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02.07.2008
BAUMEL III - 5
5 - Jacques Chirac Président
Au Forum du Futur
A toutes ses activités, Jacques Baumel ajoute l’animation d’une association : “Le Forum du Futur”.
Voici un exemple des débats qu’il y conduit :
“ Le Forum du Futur, que préside M. Jacques Baumel, député français, ancien ministre et Président de l’Académie diplomatique internationale, a organisé le 15 mars (1993) à Paris un colloque sur “Les dangers d’une guerre balkanique” qui a eu un grand retentissement. Parlant devant près de deux cents personnes, diplomates, militaires, journalistes, industriels et universitaires, cinq spécialistes français des problèmes d’Europe centrale ont l’un après l’autre présenté leurs vues concernant l’évolution du conflit qui déchire l’ex-Yougoslavie. Ils l’ont fait avec une lucidité et un sens de la mesure qui méritent d’être salués.
M. Jacques Baumel, tout d’abord, a cerné les enjeux du conflit...” 1
De fait, le grand retentissement qu’a eu ce colloque a été moins considérable que celui qui a marqué une autre réunion de l’association.
C’était au mois de juin de la même année, à la suite des élections législatives de mars.
Quelques jours plus tôt, le 7 juin, avait eu lieu à Rueil la Journée nationale de l’Innovation Locale en faveur de l’emploi.
“ Cette réunion d’importance nationale, placée sous le haut patronage du Premier Ministre, était organisée par Jacques Baumel, Thierry Saussez, maire-adjoint délégué à l’Emploi-Formation et Marie-Pierre Establie, directrice de la Maison de l’Information sur la Formation et l’Emploi (...) Moment fort de cette journée, Michel Giraud, le Ministre du Travail a honoré de sa présence l’annonce officielle par Jacques Baumel du lancement de “l’Alliance nationale des villes pour l’innovation locale en faveur de l’emploi”. Ce projet d’ampleur nationale, dont le maire est le père, sera un creuset dans lequel toutes les mairies de toutes les tailles échangeront leurs expériences. Michel Giraud a aussitôt déclaré : “Je souscris tout de suite à cette initiative, je lui apporte ma caution pleine et entière”. Le Ministre du Travail, qui en début d’après midi avait posé la première pierre d’une entreprise d’insertion, boulevard National, a loué l’avant-gardisme de Rueil “dont le dispositif anti-chômage est un exemple à suivre par les maires de France 2 . ”
Quel aimable ministre ! Il fait bon l’inviter, lui.
Le 16 juin, c’est Philippe Séguin, Président de l’Assemblée Nationale, quatrième personnage de l’État, qui honore de sa présence une réunion du Forum.
“ On lui a simplement demandé de venir clore les travaux de ce cercle restreint, notent ses biographes, il va poser explicitement les bases d’une nouvelle politique . 3 ”
Écoutons-le :
“ Au risque de choquer, voire de faire scandale, je souhaite énoncer ce qui me paraît une vérité de première évidence, trop souvent occultée par les déclarations de principe et les vœux pieux. Non, il n’est pas vrai que la lutte contre le chômage soit, comme on nous le dit, la priorité des politiques conduites par les pays développés. J’ai le regret de l’affirmer, la préoccupation de l’emploi demeure seconde dans les choix qui sont effectués, reléguée qu’elle est après la défense de la monnaie, la réduction des déficits budgétaires, le productivisme ou la promotion du libre-échange. En réalité, je pèse mes mots, nous vivons depuis trop longtemps un Munich social : aveuglement sur la nature du péril, absence de lucidité et de courage, cécité volontaire sur les conséquences des décisions prises . ”
“ Un Munich social ” ! “Je pèse mes mots... un Munich social ”. La formule connaît un grand succès. Elle fait le tour de l’Hexagone. Elle est reprise par toute la presse, qui ne manque pas d’expliciter, avec l’insistance qui lui est chère, la comparaison avec les “accords de Munich”, qui ont scellé, en 1938, la lâche acceptation par les démocraties des exigences d’Hitler.
Jacques Baumel se sent touché trois fois, dans ses trois fonctions de président du Forum, de maire de Rueil et de député de la 7e circonscription des Hauts-de-Seine! Une telle attaque, venant d’un personnage si haut placé, si écouté, membre de son parti (et qui plus est, tendance anti-Maastricht!), le coup est rude. Toutefois, l’initiateur de “l’Alliance des villes en faveur de l’emploi” sait très bien qu’il n’est pas directement visé. Ce n’est pas lui qui est le premier responsable de la priorité accordée à la défense de la monnaie, à la réduction des déficits budgétaires, au productivisme et à la promotion du libre-échange. En vérité, celui que le Président de l’Assemblée accuse, c’est le premier ministre de la nouvelle cohabitation, c’est Édouard Balladur et son gouvernement.
Jacques Baumel, comme tant d’autres, enrage, lorsqu’il imagine le sourire satisfait de François Mitterrand.
Que peuvent-ils faire, lui, et ses camarades de parti? Comment va réagir leur chef?
“ Alors qu’ils connaissaient l’estime que je portais à Philippe Séguin, Édouard Balladur et son entourage ont immédiatement exigé que je le condamne, se souvient Jacques Chirac. J’ai refusé de le faire pour des raisons de principe .”
Les biographes de Philippe Séguin, à qui l’on doit cette citation, ajoutent : “ Entre le président du RPR et le Premier ministre qu’il a donné à la France, le “cas Séguin” constitue l’un des premiers vrais points de friction.”
De plus graves vont suivre bientôt.
On peut en noter déjà deux moments forts :
Le 4 novembre 1993, Jacques Chirac annonce qu’il est candidat à la présidence de la République.
Le 18 janvier 1994, même annonce d’Édouard Balladur.
Les Présidentielles de 1995
Depuis la victoire éclatante de l’Union UDF-RPR aux élections législatives du mois de mars 1993, Jacques Chirac, et, plus ou moins ouvertement, bon nombre d’autres chefs de partis ont pour préoccupation première leur candidature à la présidence de la République.
Cependant, d’autres élections de moindre importance vont avoir lieu au cours des deux années que va durer la cohabitation. Tout d’abord, au mois de mars 1994, les élections cantonales.
Le poste de Conseiller Général de Garches-Rueil Sud, laissé vacant en 1988 par Jacques Baumel, est occupé depuis cette date par Jacques Gautier, RPR. Son mandat arrivant à expiration, il est à nouveau candidat, toujours soutenu par le député-maire de Rueil. “ Vous connaissez son efficacité, sa gentillesse et son dévouement, déclare Jacques Baumel. Il vous a bien défendu pendant six ans. Il est devenu maintenant Vice-Président du Conseil Général . Pour toutes ces raisons, il est le meilleur candidat. Je vous demande de voter pour lui dès le premier tour le 20 mars prochain. Vous ne le regretterez pas.”
Charles Pasqua en personne intervient en sa faveur : “Je me réjouis de votre nouvelle candidature... J’ai pu apprécier personnellement, pendant 6 ans, votre sérieux, votre dynamisme et la qualité de votre travail... Je puis vous assurer de mon total soutien et de mon amitié.”
Vingt-deux sièges sont à renouveler dans ce département des Hauts-de-Seine largement dominé par la droite. Cinq conseillers sont réélus dès le premier tour, deux UDF et trois RPR, dont Jacques Gautier. 4 Jacques Baumel peut être satisfait. Au Conseil Général, aux côtés du Président Charles Pasqua, il garde ses bons alliés, le poste du canton de Rueil Nord restant occupé par Jean-Claude Caron, maire-adjoint de Rueil.
Les élections européennes, qui ont lieu trois mois plus tard, lui causent davantage de soucis, en raison des remous qui agitent le RPR.
Le premier ministre, Édouard Balladur, a toujours été un partisan convaincu de l’Europe. Le président du parti, Jacques Chirac, l’est devenu. Mais ceux qui ont combattu le traité de Maastricht, derrière Charles Pasqua et Philippe Séguin, restent nombreux, et influents, chez les gaullistes. Dans ces conditions, la constitution d’une liste d’union de la majorité s’avère délicate. Finalement, l’UDF et le RPR finissent par s’accorder, mais Chirac et les siens doivent concéder la tête de liste à Dominique Baudis, UDF-CDS, journaliste, maire de Toulouse, la seconde place étant occupée par Hélène Carrère d’Encausse, plus connue pour ses titres de membre de l’Académie française, historienne, soviétologue que pour son appartenance au RPR. Il serait exagéré de dire que Jacques Baumel et tous ceux qui partagent ses convictions sur ce que devrait être l’Europe accueillent cette liste avec ravissement et s’apprêtent à la soutenir dans l’enthousiasme. D’autant que Philippe de Villiers constitue sa propre liste, Majorité pour l’autre Europe, offerte à l’électorat qui a voté “non” à la construction européenne proposée par le traité de Maastricht.
L’attitude de Charles Pasqua, tenu à une certaine réserve en raison de ses fonctions, n’en représente pas moins celle de tous les gaullistes favorables au mouvement souverainiste. Le “terrible Charles” (ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire) attend le dernier meeting de la liste Baudis pour se manifester. La scène se passe à Puteaux. Dominique Baudis compte sur lui pour rallier à la majorité qu’il représente l’électorat RPR hostile à Maastricht. Espoir déçu, oh! combien. Charles Pasqua prend la parole, mais c’est pour affirmer que le député de la Vendée, Philippe de Villiers , “fait partie de la majorité”. Édouard Balladur, qui s’exprime après son ministre, reste “ sur une prudente réserve, en se gardant bien d’entrer dans cette querelle ”.
Au terme de cette campagne, la liste Dominique Baudis - Hélène Carrère d’Encausse l’emporte, mais elle est talonnée par la liste Philippe de Villiers . 5
“ En absolvant à l’avance les électeurs de la majorité tentés par le vote protestataire incarné par le député vendéen, qu’il s’est refusé à condamner - en présence du premier ministre qui n’a rien trouvé à redire -, le ministre de l’intérieur a sans doute donné un bon coup de pouce, qui a nettement propulsé la liste de Villiers au-delà de la barre des 10% qu’elle n’avait jamais franchie dans les intentions de vote mesurées pendant la campagne . ”
Fort de son succès, de Villiers devient un candidat non négligeable à la succession de François Mitterrand, au détriment des autres candidats de la droite.
Pour cette raison, parmi tant d’autres, la guerre des chefs, déclarée bien avant les élections au Parlement européen, va s’intensifier après la proclamation des résultats. Nous n’en évoquerons pas ici tous les épisodes : Balladur-Chirac, une amitié de trente ans, la promesse faite par le premier de n’être pas candidat, le rappel des “trahisons” du second (Chaban, Giscard), la pression des sondages favorables à l’un, l’entêtement de l’autre en dépit de tous les avis dissuasifs.
Une fois encore, un grand nombre de gaullistes vont se reconnaître dans le comportement de Charles Pasqua. Dans un premier temps, le ministre d’État se montre remarquablement discret, préoccupé qu’il est par “l’Aménagement du territoire”. Puis il lance un projet de “primaires” que soutiennent 112 députés de la majorité. Il intervient ensuite auprès de Chirac, de qui il a été si proche, pour le dissuader de se présenter, ses chances de l’emporter étant inexistantes. Il lui écrit enfin, le 12 janvier 1995 :
“ Mon cher Jacques, Édouard Balladur et toi-même avez pris la décision d’être candidats, sans qu’il m’appartienne d’en juger. Tu sais combien je regrette cette situation (...) Pour les mêmes raisons qui m’ont fait te suivre depuis 1974, j’ai décidé d’apporter mon soutien à Édouard Balladur (...) l’intérêt du pays commande ! Crois, mon cher Jacques, à toute mon amitié, Charles . ”
A Rueil-Malmaison, Jacques Baumel signe en première page du magazine local de novembre 1994 un bref communiqué :
“ Conformément à la loi du 15 janvier 199O réglementant les campagnes électorales, Rueil Informations ne comprendra plus d’éditorial du Maire jusqu’au mois de juillet 1995. Je tiens à m’en excuser ...”
Mais cette réserve obligatoire ne l’empêche pas de prendre parti pour Édouard Balladur, avec pour partenaires Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret, Patrick Devedjian, maire d’Antony, sans parler de Nicolas Sarkozy, maire de Neuilly et lieutenant particulièrement actif du Premier ministre. Ceux-là n’ont pas attendu que le président du Conseil général de leur département, Charles Pasqua, se prononce pour se déclarer hautement balladuriens. Beaucoup d’autres les ont imités, des députés, des personnalités en vue dans tous les domaines, et pour n’en citer qu’un, Pierre Messmer, qui apporte en caution ses titres de gaulliste historique et d’ex-premier ministre de Georges Pompidou.
Jacques Chirac ne peut plus guère compter que sur Alain Juppé et sur Alain Madelin pour l’épauler efficacement. Puis il bénéficie d’un renfort de poids, celui de Philippe Séguin. Et la chance lui sourit : Jacques Delors renonce. Le danger s’estompe à gauche. Qu’il parvienne à franchir le premier tour, et la victoire couronnera ses efforts. Il en est intimement persuadé, ce qui le pousse à traiter avec son vieil “ennemi”, Valéry Giscard d’Estaing, et à obtenir de lui qu’il ne soit pas candidat.
De part et d’autre on ne s’épargne pas. On évoque les “affaires”, celle des “HLM de la Ville de Paris”, par exemple, avec l’espoir de nuire ainsi au maire de la capitale. On exploite des scandales récents, tel celui touchant l’Office public d’aménagement et de construction (OPAC) des Hauts-de-Seine que préside Patrick Balkany . 6
Cette guerre fratricide perturbe l’électorat de la majorité, mais ne ralentit pas l’élan que Jacques Chirac a donné à sa campagne. Il parcourt la France, il harangue ses auditoires sur le thème de “la fracture sociale”, il dénonce le “discours unique”, et, sans nier que Balladur a obtenu quelques résultats convenables dans le domaine de l’Économie, il promet de faire mieux.
Le Premier ministre, lui, refuse, avec un soupçon de suffisance, d’entreprendre la quête des voix. La cote du maire de Paris monte, dépasse même celle de son adversaire. C’est alors que les services fiscaux laissent filtrer une information montrant que Jacques Chirac est beaucoup plus riche qu’il ne le dit. Les chiraquiens accusent un balladurien, un certain Nicolas Sarkozy, secrétaire d’État au Budget, d’être coupable de la fuite. La cote de Chirac baisse. A quelques jours du scrutin, les sondages donnent à nouveau Balladur gagnant, et la majorité tremble à l’idée que nos deux “amis de trente ans” pourraient être conduits à se déchirer davantage à l’occasion du second tour.
Le 23 avril, à l’issue du premier tour, la surprise est de taille : la gauche a baissé par rapport aux précédentes présidentielles, mais elle ne s’est pas effondrée, et c’est son modeste représentant, peu connu du grand public, Lionel Jospin, qui arrive en tête avec 23,30% des voix.
Quant au duel tant redouté, tant attendu, il est gagné par Jacques Chirac, avec 20,84% des voix contre 18,58% pour Édouard Balladur.
Dans les Hauts-de-Seine, l’équipe Pasqua, Baumel, Sarkozy et consorts essuie un revers particulièrement sévère. En effet, le taux d’abstention, qui est de 21,62% pour toute la France, s’élève à 25,22%, et Jacques Chirac devance Édouard Balladur de plus de 7 points (26,56% contre 19,25%) alors que la différence n’est que d’un peu plus de 2 points pour l’ensemble du pays. 7
Pour se racheter, les balladuriens vont devoir se dépenser à l’occasion du second tour, et se battre pour celui qu’ils ont combattu, avec d’autant plus d’ardeur que les élections municipales, dont la réussite se fonde sur “l’union”, auront lieu dans moins de deux mois.
Édouard Balladur donne le ton. Le soir même du 23 avril, dans son QG de la rue de Grenelle, il s’adresse à ses partisans : “Le résultat montre que Jacques Chirac et Lionel Jospin sont arrivés tous deux au premier tour.” Une clameur s’élève, le nom de Chirac est hué. Blême, le Premier ministre scande sa fameuse phrase: “Je vous demande de vous arrêter! Je vous demande de vous arrêter!”. Puis il appelle à voter Chirac, il se désistera en sa faveur dès le lendemain.
La réconciliation ne va pas sans quelques anicroches, les chiraquiens étant volontiers hautains, mais ils ont besoin de toutes les voix de la droite et du centre. Ils ne peuvent guère compter sur l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen (15% des voix) ayant déclaré : “Chirac, c’est Jospin en pire”. Ils récupèrent d’abord le soutien de Philippe de Villiers (4,74% des voix) avec la promesse de lui rembourser ses frais de campagne. Puis ils organisent, à Bagatelle, une grande réunion publique à laquelle Édouard Balladur accepte de se rendre. Conformément à la consigne toute la troupe RPR l’applaudit. Sous l’œil de la caméra, il serre la main du président du parti, lequel un instant plus tard, au micro, traitera de “l’action du gouvernement entreprise par le premier ministre avec courage et non sans succès”. L’électorat de la majorité devra se contenter de cette comédie de manifestation unitaire.
Le 2 mai, Jacques Chirac et Lionel Jospin s’affrontent à la télévision. L’ensemble de la presse juge “courtois”. un débat qui se termine en match nul.
Et le 7 mai, Jacques Chirac est élu Président de la République avec 52,64% des voix contre 47,36% à son adversaire. 8
Nette victoire. Jacques Chirac a fait mentir tous les pronostics, il peut éclater de joie.
Les municipales de 1995
Les balladuriens ont rêvé de succès faciles aux élections municipales, dans la foulée d’une marche victorieuse de leur chef. Mais celui-ci a été battu, et ses partisans vont devoir redoubler leurs efforts pour compenser, en moins de deux mois, les conséquences de la défaite. Rude tâche, car bien souvent les disciples de l’ancien Premier ministre ont le cœur lourd.
C’est Alain Juppé que Jacques Chirac charge de former le gouvernement. Il comptera 43 membres, dont 12 femmes, “les Juppettes”, ce qui ne s’est jamais vu. Le partage des postes entre le RPR et l’UDF paraît équitable, compte tenu des résultats des élections présidentielles, mais c’est à l’intérieur du parti dominant, celui des gaullistes, que les deux blocs, qui s’étaient en apparence réconciliés entre les deux tours, ne sont pas récompensés comme l’un et l’autre le mériteraient. Pour faire bref, disons que la qualité première pour être ministre dans ce gouvernement, c’est d’être un ami, ou un bon serviteur de Chirac, si possible issu du conseil municipal de Paris, ce qui n’exclut pas d’autres dons, évidemment. Pour s’en tenir à quelques exemples, on peut citer Jean-Louis Debré, à l’Intérieur, Jacques Toubon, à la Justice, Bernard Pons à l’Équipement, et, pour réduire la “fracture sociale”, l’ultralibéral Alain Madelin aux Finances.
Les balladuriens, exclus de la distribution, n’ont même pas, pour se consoler et susciter chez eux l’émulation, l’exemple de la sérénité du côté des chiraquiens.
Au moment où s’ouvre la campagne pour les municipales, la succession à la mairie de Paris n’est pas en effet un modèle d’harmonie. Le Président offre à Séguin le fauteuil de l’Hôtel de Ville, mais celui-ci refuse, et préfère regagner son perchoir à l’Assemblée. Restent deux prétendants dont la rivalité fait la joie des gazettes : Jacques Toubon , Jean Tibéri. Ce dernier l’emporte, l’autre sera garde des Sceaux. Mais ces démêlés, dont l’influence s’étend sur la banlieue, vont faire perdre à la majorité six arrondissements dans la capitale .
A Neuilly, le maire sortant, Nicolas Sarkozy, va devoir affronter le FN et le PS, fort bien, mais aussi une liste conduite par Gérard Avril, “Président du Comité de soutien de Neuilly pour Jacques Chirac”. La plupart des membres de cette liste n’ont pour signe distinctif que leur appartenance à ce Comité, et cette liste va obtenir 23,44% des voix, à l’issue d’élections que Nicolas Sarkozy gagnera quand même, avec près de 60%, mais qui seront marquées surtout par le nombre des abstentions (44,42%).
C’est dans ce climat peu favorable à un élan novateur que Jacques Baumel engage sa campagne. Il doit personnellement surmonter un handicap supplémentaire.
Un handicap que son principal adversaire, Jean-Pierre Favennec, met en exergue dans sa profession de foi : “ Le maire sortant, qui se présente à 77 ans, appartient à la majorité conservatrice qui contrôle déjà l’État, la région et le département . ”
La pointe n’est pas dans le rappel de l’appartenance politique de son adversaire. C’est “l’âge du capitaine”, déjà évoqué par un journaliste deux ans plus tôt, à l’occasion des législatives, qui entre aujourd’hui dans l’argumentaire des opposants à l’homme en place depuis près d’un quart de siècle.
Mais il en faudrait davantage pour embarrasser celui qui est toujours parvenu et qui va réussir, une fois encore, à composer “une liste de large union”.
Au lendemain des présidentielles, Le Monde avait prédit :
“ Ces bons scores chiraquiens raviveront sans doute les divisions au sein du RPR lors des élections municipales. Il est dès maintenant acquis qu’à Rueil-Malmaison les chiraquiens présenteront une liste face au balladurien Jacques Baumel . ”
Le Monde connaît mal Jacques Baumel.
Nommée “Union pour l’Avenir de Rueil”, sa liste est soutenue par le RPR (toute discorde bue), par l’UDF (comme toujours) et pour n’oublier personne (tout en réaffirmant ses convictions européennes) par le MPF (Mouvement Pour la France, P. de Villiers).
Pas de grand nom, pas de vedette sur cette liste. Charles de Gaulle, toujours retenu par ses obligations diverses, ne reparaît pas. La charmante Line Renaud, qui a davantage brillé sur scène qu’à la table du Conseil municipal durant sa mandature ne se représente pas. Mais elle ne se retire pas fâchée, tant s’en faut ! La célèbre actrice, également connue pour sa générosité, et son amitié pour Jacques Chirac et pour Jacques Baumel, figure dans le numéro du mois de mai de Rueil Informations, à titre de présidente d’honneur du comité de lutte contre le sida.
Sans strass, sans clinquant, mais solide, sérieuse et parfaitement équilibrée, la liste de Jacques Baumel est assez remarquable par le nombre des sortants qui se représentent : 28 sur 49 sièges à pourvoir. Jean-Claude Caron, maire adjoint sortant, Conseiller général, prend normalement la place du premier adjoint, Marcel Noutary, qui s’est retiré. Vient ensuite François Le Clec’h, suivi en sixième position de son compère, André Cros, président du PR, si bien qu’à Rueil l’UDF reste forte sur ses positions. Entre eux sont intercalés Francine Roussel et Thierry Saussez, 5e et 6e adjoints sortants. On peut noter peut-être que Francine Roussel, secrétaire de section RPR, devance Thierry Saussez sur la liste des candidats, ce qui n’était pas le cas en 1989, et que Danièle Küss, autre militante, “précédemment chargée des Affaires internationales pour le groupe RPR à l’Assemblée Nationale”, remonte des profondeurs de la précédente liste à la 8e place.
La composition d’une liste, c’est tout un art que Jacques Baumel pratique parfaitement, si bien qu’il ne risque pas de subir l’affront infligé à Nicolas Sarkozy par un quelconque “Comité de soutien à Jacques Chirac”. Deux listes seulement s’opposent à celle du député-maire sortant.
Celle que conduit Jean-Claude Ferrer se nomme “Droite Nationale pour Rueil-Malmaison”. Soutenue par le FN, elle égrène avec un laconisme dénué de toute originalité son sempiternel leitmotiv : “Insécurité, immigration, drogue, chômage, impôts, gaspillages : Stop!”
L’autre liste s’appelle “Rueil Autrement”. Elle est soutenue “par le Parti Socialiste, le Parti Communiste Français, le Mouvement des Citoyens, Radical et des représentants d’Associations”.
Celui qui en a pris la tête, Jean-Pierre Favennec, Conseiller municipal sortant, “49 ans, ingénieur”, ne ménage pas son adversaire. On a vu qu’il n’hésite pas à l’attaquer sur son âge. Il ajoute : “A une politique très autoritaire, où tout dépend d’un seul homme, il faut substituer le dialogue et la discussion. Débat avec la population, place pour les minorités dans les organes de consultation : ce sont mes priorités”.
Mais il ne critique pas, point par point, les efforts que le maire prétend faire, pour être proche de ses administrés, en créant des mairies de quartiers, par exemple, en organisant des colloques, où en répondant à toutes les questions qui lui sont posées par le biais du bulletin municipal, Rueil Informations, distribué gratuitement à tous les habitants de la commune.
Autre facette du combat : les partisans de “Rueil Autrement” demandent “la couverture complète de l’A 86 et l’abandon du péage”.
Qu’ils consultent donc le dernier numéro de Rueil Informations!
Ils n’y trouveront pas d’éditorial de M.le Maire, la loi l’interdit, un sourire de Line Renaud le remplace. Mais sous le titre : “A 86 : Le Conseil d’État est saisi”, ils liront un article de deux pages illustré d’une belle photo qui répond à l’avance à leur question.
La “Gauche rassemblée” souhaite également “Réviser le POS pour mieux protéger les espaces verts” .
Le POS? Le numéro de décembre 1994 de Rueil Informations avait pour titre: “Pour préparer l’avenir de Rueil un nouveau plan d’occupation des sols”. Dans le corps de l’article (deux belles pages illustrées), la municipalité renvoyait à “huit pages sur ce sujet dans notre numéro de juin”. Avec à la clé cette précision : “ Depuis le 26 septembre, une exposition itinérante ( présentant le POS ) circule dans chaque quartier de Rueil. Elle est l’occasion d’un dialogue fructueux entre les élus, les fonctionnaires et les habitants. Dernière étape, le centre-ville, les 5 et 7 octobre, de 9H à 19h, salle des mariages. Vous pourrez dialoguer avec Jacques Baumel le 7 octobre, entre 19h et 21h30 .”
Et pour ce qui est de “mieux protéger les espaces verts”, revenons au numéro de la veille des élections, celui de mai. Il a pour titre principal : “Rueil : Ville Verte”. Avec ses bois, ses parcs, “de multiples squares et jardins fleuris disséminés à travers tous les quartiers de la ville, Rueil est la commune la plus verte du département (44 m2 par habitant). Au mois de décembre dernier, elle a d’ailleurs reçu le grand prix d’excellence des villes fleuries attribué par le Conseil général “.
Jean Giroud, PS, Conseiller sortant, attaque sur un autre point : “ Rueillois, pour connaître l’urbanisme du maire sortant, allez à Rueil 2000. Le soir, c’est noir, c’est mort. Une ville de béton, de verre à 30 000 F le M2. ” Coup de lance à la Don Quichotte, venant après un article ( toujours dans le numéro du bulletin municipal de mai ) joliment illustré, intitulé : “ Rueil 2000, un quartier prend vie ”. Sous-titres : “Un pont bâti à la manière du Ponte Vecchio de Florence. Équilibre habitat-emploi. Un environnement soigné. L’Espace Renoir, nouveau pôle culturel. ”
Le combat est inégal entre quelques tracts électoraux de l’opposition et la presse municipale.
Une jeune candidate, Anne Bihan, 25 ans, professeur, se montre plus incisive : “ Que nous offre la mairie ? Une politique qui privilégie le clientélisme au détriment de la culture pour tous. Le Conservatoire? Une antichambre pour professionnels. Le TAM (Théâtre André Malraux)? Du show business. La bibliothèque? Un grenier poussiéreux. Nous voulons encourager les initiatives : moins d’institutionnel, davantage d’équipements de proximité. ”
Mais, même citée in extenso, cette critique est une goutte d’eau alors que même une grosse vague n’ébranlerait pas la citadelle municipale, dont Rueil Informations assure la défense et l’illustration.
Aussi Jacques Baumel peut-il proposer tranquillement, sans modestie excessive, un “nouveau Contrat” à ses électeurs :
“ De l’avis général, compte tenu de mon efficacité et de mon dynamisme, je suis celui qui peut le mieux vous défendre et poursuivre le bon travail de la Mairie. Partisan du dialogue et de la concertation, toujours à l’écoute de chacun, j’ai montré que j’étais le plus capable de conduire une équipe et de rassembler les bonnes volontés. ” Suit une liste de propositions attendues : “ Une ville bien administrée. Un cadre de vie protégé et embelli. Une gestion économe pour limiter la pression fiscale ”... etc.
Cette profession de foi est parée de bandeaux verts, peut-être pour remercier les écologistes de ne pas avoir constitué de liste, alors qu’ils ont deux conseillers sortants, dont Denis Plain ( près de 40% des voix aux cantonales, près de 10% aux dernières municipales ).
Pour toutes ces raisons, un seul tour suffira.
A 71 ans, en 1989, Jacques Baumel avait été élu avec 59,26% des voix. Six ans après, avec 63,60%, il gagne plus de quatre points, il a donc tout lieu d’être satisfait. 9
La seule ombre au tableau vient peut-être du nombre des abstentions, qui ont progressé de plus de 7 points (42,32% contre 35,10%) Mais ces défections tiennent certainement moins à “l’âge du capitaine” qu’aux remous qui ont agité les partis de la majorité.
Défense nationale et forces armées
Dès 1993, le président Séguin a pris des mesures pour mettre au pas les députés qui manquaient d’assiduité aux séances de l’Assemblée. Il a rappelé que le vote personnel était inscrit dans la Constitution, et, pour l’imposer, il a fait modifier le système de scrutin électronique afin que nul ne puisse voter à la place d’un absent.
Puis il a déclaré aux élus du peuple :
“ Outre la fonction législative, l’Assemblée nationale a aujourd’hui deux missions essentielles, le débat et le contrôle. Le débat oriente, fixe les contradictions momentanées de la société française. Le contrôle doit être utilisé de façon positive, et permet d’avertir le gouvernement des conséquences, des résultats que les textes qu’il présente peuvent avoir. ”
En 1995, au lendemain des présidentielles, Philippe Séguin ayant regagné son perchoir, une nouvelle réforme renforce encore les pouvoirs de l’Assemblée en créant, entre autres mesures, une session unique de neuf mois.
La première session appliquant ce nouveau calendrier ouvre le 2 octobre. Et Jacques Baumel, qui est une fois de plus nommé Membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, puis Vice-président de cette commission, participe à ce titre aux vives discussions qui marquent la rentrée parlementaire.
En effet, le président Chirac, à peine élu, s’est empressé de tenir l’une des promesses qu’il avait faites.
Le 13 mai, il a annoncé que 8 essais 10 de bombes nucléaires auraient lieu entre le 7 octobre 1995 et le 31 mai 1996, dans les îles Mururoa et Fangataufa de l’Océan Pacifique.
Trois explosions ont eu lieu déjà, provoquant en France, en Europe et dans les pays du Pacifique les protestations dont chacun se souvient, lorsque le 8 novembre, au Palais Bourbon, Jacques Baumel, “rapporteur pour avis de la commission de la défense pour la dissuasion nucléaire”, intervient dans la discussion sur le projet de loi de finances pour 1996.
Et c’est après la quatrième explosion, celle du 21 novembre, qu’il prend part au large et houleux débat sur la reprise, par la France, des essais nucléaires.
Autre vif débat, au mois de mars suivant, à la suite de la “déclaration du Gouvernement présentée par M. Alain Juppé, Premier ministre, et M. Charles Millon, ministre de la défense, sur la politique de défense” .
Au mois de juin, il participe à la discussion des articles du projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 1997 à 2002. Retrouvons le maintenant à la rentrée d’automne, lors de la première séance du 6 novembre 1996.
“ M. le président. La parole est à M. le rapporteur pour avis de la commission de la défense nationale et des forces armées, pour la dissuasion nucléaire
M. Jacques Baumel. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, dans le nouveau contexte géostratégique international, il convient de jeter un regard neuf sur nos moyens nucléaires et ne pas se contenter de survoler rapidement des crédits budgétaires. “
Esquisse de ce contexte, et l’orateur poursuit :
“ Ce qui pose problème, c’est l’arrêt définitif des essais nucléaires à Mururoa après l’ultime campagne d’essais qui a été un acte de courage de la part de notre pays et une décision de grande responsabilité de la part du chef de l’État (...)
Depuis 1984, l’effort accordé à notre dissuasion a diminué de façon préoccupante. La loi de programmation militaire votée au printemps dernier ne fait que confirmer cette nouvelle diminution (...) Il est clair qu’on ne fera pas à l’avenir avec moins de 20 milliards ce que l’on pouvait faire il y a quelques années avec près de 40 milliards (...) Il faut cependant reconnaître qu’un effort de recentrage utile a porté sur l’essentiel de nos programmes et qu’il se traduit par un renouveau de notre force de dissuasion nucléaire.“
Suit une analyse dans laquelle figure l’évocation de “données scientifiques (ayant) pour objet de simuler en laboratoire les stades d’une explosion thermonucléaire”.
“ Le coût de ce programme, ajoute Jacques Baumel, est très lourd et je crains, là aussi, des dérapages difficiles à contrôler. A l’heure actuelle, on peut estimer ce coût à 16 milliards (...) Telles sont les grandes lignes de ce que l’on peut considérer comme le plan de relance de l’équipement nucléaire français.”
L’orateur parle ensuite d’une éventuelle collaboration “avec nos partenaires de la Communauté européenne”.
“ Je terminerai, dit-il, en vous livrant quelques réflexions sur l’avenir du nucléaire militaire.
On a un peu l’impression que nous sortons d’une certaine dissuasion et que nous entrons dans une situation géostratégique nouvelle. Celle-ci implique non la remise en question de notre doctrine fondamentale, qui doit rester la base de notre sécurité et de nos préoccupations, mais son adaptation. ”
Après avoir soulevé des problèmes d’ordre politique, stratégique, budgétaire, il désigne ce dernier point :
“ Quelle sera la place du nucléaire français en cas de construc-tion d’une défense européenne, surtout dans l’hypothèse d’une réforme de l’OTAN ? Question d’une singulière actualité. ”
Puis il conclut :
“ Nous devons non seulement défendre ce qui est aujourd’hui notre élément fort mais réfléchir à ce que pourrait être demain la dissuasion française, garantie essentielle de notre sécurité, et prendre les décisions en conséquence.
C’est sous réserve de ces observations que, au nom de la commission de la défense, je donne un avis favorable à l’adoption des crédits pour la dissuasion nucléaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République et du groupe de l’Union pour la démocratie française et du Centre. ) “
Jacques Chirac ne s’en tient pas là. Il a promis une transformation profonde des armées et plus particulièrement la professionnalisation des troupes.
Le 30 janvier 1997, Jacques Baumel intervient dans la discussion portant sur le “projet de loi n° 3177 portant réforme du service national”.
“ M. le président. La parole est à M. Jacques Baumel.
M. Jacques Baumel. Monsieur le président, monsieur le ministre (...) La réforme de nos armées qu’a décidée à juste raison le Président de la République répond aux exigences de notre époque. D’ailleurs nul ne la récuse vraiment (...) Dans son principe, nous ne pouvons qu’approuver cette importante réforme qui, en instituant la professionnalisation, implique la suppression du service militaire - disons les choses telles qu’elles sont ! Elle m’inspire toutefois de sérieuses réserves... Pour être court, je dirai, monsieur le ministre, que votre réforme suscite trois interrogations.”
Première interrogation : la difficulté du recrutement.
Deuxième interrogation : le problème des réserves.
“ La troisième interrogation soulevée par cette réforme est plus délicate. En dépit des grandes déclarations lyriques et des dégagements opérés devant certains milieux ou devant les médias, ne nous y trompons pas, quelles que soient les possibilités que vous maintenez plus ou moins, cette réforme marque l’abandon de la conscription...
Mme Christine Boutin et M. Jean-Jacques Weber . Absolument!
M. Jacques Baumel. C’est un moment historique pour notre pays. Dès lors, comment maintenir ce que nous voulons tous préserver, à savoir le lien séculaire entre l’armée et la nation...
Mme Christine Boutin . Très bien!
M. Jacques Baumel. ... et affermir, notamment chez les jeunes, cet esprit de défense sans lequel l’outil militaire perd toute crédibilité ?
M. Jean-Luc Reitzer. Très juste!
M. Jacques Baumel. Permettez-moi de vous dire, sans esprit polémique et tout en reconnaissant les efforts qui ont été faits, que remplacer la conscription par cette sorte d’ersatz qu’est le rendez-vous citoyen n’est peut-être pas la réponse la plus appropriée. Le maintien, pendant quelques jours, de jeunes Français dans un cadre préétabli peut présenter des difficultés, je n’en disconviens pas car je veux être objectif. Mais à qui fera-t-on croire, monsieur le ministre, par-delà les déclarations courtisanes ou les opinions de ceux qui veulent vous faire plaisir, que le rendez-vous citoyen est la meilleure réponse au problème qui nous est posé.
Mme Christine Boutin, M. Jean-Jacques Weber et M. Didier Boulaud. Très bien
M. Jacques Baumel. Puisqu’il a été décidé, il est vain de le combattre, mais nous devons penser à l’améliorer...”
L’orateur effleure ensuite le problème des financements.
“ Or, dit-il, c’est là où le bât blesse. En effet, les importantes réductions de crédits d’industrialisation de nos armées, tout autant que la difficulté à poursuivre des programmes trop lourds nous rendent sceptiques.”
Puis il termine sur ces mots :
“ Cette réforme était indispensable. L’opinion la jugera en fonction de la façon sont elle sera améliorée et de son efficacité. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe du Rassemblement pour la République et du groupe de l’Union pour la démocratie française et du Centre.) “
Douzième mandat de député
Jacques Chirac a finalement réussi à faire passer chez les militaires et à faire accepter par l’ensemble des Français la métamorphose des armées.
Toutefois, dans d’autres domaines, il a connu moins de succès. L’état de grâce n’a guère marqué le début de son septennat. Ses électeurs espéraient des mesures tendant à réduire “la fracture sociale”. Alain Juppé a mis en œuvre une politique rigoureuse qui n’a pas répondu à cette attente.
Des mouvements sociaux, mais aussi des actes de terrorisme se succèdent au fil des semaines qui suivent l’arrivée de Jacques Chirac à l’Élysée.
Trois mois après avoir été nommé, le 25 août, le ministre de l’Économie et des Finances, Alain Madelin, démissionne, n’ayant pu rallier ses collègues à son point de vue sur le système de retraite des fonctionnaires.
Moins de trois mois plus tard, Alain Juppé forme un second gouvernement. Foin des “Juppettes” ! La nouvelle équipe, réduite à 32 membres, ne compte que quatre femmes.
Le premier ministre présente son plan de sauvetage de la Sécurité Sociale. Les fonctionnaires lui répondent en organisant des manifestations auxquelles se joignent les étudiants. Les agents de La Poste se mettent en grève, puis ceux d’EDF-GDF.
En décembre 1995 et janvier 1996, des centaines de milliers de personnes se rassemblent, à Paris et en province, contre le “plan Juppé”.
Puis les “affaires” (HLM de Paris, rénovation des lycées d’Île-de-France) alourdissent l’atmosphère.
Suivront les mises en examen de personnalités politiques de premier plan : le 1er novembre 1996, Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national du PS, le 6 décembre, Xavier Dugoin, Président RPR du Conseil général de l’Essonne, le 5 mars 1997, Jean Tibéri, maire de Paris.
Au mois de septembre 1995, à l’occasion d’élections législatives partielles, Édouard Balladur et Nicolas Sarkozy ont été élus. Alain Madelin connaît le même succès quelques semaines plus tard. Mais ce renforcement des partis qui, en principe, soutiennent le gouvernement, n’annonce pas une parfaite réconciliation entre les chiraquiens et les balladuriens. Tant s’en faut ! Les députés de la majorité parlementaire ne se gênent plus pour critiquer Alain Juppé. Ils le malmènent lors des journées parlementaires du RPR, au Havre, le 28 septembre 1996. Le chef de l’État doit intervenir. Il va jusqu’à téléphoner à Michel Péricard, le président du groupe à l’Assemblée nationale, pour lui communiquer son “indignation (devant les) écarts de langage de certains”.
A quoi bon cette Assemblée “introuvable” de 1993 ?
“Le Président écoute les uns et les autres, consulte, prend tous les avis, pèse le pour et le contre. Et, naturellement, comme d’habitude, il finit par s’impatienter : comme son Premier ministre, il a compris qu’il ne peut obtenir que sa majorité massive vote des mesures impopulaires qui compromettraient la réélection des députés. Il rêve d’une majorité qui, même resserrée, serait vraiment à sa botte, lui permettrait de reprendre la main à l’Assemblée nationale”. 11 Et pour l’avoir, il décide, au mois d’avril 1997, de dissoudre l’Assemblée en place.
Jacques Baumel n’a jamais été “à la botte” ni d’Alain Juppé ni du Chef de l’État. On l’a vu dans ses interventions au Palais Bourbon. On en trouve d’autres preuves dans les déclarations qu’il fait ou cautionne dans son bulletin municipal.
C’est ainsi que dans son éditorial de février 1996, intitulé “Halte à la violence”, il note que le gouvernement a bien tardé à prendre “des mesures contribuant à rétablir la sécurité des personnes et des biens”.
Dans le même numéro, Jean-Claude Caron, Premier maire adjoint, affirme : “ L’État se paie largement sur la Ville. Quatre décisions (touchant la fiscalité) dramatiques pour la Ville de Rueil ont été notifiées ces dernières semaines; elles amputent le futur budget 1996 de vingt-sept millions de francs (plus de 4,3 millions pour 1995) ce qui aura des conséquences graves pour notre budget communal.” Au mois de mai, le grand argentier municipal revient à la charge : “L’État, éprouvant des difficultés pour boucler son budget, a décidé de ponctionner les finances de certaines villes comme Rueil pour les affecter à des communes moins favorisées”. Au mois de novembre, il précise : “Il faut savoir que par rapport au budget 1995, l’État nous a repris 32 millions de francs par solidarité, pour les donner à des communes moins riches que Rueil, comme Mantes-la-Jolie ou Chanteloup. Trente deux millions de francs, c’est très exactement 8% de nos impôts...”
Si encore à ce prix on parvenait à réduire la “fracture sociale”...
Il n’en est rien.
Au mois de juin, dans La lettre de votre député, Jacques Baumel note qu’en “dépit des hausses d’impôts, les recettes fiscales n’ont guère progressé (...) Le déficit, en accroissant la dette, réduit les marges de manœuvres budgétaires (...) Cette situation est intolérable (...) Elle n’est pas conforme à la volonté des Français, telle qu’ils l’ont exprimée en mai 95.”
Au mois de novembre, dans Rueil informations, il dit une fois de plus : “ Non à la violence (qui) est au coin de la rue quand ce ne n’est pas à l’école (...) Qu’attend-on en France pour arrêter cette escalade dangereuse et contagieuse ? ”
Au mois de décembre, sa critique se fait plus précise, plus acerbe.
“ Que penser de M. Jacques Toubon, ministre de la Justice, qui intervient sur le jugement qu’il trouve trop sévère, parce qu’il s’agit d’un groupe “rap” qui demandait de tuer des “flics”? Le soutien que ce groupe élégamment baptisé “Nique Ta Mère” a obtenu de la part de certains politiques, à gauche ( il ne faut tout de même pas oublier l’adversaire traditionnel ) comme à droite ( avec l’équipe en place) , ne peut que désespérer ceux qui défendent la loi et l’ordre républicain. Les Français ont clairement manifesté leur mécontentement en faisant perdre 12% à M. Toubon dans le dernier sondage de sa popularité. Autre cas scandaleux : une jeune policière dans un train de banlieue, en plein jour, a été frappée, violée, défigurée à coups de couteau sans qu’une seule voix officielle, même pas celle de son ministre, M. Jean-Louis Debré, ne lui ait manifesté la moindre compassion. La faiblesse de l’État, là comme en Corse, devient insupportable.”
On croirait entendre une voix de l’opposition.
Cependant, au début de l’année 1997, en même temps qu’il participe activement aux débats concernant "la Défense et la réforme de l’Armée", Jacques Baumel se consacre à la gestion de sa commune, pour laquelle il a deux grands projets :
la “Coulée verte” et l’ETEC.
La “Coulée verte” sera, “après l’A 86, le nouveau grand chantier de Rueil”, à savoir “la création d’un parc naturel de 400 hectares, le plus grand de l’ouest parisien”.
L’ETEC, nouvel “ensemble théâtral, éducatif et culturel”, offrira une salle de spectacle pouvant accueillir 1200 personnes et une Bibliothèque, “comprenant toute la technologie moderne, en particulier une médiathèque”, qui sera “enfin digne de la Ville”.
Lorsque Jacques Chirac annonce la dissolution, Jacques Baumel pourrait se dire qu’après tout le président de la République lui offre une belle occasion de mettre un terme à ses fonctions parlementaires pour mieux s’attacher, tranquillement, à la réalisation de son grandiose programme municipal. Mais penser cela, c’est mal le connaître. Cheveux de jais, l’œil vif, un sourire inamovible accroché à sa fine moustache, il respire la santé. Il vient à peine d’entrer dans sa quatre-vingtième année. Il a toujours pratiqué le cumul des mandats. Ce n’est pas parce que les journalistes parlant de lui évoquent sans se gêner la limite d’âge qu’il va y renoncer ! L’investiture ? Comment pourrait-on la lui refuser ? Il ne manque pas de relations. Il reçoit des lettres de soutien de tous les horizons de la formation gaulliste, de Jean-François Mancel, secrétaire général du RPR, mais aussi de Charles Pasqua, de Philippe Séguin et d’Édouard Balladur. Pour ce qui est de “l’union”, il l’a toujours pratiquée, on peut lui faire confiance : il sera candidat de la majorité présidentielle, soutenu autant par l’UDF que par le RPR.
Ce lancement du député sortant ne décourage pas la multiplicité des oppositions : ils seront quatorze à vouloir lui ravir son siège, dont cinq, pas un de moins, au nom de l’écologie.
“ Comme je l’ai demandé à plusieurs reprises, il fallait créer un nouvel élan ” déclare Jacques Baumel, dans sa profession de foi. Avec à nouveau Jacques Gautier pour suppléant, il propose un programme en dix points fidèlement inspiré du “ projet pour la France de la majorité RPR-UDF rassemblée derrière le Président de la République .”
Notre Journal illustré, Saint-Cloud, Garches, Rueil-Malmaison, journal d’informations de la circonscription, donne le ton de la campagne. C’est ainsi que deux pages centrales sont illustrées de 14 photos : 13 d’entre elles, en couleurs, présentent des réalisations locales, telles que l’Athénée, un nouveau centre culturel, qui ouvrira le 24 mai à Rueil, “dans l’attente d’une grande bibliothèque prévue en 1999”, ou le Stadium de Rueil, de création récente, “le meilleur gymnase du département”.
La quatorzième photo, en noir et blanc, montre le candidat au Palais Bourbon. Elle est accompagnée de cette légende : “ Comme parlementaire, Jacques Baumel a voté en faveur des textes présentés à l’Assemblée Nationale par le Gouvernement pour la diminution des impôts, pour la famille, pour les problèmes de sécurité, contre l’immigration clandestine, et notamment pour les lois Debré et Pasqua.”
Pas un mot concernant la Défense et les Forces Armées.
Rien qui rappelle les récentes critiques.
Et maintenant que retenir du foisonnement des oppositions?
“ Changeons d’avenir, changeons de majorité ”, demande Christiane Maulion, au nom du Parti Socialiste. Elle habite Saint-Cloud, elle est enseignante et membre de “nombreuses associations culturelles, sportives ainsi que d’une organisation syndicale.” Jean-Pierre Favennec, conseiller municipal de Rueil, est son suppléant.
Le Front National est représenté par Christian Maréchal, conseiller municipal de Saint-Cloud, et par son suppléant, Jean-Claude Ferrer, conseiller municipal de Rueil.
Les douze autres candidats, dont Jean-Raymond Pacouret pour le PC, n’ont aucune chance de rassembler 10% des suffrages mais ils vont compromettre les résultats de leurs concurrents mieux placés dans les sondages et pronostics.
Le 25 mai, au soir du premier tour, Jacques Baumel éprouve une amère déception. Il lui manque 47 voix pour être élu. Toutefois, la profusion des listes n’explique pas seule ce revers. Par rapport à la consultation de 1993, le taux de participation a baissé de 5% (65,77% contre 70,23%), et ce sont précisément cinq points qui lui manquent pour obtenir le score qui lui avait alors permis de passer haut la main au premier tour. Quant au score de Christiane Maulion, comparé à celui de Madeleine Darbel, candidate du PS aux précédentes législatives, il est meilleur de cinq points. 12
Avec une pointe de jalousie, Jacques Baumel note que le jeune Nicolas Sarkozy, candidat RPR-UDF de Neuilly, a été, lui, réélu. En vérité, il est le seul du département, et l’un des rares (douze en tout) en France. La dissolution n’a pas tenu ses promesses. Jacques Chirac se serait-il lourdement trompé ?
“ Les résultats obtenus doivent être analysés de la manière suivante, déclare Baumel. Tout d’abord, ils sont dans la circonscription le contrecoup de l’avertissement donné par les Français sur le plan national. Ensuite, certains des électeurs étaient persuadés du succès de la majorité au premier tour et ne sont donc pas venus voter (...) Les Français se réservent pour le second tour .”
Un optimisme de circonstance que refroidira singulièrement la rude réalité du 1er juin. Car si, au second tour, Jacques Baumel devance largement, avec 67,1% des voix, son adversaire socialiste, ce n’en est pas moins une vague rose qui déferle sur la France.
“ Malgré ce score que lui envieraient des ténors de l’ancienne majorité, rapporte Le Courrier, le député sortant a eu la victoire modeste, si l’on en juge par l’ambiance tendue qui régnait à l’hôtel de ville durant le dépouillement. Pas de grandes expressions de joie lors de la proclamation des résultats, des applaudissements réduits au strict minimum(...) A n’en pas douter, Jacques Baumel avait à l’esprit les résultats nationaux...”
A savoir (lorsque les comptes seront arrêtés), 319 députés pour la gauche contre 257 pour la droite (qui en avait 477).
Premier perdant, le RPR.
Que de querelles en perspective, tant dans l’ancienne majorité présidentielle qui devient opposition qu’au sein même du mouvement gaulliste !
Que de luttes à engager contre les “socialo-communistes”, le PS n’ayant pas la majorité absolue sans les élus du PC.
Le lundi 2 juin, Jacques Chirac nomme Lionel Jospin premier ministre.
A l’âge où le commun des citoyens se contente souvent de pratiquer l’art d’être grand-père, notre député-maire s’apprête à assumer sa double fonction sous les auspices d’une cohabitation nouvelle, certes voulue par les électeurs, mais qui suscite chez lui plus d’inquiétudes que d’espoirs.
Pour la suite ---> retour au début, voir colonne de gauche, cliquer Baumel III - 6
Notes :
Chapitre III - 5 (p. 219 à 238)
1 La lettre du Président, n° 14 , 15 mars 1993 .
2 Rueil informations, Juin 1993.
3 J. Cathala, J.- B. Prédali, Philippe... op. cité.
4 Gautier (RPR) : 54,37% des voix, Mignon (PS) : 16%, Vécot (DVD) : 8,46%, Lagache (VEC “écologie”) : 8,37%, Pichon (FN) : 8,24%, Pacouret (PC) : 4,56% .
5 Résultats :
1°/ensemble de la France, 2°/Hauts-de-Seine, 3°/ Rueil-Malmaison :
UDF-RPR (Baudis) 24,50%, 29,28%, 31,75% .
PS (Rocard) 14,50%, 14,91%, 14,66% .
Aut. E (de Villiers ) 12,38%, 13,85%, 15,49% . -
MRG (Tapie) 12,03%, 10,04%, 9,80% .
16 autres listes se partagent les autres voix.
6 Didier Schuller, conseiller général des Hauts-de-Seine, est accusé par le juge Halphen d’utiliser l’OPAC qu’il dirige, sous la présidence de Patrick Balkany, pour des financements frauduleux .
7 A Rueil : Chirac 27,43%, Jospin 21,99%, Balladur 20,91%, Le Pen 11,39%, Hue 5,66%, Laguiller 4,84%, de Villiers 4,26%, Voynet 3,35%, Cheminade 0,17% . (Abstentions : 23,79%) .
8 Hauts-de-Seine : 59,02% contre 40,98% .
Rueil-Malmaison : 62,18% contre 37,82% .
9 Municipales 1995. - Résultats :
Union pour l’Avenir de Rueil (Baumel) : 63,60% des voix, 41 sièges.
Rueil Autrement (Favennec) : 26,80% , 6 sièges.
Droite Nationale pour Rueil-Malmaison (Ferrer) : 9,60%, 2 sièges
10 Nombre ramené plus tard à 6 : dernier essai le 27 janvier 1996.
11 Philippe Madelin, Jacques Chirac, une biographie, Paris, Flammarion, 2002.
12 Législatives 1997 . Résultats du 1er tour :
Baumel 49,90% , Maulion 19,60%, Maréchal (FN) 11,59%, Pacouret (PC) 4,38%, Driout (DVD) 0,45%, Cagnier (G E-Lalonde) 1,65%, Peyriller (MEI-Waechter) 0,65%, Mortimore (Union pour la semaine de quatre jours) 2,04%, Cabot (Nouveaux écologistes) 0,76%, Aria (Parti humaniste) 0 % (0 voix), Tron (CNI) 2,83%, Sujevic (Parti pour la liberté) 0,06%, Giroud (MDC) 1,76%, Mugier (Solidaires régions écologie) 1,46%, Lagache (Les Verts) 2,86%.
11:14 Publié dans Biographie Baumel III-5 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : forum du futur, rueil-malmaison, présidentielles 1995



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