-Saint-Cloud, c’est le parti et les combinaisons d’état-major .”
Et pour bien montrer que “ce monsieur” change de circonscription “au gré de ses besoins de confort”, il cite une déclaration faite par lui à Libération (9 mars 2001) : “ Ce n’est un secret pour personne que je partage ma vie avec Michèle Alliot-Marie. Nous sommes ensemble depuis douze ans et nous ne faisons que voyager entre Saint-Jean-de-Luz (dont elle est l’élue), Paris et les Hautes-Alpes. C’est très difficile de mener une vie de couple dans ces conditions. Il fallait mettre un terme à cette situation insupportable”.
Patrick Ollier évite de répondre à ces provocations. Sagement conseillé par son père spirituel, Jacques Baumel, depuis longtemps passé maître dans l’art de cultiver “l’union”, il laboure le terrain. Le maire de Garches sera son suppléant. Il gagne le soutien affiché de Bertrand Cuny, maire de Saint-Cloud. Avec ces maires, il organise à Saint-Cloud une grande réunion publique, à laquelle participent le sénateur RPR Roger Karoutchi et les responsables locaux du RPR, mais également ceux de l’UDF et ceux de DL. Le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, est l’invitée vedette de cette manifestation.
Thierry Saussez repart à l’attaque, disant que cette élection doit être la revanche des municipales. Il pense qu’au deuxième tour de ces législatives, lui et Patrick Ollier seront face à face, et les électeurs auront alors à choisir entre lui, “le fils rebelle de Baumel” et son “fils adoptif des Hautes-Alpes.
Mais il se trompe dans ses prédictions. A l’issue du premier tour, il se retrouve en troisième position. Il est devancé par une jeune conseillère municipale de Rueil, Souhila Nador, âgée de 28 ans, que le PS a choisi pour le représenter, et qui a conduit une campagne discrète et efficace . 8
Le second tour n’est pas marqué par l’enthousiasme des électeurs (6614 voix de moins qu’au premier tour).
Avec un peu plusde 30% des suffrages, la jeune Souhila Nador obtient un joli score, surtout à Rueil (35,11%), mais Patrick Ollier n’en est pas moins très confortablement élu, réussissant même, avec 68,52% des voix, à faire mieux que son père spirituel en 1997 (67,10%).
Jacques Baumel va pouvoir s’éloigner de la scène politique d’un cœur léger. Sa succession est en bonne voie, et, ce qui ne gâte rien à ses yeux, la droite a très largement gagné ces élections législatives, avec 399 sièges (dont 362 pour l’UMP) contre 178 à la gauche.
Un temps de gestion collégiale
Patrick Ollier va remplir avec conscience ses fonctions de député, d’autant que sa nomination à la présidence de la Commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire fait de lui un membre important de la nouvelle Assemblée. Mais il n’en reste pas moins présent le plus souvent à la mairie de Rueil, aux côtés de Jacques Baumel. “Les élections législatives de Rueil ont dégagé deux tendances fortes : Patrick Ollier est légitimé par les électeurs comme successeur de Jacques Baumel et le pouvoir local est désormais entre ses mains 9.” Ce jugement des représentants du Groupe Rueil Pour Tous (PS et divers gauche) traduit bien le sentiment général du Conseil municipal.
De fait, si l’on en croit les informations du magazine Rueil infos, le maire et son dauphin ne se quittent guère. C’est ensemble qu’ils interviennent pour régler les petits problèmes de la vie quotidienne, pour que soit réaménagée une ligne d’autobus, pour que soit créée une nouvelle brigade afin de fluidifier la circulation. Ensemble ils visitent le Salon du Terroir. Leurs images sont également indissociables les jours de grande cérémonie. Lorsque le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, remet à Jacques Baumel les insignes d’officier de la Légion d’Honneur, à l’occasion du bicentenaire de cet ordre national, c’est sous le regard attendri du fils spirituel du récipiendaire. Les mêmes personnalités, auxquelles se joint Charles Pasqua, Président du Conseil général, se retrouvent à l’occasion de la remise des médailles et Aigles d’or de la ville, cérémonie annuelle dont M. le Maire demeure le maître d’œuvre.
Toutefois, Patrick Ollier, sous l’œil attentif mais bienveillant de son aîné, joue de plus en plus fréquemment les premiers rôles. C’est lui qui accompagne Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine, venu, sur son invitation, visiter le Clos des Terres-Rouges, un “quartier souvent stigmatisé“ de Rueil, déjà réhabilité au début des années 90, comptant 1000 logements pour 4000 habitants, et dont il veut faire un “beau village”.
Comment donnera-t-il suite à ce projet ? Il répond facilement à cette question, ayant en charge les finances de la ville. Bon nombre des propositions budgétaires qu’il soumet au conseil municipal sont votées à une large majorité, souvent contre l’avis d’une seule des trois composantes de l’opposition. Aussi se félicite-t-il de ce climat “très consensuel” .
Lors de la séance du 13 décembre 2002, les travaux qu’il propose pour la réfection du TAM ayant été approuvés à l’unanimité, il remercie l’opposition pour cette “ambiance constructive”. C’est alors que Danièle Küss déclare qu’elle rejoint la majorité. Ses amis ne le lui reprochent pas.
Les années précédentes ayant été marquées par de lourds investissements, le temps est venu de la rigueur, ce dont se félicite le groupe de Thierry Saussez : “ La maîtrise drastique des finances de la ville nécessite des efforts et la participation de tous les élus sans exception .”
Cette notation figure dans la tribune libre de Rueil infos du mois de mai 2003, une rubrique qui revient désormais dans chaque numéro du magazine. Dans cette même page (il n’y en a toujours qu’une seule), le Groupe Rueil Pour Tous (PS) titre sa case : “Budget : apparences et réalités” et déclare : “Notre bible municipale (le bulletin Rueil infos) le dit : le débat sur le budget 2003 de la ville a été sérieux, dépassionné... et quasi consensuel. Pas si simple.” Les opposants contestent quelques chiffres de ce “bon M. Ollier” et concluent : “Les taux d’imposition restent stables, ce dont se félicite l’équipe municipale. Mais le taux de la taxe d’habitation reste anormalement élevé pour une ville disposant d’une taxe professionnelle abondante. Il faut réduire le taux de cette taxe qui frappe tous les Rueillois, riches ou pauvres”. Il n’y a pas dans cette critique de quoi troubler la sérénité du “bon M. Ollier”.
En revanche, l’articulet du Groupe Rueil Vert Demain attaquant “la Mairie qui jure ne plus vouloir bétonner” doit énerver singulièrement M. le Maire. De quoi s’agit-il ? D’un “espace vert” faisant partie de l’ancien parc du château de Richelieu et que convoitent des promoteurs pour y construire des logements de luxe. Pourquoi cette parcelle n’est-elle pas classée ? L’affaire est complexe. Elle est venue s’ajouter à d’autres, de même nature, qui ont poussé Jacques Baumel à intituler son éditorial de Rueil infos du mois de février : “Quelques vérités bonnes à connaître”. Dans cet article, il expose avec véhémence que, sans lui, “la ville serait archi-bétonnée comme La Défense ou Nanterre”, ce qui n’empêche pas ces adversaires de sans cesse le relancer sur ce sujet.
Un autre problème requiert toute l’attention de M. le Maire dont le règne touche à sa fin. Il s’agit des crèches, dont le réseau constitue l’une de ses grandes fiertés. Grâce à lui, 1200 enfants bénéficient de structures d’accueil collectif. Et pourtant, le 8 avril 2002, une très grande majorité du personnel de ces établissements se met en grève, en raison de l’insuffisance des effectifs des puéricultrices et des auxiliaires. La mairie fait de gros efforts pour compléter ses équipes, mais ses campagnes de recrutement ne donnant pas les résultats espérés, elle se voit contrainte de réduire de 6 à 10 % le nombre des berceaux, afin de maintenir les conditions de sécurité. Et la commission d’attribution des places en crèche, réunie au mois de juin, doit repousser “les 60 demandes les plus récentes ou moins prioritaires”. C’est pourquoi l’ouverture à la rentrée d’une ou deux sections maternelles pour les enfants ayant eu 2 ans au cours du premier trimestre sera demandée.
M. le Maire, non content de suivre de près ces dossiers, lance au mois d’octobre une grande enquête auprès de tous ses administrés : “Si vous étiez maire, quelles décisions prendriez-vous ? (Bien entendu sans faire sauter la caisse et donc dans le respect des équilibres budgétaires)” . En novembre, il dit l’intérêt qu’il porte au prochain budget 2003. En décembre, il déclare à ceux qui ont répondu à son questionnaire : ”D’accord, on arrête le béton”. En janvier, il installe 5 nouveaux maires-adjoints, conformément à la loi de février 2002, et il ouvre “deux énormes chantiers” : le Plan Local d’Urbanisme (le PLU qui remplace le POS) et l’inter-communalité ( choix de communes voisines pour établir avec elles des liens particuliers ). En février, alors que Patrick Ollier, après avoir reçu Claudie Haigneré, première spationaute française devenue ministre, obtient de son ami Nicolas Sarkozy 7 nouveaux policiers pour Rueil, Jacques Baumel travaille au dossier des “Conseils de Villages” et s’apprête à convier les Rueillois de tous les quartiers “à un grand exercice de démocratie participative”.
Bref, il fait tant et si bien, M. le Maire, que le mois de mars venu, deux ans après le renouvellement du Conseil municipal, il semble avoir oublié de céder son fauteuil au successeur qu’il s’est choisi.
Ne va-t-il pas tenir sa promesse ?
Un journaliste du Parisien, Frédéric Mouchon, répond à cette question. “Dans le dernier bulletin municipal de Rueil-Malmaison, note-t-il, Patrick Ollier est présent sur dix photographies. Plus que le maire (UMP) de la ville, Jacques Baumel, qui n’a droit qu’à huit clichés. Comme un symbole du nouvel équilibre politique qui semble régner à la tête de la mairie”.
Pour confirmer cette impression, il a interviewé les intéressés.
“ La gestion de la ville est collégiale et se fait dans un climat de confiance totale ”, lui a confié le plus jeune. Quant à l’aîné, il lui a déclaré en souriant : “ Je ne suis pas capable de vous dire le jour exact (du passage de relais) mais je ne tiens pas à devenir un vieux maire qui se cramponne à son siège et je me retirerai au moment opportun .”
Avant que le mois de mars s’achève, Denis Gabriel, qui a toujours été très proche de Patrick Ollier, obtient au sein du conseil municipal une promotion. En tant que 6e adjoint, il avait en charge la Jeunesse et les sports. Il sera désormais délégué aux Affaires scolaires, un secteur particulièrement important, auquel Francine Roussel, 4e adjoint, a renoncé pour raison de convenances personnelles. Quelques mois plus tard, le premier fonctionnaire de la Mairie de Rueil, Denis Perrin, Directeur Général, est remplacé par Denis Solivères. Ce nouveau “capitaine d’un équipage de plus de 2000 personnes” a fait ses premières armes à la mairie de Saint-Jean de Luz, “mais il a aussi évolué pendant sept ans dans le secteur privé à la tête de la station de ski de Serre Chevalier”. Pourquoi venir à Rueil? “Parce que la ville est belle et accueillante”, déclare-t-il, et aussi parce que Jacques Baumel et Patrick Ollier le lui ont proposé 10 .”
Surtout Patrick Ollier.
La fin de l’année 2003 est marquée par une innovation concernant les réunions du Conseil municipal : les délibérations seront partagées en deux groupes, celles qui nécessitent un débat et celles qui peuvent être votées sans. Cette “nouvelle formule”, dont il est facile de deviner l’inspirateur, “a remporté l’adhésion de tous les conseillers au premier rang desquels Jacques Baumel, qui l’a qualifiée de “gain de temps précieux et utile”.
Au début de l’année suivante, le PLU (Plan Local d’Urbanisme) et le PADD (Projet d’Aménagement et de Développement Durable) retiennent l’attention des édiles, mais ils doivent aussi se consacrer à l’élaboration du budget 2004 et à la préparation des élections régionales et cantonales.
A travers toute la France, dans nombre de mairies tenues par la majorité, la campagne pour les élections régionales risque de semer la discorde. Rueil n’échappe pas à cette menace. Pourquoi cela ? Jacques Baumel, Patrick Ollier, mais aussi Thierry Saussez, et tous les membres ou les sympathisants de l’UMP appellent à voter pour leur candidat à la tête de l’Île-de-France : Jean-François Copé. Mais celui-ci a vu se dresser face à lui, outre les représentants de la gauche et de l’extrême-droite, une forte personnalité de l’UDF, le maire d’Issy-les-Moulineaux, le toujours souriant André Santini.
Et qui l’accompagne dans sa bataille ?
Un fort contingent de Rueillois très connus. Deux maires adjoints, André Cros et Philippe Trotin, qui comptent parmi ses colistiers. Trois autre maires adjoints, dont le premier, François Le Clec’h, et quatre conseillers municipaux figurent dans son comité de soutien. Que se passera-t-il à la mairie de Rueil si Copé et Santini s’affrontent au second tour ? Si Santini l’emporte ? Ces questions font naître des spéculations qui ne dureront guère.
Dans l’ensemble du pays, le premier tour est marqué par une forte poussée de la gauche. En Île-de-France, Jean-Paul Huchon (PS-Verts) devance largement Jean-François Copé. André Santini est le grand battu. 11
La plupart des ballottages sont favorables à la gauche. Celui qui agite l’Île-de-France étant particulièrement incertain, André Santini, lorsqu’il est remis de sa déception, retrouve son humour légendaire pour négocier avec son adversaire UMP de la veille et pour appeler à voter pour lui.
Jacques Baumel et Patrick Ollier, grands maîtres de l’Union, retrouvent avec bonheur leurs troupes au complet pour soutenir Jean-François Copé, dont André Cros sera un colistier. Mais les résultats du deuxième tour, le 29 mars 2004, sont loin de répondre à leur attente. Jean-Paul Huchon l’emporte, la gauche sort victorieuse de tous les ballottages (sauf en Alsace), la vague rose déferle sur tout le pays.
Jacques Baumel et Patrick Ollier ont cependant quelques raisons de ne pas désespérer. Ils ont, avec leurs alliés, sauvegardé leur pré carré. Dans les Hauts-de-Seine, Jean-François Copé devance Jean-Paul Huchon, et, avec 52,7% des voix, son avance est beaucoup plus nette encore à Rueil-Malmaison. 11
Ils ont aussi d’autres motifs de satisfaction.
En effet, le lundi 29 mars 2004, Le Parisien titre, en énormes caractères : “L’événement . La déferlante UMP”.
Un titre plutôt rare ce matin-là. De quoi s’agit-il donc ?
Des pages réservées aux résultats définitifs des cantonales dans les Hauts-de-Seine. Avec 23 sièges sur 45 (contre 17 dans le précédent Conseil général) l’UMP obtient la majorité absolue. L’UDF ne retrouve que 7 sièges sur 11 mais au total la droite gagne quand même 2 sièges. “ Les Hauts-de-Seine ont été un môle de résistance, note Charles Pasqua. Globalement, l’institution est solide .” Quant à Nicolas Sarkozy, il déclare déjà : “ On va voir si je serai président du conseil général. Ce sont les conseillers généraux qui décideront ”. Parmi ceux-ci, il y aura Jean-Claude Caron, qui a été brillamment réélu, dès le premier tour, pour représenter le canton de Rueil-Malmaison nord. 12
Ce même 29 mars, le conseil municipal de Rueil se réunit pour examiner le projet du budget 2004, présenté par Patrick Ollier. Dans son compte rendu de la séance, le bulletin municipal rapporte l’essentiel de son exposé, et ajoute : “ Jacques Baumel a ensuite ouvert les débats. Une surprise de taille est intervenue avant le vote lorsque Thierry Saussez a (...) reconnu que ce budget correspond parfaitement aux demandes de son groupe, Rueil à Venir. Il a donc conclu qu’il voterait le budget. Une décision qui renforce assurément la majorité municipale, le vote du budget en étant un élément fondateur .”
Les autres représentants de l’opposition l’ayant interrogé sans excès de pugnacité, Patrick Ollier a le droit de parler comme il a fait l’année précédente d’un “budget consensuel”.
Ainsi, la houle électorale s’apaise, la mairie est en de bonnes mains, Jacques Baumel peut envisager avec sérénité de céder enfin son fauteuil.
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Notes :
Chapitre III - 7 (p. 259 à 277)
1 N° 162 - Semaine du 28 mai au 4 juin 2000. Article de Philippe Chatenay.
2 Parlant de Pétain . L’Appel. La chute. Paris, Plon, 1954
3 Rueil infos, Mars 2002.
4 Résultats du vote : Pour, 308 voix : 254 PS, 28 UDF, 24 Divers gauche et Verts, 1 non-inscrit, 1 apparenté PC .
Contre, 251 voix : 137 RPR, 30 UDF, 43 DL, 33 PCF, 5 Verts, 3 non-inscrits . 9 abstentions .
5 UDF n’ont pas pris part au vote.
5 Résultats complets. - 1 : France (2 : Rueil).
Premier tour : Chirac 19,88 (24,81) - Le Pen 16,86 (11,87) - Jospin 16,18 (15,60) - Bayrou 6,84 (10,27) -
Laguiller 5,72 ( 3,62) - Chevènement 5,33 (6,94) - Mamère 5,25 (5,45) - Besancenot 4,25 (2,74) -
Saint-Josse 4,23 ( 0,81) - Madelin 3,91 (6,70) - Hue 3,37 (1,94) - Mégret 2,34 ((1,62) -
Taubira 2,32 (2,54) - Lepage 1,88 (3,08) - Boutin 1, 19 (1,71) - Gluckstein 0,47 ( 0,31)
Deuxième tour : Chirac 82,06 (88,64) - Le Pen 17,94 (11,36)
6 Olivier Schrameck, Matignon rive gauche, Paris, Seuil, 2001.
7 Station de sports d’hiver, commune de La Salle, dont Patrick Ollier était le
maire.
8 Législatives 2002 . - Résultats du premier tour :
Inscrits : 79 070 - Votants : 52 596 (66,52%) - Exprimés : 52 078 (65,86%)
Ollier UMP (48,9%) - Nador PS (20%) - Saussez DVD (12,6%) - Naert FN
(6,8%) - Lagache VERTS (2,2%) - Giroud PÔLE Rép. (1,5%) - Galano PC
(1,5%), les 9 autres candidats se partageant 6,6% des suffrages.
Deuxième tour :
Votants : 45 982 (58,16%) - Exprimés : 44 518 (56,30%)
Ollier 68,52% (Rueil 64,89% - Garches 72,20% - St Cloud 75,67%)
Nador 31,48% (Rueil 35,11% - Garches 27,80% - St Cloud 24,33%)
9 Rueil infos, Octobre 2002.
10 Rueil infos, Septembre 2003.
11 Régionales 2004. Premier tour :
Résultats : 1° Île-de-France . 2° Hauts -de-Seine . 3° Rueil . ( en % )
Votants : 61,6 - 63,2 - 59,1
Huchon (PE-Verts) 31,9 - 27,8 - 27,2 . Copé (UMP) 24,8 - 26,5 - 31,4 .
Santini (UDF) 16,1 - 23,8 - 23,1 . Marine Le Pen (FN) 12,3 - 9,2 - 8,7 .
Buffet (PC) 7,2 - 6,4 - 3,6 . Larguiller (LO-LCR) 4 - 3,2 - 2,7 .
Pelegrin (GE) 2,5 - 2,2 - 2,4 . Bay (MNR) 1,2 - 0,9 - 0,9
Résultats du deuxième tour du 28 mars 2004 :
1° Ile-de-France . 2° Hauts -de-Seine 3° Rueil ( en % )
Huchon 49,1 - 44,5 - 40,1 Copé 40,7 - 47,8 - 52,7 Le Pen 10,1 - 7,5 - 7,1
12 Cantonales 2004.
Résultats du scrutin du 21 mars ( en % ) : Jean-Claude Caron : 55,1
Bertrand Rocheron (PS) 27,4 . Jeanine Naert (FN) 8,3 . Marc Becquey
PC) 3,8 . François Mauguen 2,7 . Patrick Indjian (MRC) 2,6.
11:11 Publié dans Biographie Baumel III - 7 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mairie, rueil-malmaison, patrick ollier, thierry saussez, jacques gautier



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