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02.07.2008
BAUMEL III - 3
3 De l’opposition
à la cohabitation
Huitième mandat de député
Le 21 mai 1981, François Mitterrand nomme Pierre Mauroy à Matignon, et, si l’on en croit les historiens, lui soumet la liste à peu près complète des ministres qui composeront son premier gouver-nement.
Fort habilement, le Président n’a fait appel à aucun communiste. Il tient à rassurer ceux que Jacques Chirac fait trembler quand il évoque les dangers du marxisme. L’équipe de Pierre Mauroy est composée de 39 socialistes, 3 MRG (Mouvement des Radicaux de Gauche) et de Michel Jobert, ancien ministre de Pompidou, gaulliste dissident.
Le gouvernement se met immédiatement au travail. Les mesures qu’il prend, dès les premiers jours de juin, satisfont pleinement les électeurs qui ont voté pour lui : hausse de 10 % du Smic, de 25 % des allocations familiales, de 20 % du minimum vieillesse.
En même temps, l’Assemblée nationale ayant été dissoute, se développe la campagne pour les élections législatives qui auront lieu le 21 juin.
Du côté des vainqueurs des présidentielles, l’Union de la Gauche n’est pas remise en question, les partis s’en tiennent à un accord de désistement réciproque. A droite, la décision est prise de présenter dans chaque circonscription un candidat d’Union UDF-RPR dès le premier tour sous le sigle UNM, (Union pour une Nouvelle Majorité). Mais la défaite du 10 mai a été trop vivement ressentie, les disputes qui ont opposé les partisans du RPR de Chirac aux giscardiens ont été trop nombreuses si bien que, le plus souvent, cette conciliation n’est que de façade. La promesse d’une Nouvelle Majorité manque de chaleur. La droite, “ trop techno- cratique, parle à l’excès dans sa terne campagne de pourcentages, de balances commerciales et de grands équilibres économiques et financiers, face à une Union de la gauche qui ne chante qu’espérances. Malgré le tonus de Jacques Chirac, ses leaders s’adressent à la France comme à un conseil d’administration1.”
Le 21 juin, c’est un raz de marée socialiste qui déferle sur la nouvelle Assemblée. Le rose (PS et MRG) y détient la majorité absolue, avec 283 sièges ( contre 114 en 1978, du jamais vu ! ) Les alliés communistes, dont le déclin a commencé avec les présidentielles, continuent de s’affaiblir, le nombre de leurs députés passant de 86 à 44, mais les plus grands perdants sont les représentants de l’ancienne majorité, le RPR, qui voit ses effectifs tomber de 153 à 83 députés, l’UDF de 116 à 61.
Toutefois, dans la 8ème circonscription des Hauts-de-Seine, les résultats sont bien différents.
Voyons d’abord les candidats et la campagne.
A gauche, un grand absent, Jacques Fournier 2, qui avait, on s’en souvient, créé la surprise en 1973, en devançant Michel Duffour, et qui, en 1978, avait à nouveau affronté Jacques Baumel au second tour.
Le socialiste qui le remplace est un nouveau venu. Il se nomme Gérard Tolla et fonde sa profession de foi, sans excès d’originalité, sur les “ premières mesures qui engagent le changement ” et touchent le SMIC, les allocations familiales et le minimum vieillesse. Il n’en bénéficie pas moins de la vague rose et recueille au premier tour 30,56 % des suffrages.
A ses côtés, le persévérant Michel Duffour n’échappe pas, lui, au déclin du PC et voit son score tomber de 12,47 % en 1978 à 9,25 %.
Deux autres candidats freinent l’élan donné par le succès de Mitterrand aux présidentielles. L’un, Pierre Richard, PSU (Parti Socialiste Unifié) se bat “pour que se développe à côté du PC et du PS une véritable force socialiste autogestionnaire”. Et ce n’est pas tout. Il y a aussi Michel Lautrou, candidat de Lutte Ouvrière (le parti d’Arlette Laguiller) qui expose que Mitterrand s’est montré sous la IVe République “un serviteur efficace de la bourgeoisie” et conclut : “ Il faut voter à gauche, oui, mais le plus à gauche possible. Votez pour un travailleur, votez pour un candidat d’extrême gauche ”.
Leurs voix discordantes plus que leurs scores (0,66 % pour Lautrou, 1,57% pour Richard) affaiblissent l’Union de la gauche.
Face à cette dispersion, que trouve-t-on?
A l’extrême droite, pour le Front National, Nicole Maréchal qui, avec 1,37% des suffrages, ne fait guère mieux qu’en 1978.
Et pour le reste de la droite ? Et pour le centre?
Jacques Baumel est le “Candidat unique de l’Union pour une Nouvelle Majorité”. Patrick Ollier, son adjoint au conseil municipal de Rueil, est son suppléant.
A la différence de 1978, Jacques Baumel ne met plus en garde contre le “danger mortel“ que le marxisme des socialo-communistes ferait courir à la France, mais il explique calmement “qu’il faut à l’Assemblée une majorité d’hommes et de femmes décidés à contrôler l’action du gouvernement et à éviter les excès”. En tête de sa profession de foi, avant de traiter de “l’Efficacité qu’il a toujours démontrée” et de son goût pour le “Dialogue”, il place en exergue “l’Union“, et déclare : “ Vous voulez un député qui ait des convictions mais soit véritablement l’élu de tous. Jacques Baumel est un rassembleur, pas un diviseur. Candidat d’union, il saura être un député d’union ”.
Il a maintes fois donné des preuves de la véracité de ce qu’il avance là, et, par exemple, lorsqu’il a composé ses équipes municipales, lorsqu’il a remercié le conseil général de l’avoir choisi pour président, lorsqu’il a fait des remontrances à Jacques Chirac pour l’engager à modérer ses attaques contre les giscardiens.
Un peu de chance (la déficience de l’adversaire), des convictions et du talent pour les mettre en œuvre et en lumière, telles sont les conditions du succès.
Le 21 juin, alors que la droite subit un désastre, Jacques Baumel, bien épaulé par son suppléant Patrick Ollier, remporte l’une de ses plus belles victoires : il est élu dès le premier tour avec 56,56% des voix.
Premiers pas dans l’opposition
Au lendemain des législatives, le second gouvernement Mauroy, qui compte quatre ministres communistes, se lance dans la réalisation des “110 propositions du candidat Mitterrand”.
Quelles sont les premières mesures prises? Les directeurs des chaînes de télévision sont remerciés, on rappelle Pierre Des-graupes, on met en œuvre un programme de nationalisations, une amnistie souvent jugée trop généreuse libère 6 200 détenus, en même temps que les dépenses publiques croissent si bien que, le 4 octobre, la France devra dévaluer.
Mais la droite, traumatisée par ses échecs, a quelque peine à s’organiser dans l’opposition. Ainsi Charles Pasqua, élu président du groupe RPR du sénat le 3 octobre, partisan d’une lutte à outrance contre la nouvelle majorité, se heurte au prudent Balladur, dont l’influence grandit auprès de Jacques Chirac.
“C’est, en fait, le début d’un conflit larvé qui va durer cinq ans dans le bureau du maire de Paris à l’Hôtel de Ville où les deux “conseillers” de Chirac vont s’opposer de plus en plus souvent, l’un s’appuyant sur les militants et en évoquant de Gaulle, l’autre en se servant de la défaite de 1981 et en évoquant Pompidou 3 .”
D’autres tensions existent au sein de l’opposition, comme celles qui dressent les adhérents historiques du mouvement gaulliste contre quelques bouillants débutants.
Jacques Baumel, par exemple, un cacique du gaullisme, fort de sa brillante réélection, peut regagner la tête haute sa place dans l’hémicycle du palais Bourbon. Ancien secrétaire général du Mouvement, il reste l’un des membres les plus influents et les plus actifs du RPR. Mais le jeune Philippe Seguin, élu pour la première fois député dans les Vosges en 1978, a été lui aussi brillamment réélu, avec 52,42% des voix. Et c’est autour de Philippe Seguin que se forme le noyau dur de la résistance à la nouvelle majorité. Michel Noir, autre jeune député RPR, puis François d’Aubert et Charles Millon, du même âge (moins de quarante ans) mais UDF, se joignent à lui pour constituer un Cercle où ils élaborent des plans de bataille pour harceler l’adversaire à l’Assemblée.
“Pour avoir une idée de cette “flibuste” - l’obstruction par tous les moyens en argot parlementaire - quelques chiffres suffisent : 100 amendements déposés lors du débat sur les nationalisations, 3 600 pour les lois Auroux,4 sans compter les motions de procédure, exceptions d’irrecevabilité, rappels au règlement et autres vérifications de quorum avant chaque vote 5 .”
Cette activisme porte ombrage aux “anciens” qui ne le soutiennent qu’en maugréant.
Parfois même, ceux que l’on surnomme “les mousquetaires” sont en complet désaccord avec leurs aînés. Lorsque, le 17 septembre 1981, le garde des Sceaux, Robert Badinter, demande à l’Assemblée d’abolir la peine de mort, Philippe Seguin et Michel Noir, si prompts d’ordinaire à s’enflammer, se taisent et décident de voter l’abolition. Cette prise de position déplaît à la plupart des gaullistes historiques.
Jacques Baumel, le 18 septembre, présente un amendement qui, s’il était retenu, anéantirait la proposition du garde des Sceaux. En voici le texte :
“La peine de mort est abolie sauf pour les crimes suivants :
- assassinat d’une personne âgée, d’un enfant ou d’une
personne handicapée.
- attentat ayant entraîné la mort d’un groupe de personnes.
- meurtre sur une personne retenue comme otage.
- assassinat d’un membre du personnel pénitentiai ou d’un agent de la force publique.
- pour les cas de récidive de crime après libération.”
Amendement rejeté. La discussion se poursuit.
Le projet de loi portant abolition de la peine de mort est finalement adopté au scrutin public.
Pour l’adoption : 363 voix. Contre 117 ( dont celle de Jacques Baumel) sur 486 votants et 480 suffrages exprimés.
Le 23 octobre, le congrès du PS, qui se tient à Valence, ne calme pas le jeu entre la gauche et la droite, bien au contraire. Trois jours plus tôt, à l’Assemblée nationale, à l’occasion d’un débat sur les nationalisations, André Laignel, député de l’Indre, a lancé à l’opposition : “Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires”. A Valence, Paul Quilès s’écrie :” La naïveté serait de laisser en place des gens qui sont déterminés à saboter la politique voulue par les Français (...) Il ne faut pas dire “Des têtes vont tomber”, comme Robespierre, il faut dire lesquelles et le dire rapidement”. Et Louis Mermaz, président de l’Assemblée nationale, d’ajouter : “ La droite est toujours présente au niveau du monde des affaires et des rouages de l’État. Cette droite, il faut la débusquer et la chasser des pouvoirs qu’elle exerce indûment .”
C’est dans ce climat que, le 5 octobre, Jacques Chirac tient une conférence de presse qui marque sa rentrée politique. Il récuse sans complaisance le socialisme, et, fort des 800 000 adhérents du RPR qui le soutiennent, il apparaît comme le “fédérateur de toutes les oppositions.” 6
Les efforts qu’il déploie sont récompensés dès le mois de janvier par quatre victoires (trois pour le RPR , une pour l’UDF) à des élections législatives partielles, organisées à la suite d’invalidations.
Au mois de mars, c’est aux élections cantonales que la droite l’emporte, avec 149 sièges gagnés par le RPR, 89 par l’UDF et 8 présidences nouvelles de conseil général pour l’opposition.
A Garches,7 Jacques Baumel, plus “rassembleur” que jamais, et qui se présente au nom de l’Union pour l’Avenir des Hauts-de-Seine, est brillamment réélu avec plus de 66% des voix.
Et pourtant, le 24 mars, il abandonne la présidence de l’Assemblée départementale .
Les interventions qui marquent le début de la séance ce jour-là donnent les raisons de cette renonciation.
“Aujourd’hui, déclare d’entrée le doyen d’âge, la nouvelle loi sur la décentralisation ouvre une nouvelle phase dans l’histoire du Conseil Général...”
Après avoir fait voter à mains levées la structure du bureau, à savoir 10 Vice-Présidents (au lieu de 3) et 2 membres du Bureau supplémentaires (la loi le permet, le département est riche), il donne la parole à Charles Ceccaldi-Raynaud, conseiller général RPR de Puteaux.
( Rappelons en passant que celui-ci a été secrétaire général de la fédération socialiste des Hauts-de-Seine et candidat unique de la gauche en 1967, dans le canton de Garches, contre Baumel.)
"M. Ceccaldi-Raynaud .- Monsieur le Président, Monsieur le Préfet, Mesdames, Messieurs, le président sortant est Monsieur Jacques Baumel. Il a fait connaître son intention de ne pas demander le renouvellement de son mandat. Monsieur Baumel s’est expliqué dans un communiqué de presse. Il a fait savoir qu’il a en charge de nombreux mandats et que son Mouvement vient de lui confier des responsabilités au niveau national. Monsieur Baumel a été un Président de grand talent. Il est un homme de dimension nationale.”
On imagine le ravissement de celui qui subit ce panégyrique, alors que l’orateur l’accablait naguère des titres de “candidat officiel”, “candidat du pouvoir personnel”.
M. Ceccaldi-Raynaud ayant présenté, au nom de son groupe, la candidature de Monsieur Paul Graziani à la présidence de l’Assemblée, la parole est à “Monsieur le ministre Fourcade”, conseiller de Saint-Cloud.
“M. Fourcade . - Monsieur le Président, au nom du Groupe d’Action Républicaine et Sociale, je m’associe aux deux déclarations de M. Ceccaldi-Raynaud, la première pour rendre hommage au travail effectué par le Président Jacques Baumel pendant de nombreuses années où il a présidé cette Assemblée, et la seconde pour soute-nir au nom de mes amis la candidature de Monsieur Paul Graziani.”
Le groupe socialiste présente la candidature de M. Vons, le groupe communiste celle de M. Lanternier.
“Voici les résultats du vote :
Nombre de votants : 40.
Ont obtenu : M. Graziani : 26 .
M. Lanternier : 12
M. Vons : 2
Monsieur Graziani est donc élu Président.
(Applaudissements à droite) ”
En 1979, Jacques Baumel avait été réélu avec 22 voix, contre 18 à Lucien Lanternier. Les résultats de 1982 montrent que dans les Hauts-de-Seine comme dans le reste de la France la droite a progressé.
Après l’élection des membres du bureau - Charles Ceccaldi-Raynaud, 3ème vice-président, Marcel Noutary (conseiller de Rueil-Malmaison nord), 8ème vice-président, Patrick Balkany, un jeune plein d’allant, 10ème vice-président - le préfet lit un message de Gaston Defferre, ministre d’État, ministre de l’intérieur :
“ Monsieur le Président
Messieurs les Conseillers généraux
A la fin de ce message, conformément à la loi du 2 mars 1982, le pouvoir exécutif du département vous sera transmis. Il vous appartiendra alors de préparer et d’exécuter les délibérations du Conseil Général.”
Gaston Defferre expose sa conception de la décentralisation, puis ajoute :
“Au moment où les Préfets remettent aux Présidents des Conseils Généraux les pouvoirs qu’ils détenaient de la loi de 1871, le Gouvernement (leur) rend hommage...”
Le rôle des préfets restera primordial.
Toutefois, il s’agit bien d’une “nouvelle répartition des compétences”.
Ainsi s’explique le renoncement de Jacques Baumel, qui juge incompatibles les nouvelles fonctions dont sera chargé un président de Conseil général avec celles qui incombent à un député-maire. 8
Pour finir, le message du ministre est accueilli par des “Applaudissements à gauche”.
En ce moment, Jacques Baumel est fort aise de n’avoir pas à battre des mains car tout de même, ce n’est pas sans un pincement au cœur qu’un notable achevé de la République en voie de mutation perd un tiers de ses pouvoirs.
Troisième mandat de maire
A l’Assemblée nationale, Jacques Baumel est membre de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi sur la communication audiovisuelle. Il est aussi membre de la commission des affaires étrangères.
Le 8 avril 1982, il intervient dans une discussion portant essentiellement sur les conditions d’une “éventuelle adhésion de l’Espagne aux communautés européennes” et sur la “proposition émise par M. Claude Cheysson (ministre des Relations extérieures) d’un grand débat sur la paix et les rapports est-ouest”. Pour une fois, cela mérite d’être souligné, le porte-parole du RPR annonce que le vote de son groupe sera positif.
Mais le 22 avril, il retrouve le ton de la critique pour dénoncer l’imprécision d’un texte concernant diverses dispositions du code rural ( par exemple, le “traitement infligé aux chevaux lors de leur transport”). Le 12 mai, il souligne, à l’intention du gouvernement, la nécessité de proposer le retour à de véritables négociations de paix dans “l’affaire des Falkland” 9. Le 28 mai, il titille le gouvernement en le questionnant sur sa politique de la protection civile : abris antiatomiques; protection contre les catastrophes naturelles.
Toutefois, c’est dans le domaine de l’économie générale que l’opposition trouve les meilleures raisons de manifester son mécontentement et son impatience. La “relance” sur laquelle Pierre Mauroy fondait de grands espoirs échoue. Il faut parler maintenant de “rigueur”, avec un premier plan, dès le mois de juin, qui instaure pour quatre mois le blocage des prix et des salaires (SMIC excepté). Dans ces conditions, Chirac a beau jeu d’annoncer que “les pro-chaines élections municipales dans six mois... devraient marquer un sérieux avertissement pour le pouvoir socialiste”.
Dans cette perspective, au mois de septembre, aux journées parlementaires RPR qui ont lieu à la Grande-Motte, le président du mouvement, maire de Paris, et qui entend bien le rester, regonfle le moral de ses troupes. Il travaille ensuite au rapprochement des différentes composantes de l’opposition, et pour finir, tombe d’accord non sans peine avec Giscard, pour que l’opposition ne présente qu’une seule liste dans la plupart des villes de plus de 30 000 habitants. Et le 23 janvier 1983, il lance sa campagne en rassemblant 90 000 personnes à la Porte de Versailles. Puis les murs de la capitale se couvrent d’affiches où, sous le titre J’aime Paris, je vote Chirac, on voit celui-ci conversant avec un gardien de parc, traversant un marché ou attablé à la terrasse d’un café. Son adversaire Paul Quilès riposte avec son portrait surmonté de la mention Paris tendresse, Paris Quilès, mais les partisans du maire sortant ne perdent aucune occasion de rappeler qu’il s’agit en fait de Robespaul, surnom qu’ils donnent à Paul Quilès depuis son évocation de Robespierre au congrès de Valence.
A Rueil-Malmaison, où l’on est à l’écoute de ce qui se passe à Paris, Baumel mène une campagne non moins vigoureuse.
Le nouveau mode de scrutin, le scrutin de liste, qui fait partie des réformes introduites par le gouvernement Mauroy, rend la bataille parfaitement claire.
Fervent partisan de “l’Union”, Jacques Baumel s’est présenté aux cantonales sous l’étiquette “Union pour l’Avenir des Hauts-de-Seine”. L’essentiel n’étant pas de faire preuve d’imagination mais d’efficacité, c’est une liste nommée “Union pour l’Avenir de Rueil”, que conduit le Député-Maire. Elle rassemble 20 sortants pour 49 sièges à pourvoir. Le deuxième de la liste est Marcel Noutary, Maire-Adjoint sortant, Vice-président du Conseil général, le troisième le Docteur Jean-Marie Toutain, Maire-Adjoint sortant, ex-député suppléant, le septième Patrick Ollier, Maire-Adjoint sortant, député suppléant, le neuvième Jacques Gautier, Conseiller Municipal sortant, RPR jeune et actif, bien placé en raison de ses mérites. Les représentants des autres partis de l’opposition ne sont évidemment pas oubliés . Pour le PR (Parti Républicain), François Le Clec’h est à la troisième place, André Cros à la huitième, entre Patrick Ollier et Jacques Gautier. Le docteur H. Magnin est également là : Conseiller Municipal sortant, mais candidat du Mouvement réformateur (contre Baumel) au premier tour des législatives de 1973, on le trouve à la trentième place, en bonne position quand même pour être réélu. Parmi les nouveaux, on peut citer Jean-Claude Caron, ex-Secrétaire Général de Mairie (quel conseiller pourrait être plus compétent ?) ou Thierry Saussez, Conseil en Communication, “l’un des plus doués de cette étrange nouvelle vague (des “grands conseillers ès images”), allègre fonceur des nouveaux médias, profil de battant, plume de feu”10 .
“Notre bilan représente votre meilleure garantie pour l’avenir” déclare Jacques Baumel à ses “chers Rueillois”, et pour ce qui est de l’avenir, il promet “un Maire pour tous; une ville humaine, pas de tours, pas de A86 (célèbre autoroute dont nous reparlerons); des emplois et des activités économiques; une ville plus sûre; un espace de liberté; une ville bien gérée, une politique d’animation et de culture; une ville solidaire et humaine; une volonté de participation; une ville où il fait bon vivre.”
La liste adverse se nomme “Rueil Majorité, la gauche unie”. “Elle est composée de 23 socialistes, de 6 personnalités du mouvement associatif proposées par le Parti Socialistes, de 18 communistes et de 2 PSU . Elle est soutenue par l’Alliance Écologique.”
Cette liste est conduite par Gérard Tolla, Cadre de banque, PS. Jean Giroud, Ingénieur des Ponts et Chaussées, PS, occupe la deuxième place. La troisième revient à Marc Lachal, Psychologue scolaire, pour le PC, Michel Duffour, adversaire habituel de Jacques Baumel depuis 1971, ayant choisi de tenter sa chance ailleurs. 11
“Il est important que l’œuvre de redressement et de progrès social engagée en France depuis le 10 mai 81 soit poursuivie et se prolonge grâce aux nouveaux pouvoirs donnés aux communes”, déclare Gérard Tolla. Il ajoute : “Vous ne pouvez pas laisser notre ville aux mains d’une équipe qui l’a conduite à une situation financière alarmante, qui a étouffé toute démocratie, qui a sacrifié l’emploi, qui a fait le jeu des promoteurs (allusion aux ZAC et au “Country Club” : bâtiments, piscine, parkings, 22 courts de tennis, dont les permis de construire ont été l’objet de controverses).
Le programme de cette liste tient en “10 PRIORITÉS, 75 PROPOSITIONS” qui abordent, pour en prendre le contre-pied, les thèmes traités par l’équipe sortante.
Verdict des urnes : “Union pour l’Avenir de RUEIL“ 20 370 voix (68,47%) .- “Rueil majorité, gauche unie” 9381 voix (31,53%).
En application du mode de calcul des résultats du scrutin 12, 42 sièges sont attribués à la liste de Jacques Baumel et 7 sièges à celle de Gérard Tolla.
Pour son troisième mandat, M. le Maire ne bénéficiera peut-être plus de l’unanimité au terme de chaque délibération du Conseil municipal, mais il pourra compter sur une confortable majorité.
Après Mauroy, Fabius
Dans l’ensemble de la France, la droite l’emporte, avec un peu plus de 60% des sièges de conseillers municipaux, la victoire dans trente villes de plus 30 000 habitants tenues par la gauche, et, cerise sur le gâteau, le “grand chelem” à Paris pour Chirac, dont les listes triomphent dans les 20 arrondissements.
Cette défaite conduira-t-elle François Mitterrand à changer de premier ministre? Le nom de Jacques Delors est avancé... Les jour-nalistes laissent entendre que rien ne va plus entre le Président et le chef du gouvernement. Pour faire taire ces rumeurs, à l’occasion d’un voyage du chef de l’État dans le Nord, le couple Mitterrand loge au domicile des Mauroy, de préférence à la préfecture.
Le premier Ministre peut donc poursuivre sa politique de rigueur, travailler à la mise en œuvre de nouvelles réformes. et suivre, dans l’ombre du chef de l’État, les activités de Claude Cheysson, ministre des relations extérieures.
Mais dès le mois d’avril, le gouvernement doit faire face aux grèves des internes, des chefs de clinique et des étudiants en médecine. A l’Assemblée, Jacques Baumel intervient dans un débat portant sur l’organisation des Centres Hospitaliers Universitaires.
Quelques jours plus tard, il pose une question sur la date des élections aux Conseils de régions. Question qu’il complète par une seconde : il souhaiterait savoir “où en est le projet de loi concernant le non-cumul entre un certain nombre de mandats et des fonctions électives”.
Réponse de M. Roger Quilliot, ministre de l’Urbanisme et du Logement, “au nom de M. Defferre dans l’impossibilité d’être présent ce matin” (22 avril) : pour ce qui est de la date des élec-tions, aucune décision n’a été prise. “En ce qui concerne le second point de votre question, M. Baumel, M. Gaston Defferre a dû vous dire qu’il estimait pour sa part ne pas être en mesure de fournir une réponse sur le problème du non-cumul des mandats, qui n’a pas été réexaminé par le conseil des ministres”. M. Baumel devra patienter avant de voir traiter ce problème qui lui tient à cœur. 13
Au cours de la même cession, le 18 mai, une conférence de l’UNESCO sur la Palestine devant avoir lieu avec la participation de l’OLP, il “demande le report de cette conférence ou sa tenue dans des locaux mieux appropriés”.
Le lendemain, il intervient à nouveau, dans une débat sur un “projet de loi portant approbation de la programmation militaire pour les années 1984-1988”.
A l’automne de cette même année 1983, Jacques Baumel pratique assidûment son métier d’opposant, en participant avec ardeur à la levée de boucliers que provoque le projet de loi du gouvernement sur la presse . De quoi s’agit-il?
Robert Hersant, patron du Figaro, est également propriétaire de France-Soir et de quelques journaux de province, dont le Dauphiné Libéré, ce qui déplaît fort à Louis Mermaz, élu dauphinois mais aussi Président de l’Assemblée nationale
Au congrès de Bourg-en-Bresse, à l’instigation de Mermaz, les socialistes réclament une loi antitrust, que leur promet le premier ministre, en dépit de la mise en garde de Robert Badinter, qui déclare : “C’est une loi antiéconomique parce qu’elle empêchera les groupes de presse de se développer. Elle sera fatalement inter-prétée comme une menace sur les libertés”.
Le garde des Sceaux s’est montré bon prophète. Au nom de la “presse libre”, Pasqua dresse le Sénat contre le projet de loi. Quant aux députés, ils déposent, tant en commissions qu’en séance publique, des milliers d’amendements.
Pour sa part, Jacques Baumel, ex-journaliste, intervient le 16 novembre, pour réclamer la création d’une commission nationale. Le 15 décembre, il rappelle “la volonté de la Résistance de lutter contre la spoliation des journaux”. Il évoque ensuite la “législation antitrust dans les démocraties occidentales.”
Au début de l’année 1984, il continue la bataille. Elle porte sur chaque article, sur chaque mot de ces articles, plus âpre que jamais. C’est ainsi qu’il présente, le 27 janvier, “son amendement n° 225 insérant dans l’article 2 les mots “public et privé” après les mots “groupements de droit”, puis son amendement n° 228, supprimant les mots “ou morale” dans le second alinéa de cet article 2. Son effort est quotidien. Le 13 février, son amendement n° 1678 porte sur l’article 39, pour demander que deux mots soient ajoutés à son titre. Tous ces amendements sont évidemment rejetés, mais au moins “les mousquetaires” du RPR ne peuvent pas prétendre qu’ils ont le monopole de la “flibuste”.
Au début du mois de juillet, le ton s’envenime. Le 3, dans son rappel au règlement, Jacques Baumel critique la façon dont Antenne 2 a rendu compte des débats de la veille : “retransmission des propos de M. André Labarrère parlant “des amis de M. Jean-Marie Le Pen” et déclaration de M. Jean-Jack Queyranne sur le caractère “putschiste” de certains propos de l’opposition.” Baumel se demande si nous sommes dans un “système stalinien”.
Finalement, le gouvernement harcelé doit recourir à l’article 49.3 de la Constitution pour faire voter son texte. Le RPR et ses alliés n’ont plus qu’à saisir le Conseil constitutionnel, ce qu’ils font, mais c’est avec une autre “affaire” qu’ils vont venir à bout de Mauroy, fragile depuis le revers des municipales.
Parmi les “110 propositions” du candidat Mitterrand, la 90ème promettait qu’un “grand service public, unifié et laïque de l’Édu-cation nationale, (serait) constitué”. Trois ans après l’installation du Président à l’Élysée, les choses ont peu évolué dans ce domaine. Mais au début de l’année 1984, le chef du gouvernement, peut-être pour faire oublier à ses électeurs la “rigueur” qu’il maintient, demande à Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale, d’engager quelques réformes conformes aux engagements pris. Aussitôt, le Comité national de l’enseignement catholique mobilise ses troupes pour protester et parvient à rassembler, tout au long du premier trimestre, dans les plus grandes villes de France, des dizaines de milliers de parents mécontents. Le 14 mars, ils sont de 700 à 800 000 à Versailles, et à Paris, pour l’apothéose du 24 juin, plus d’un million.Pierre Mauroy se voit contraint d’amender son projet. Alain Savary refuse d’accepter et démissionne.En même temps qu’il traite ces “affaires” (presse, enseignement) le Premier ministre doit préparer les élections européennes. Elles ont lieu le 17 juin 1984. La liste UDF-RPR l’emporte avec 42,8% des suffrages contre 20,7% pour le PS et 11,2% pour le PC
La démission du ministre de l’Éducation suit de près cette débâcle. C’en est trop, Pierre Mauroy démissionne à son tour et le Président demande à Laurent Fabius de le remplacer.
Le parti de Georges Marchais n’étant plus d’accord pour soutenir une politique de rigueur, Laurent Fabius forme son gouvernement sans ministres communistes. Mais il en faudrait davantage pour désarmer l’opposition. L’attaque à laquelle participe Baumel, au Palais Bourbon, témoigne des assauts que doit subir le pouvoir dans une troisième “affaire” : celle de la Nouvelle-Calédonie.
Le 23 décembre 1983, l’assemblée territoriale, à majorité RPR, avait rejeté un avant-projet de statut d’autonomie. En 1984, les discussions portant sur un nouveau statut déclenchent dans l’île de graves troubles (barrages routiers, violences). Le front indépendantiste se reconstitue et prend le nom de FLNKS (Front de libération national kanak et socialiste). Au mois d’octobre, les incidents se multiplient, des élections devant avoir lieu le 18 novembre. C’est dans ce contexte que Baumel intervient pour interroger le gouvernement sur le “séjour en Libye de jeunes Canaques” , et, plus généralement, sur “la position de la France vis-à-vis de la Nouvelle-Calédonie”.
Les indépendantistes perdent les élections. Des mouvements divers secouent le territoire. Le FLNKS occupe une mairie. Un sous-préfet est séquestré. Des CRS sont blessés par balles, puis quatre d’entre eux sont tués.
A Paris, l’opposition accuse le gouvernement de ne pas respecter les principes de la démocratie et de mettre en cause l’intégrité nationale en poursuivant une politique rejetée par ceux qui ont voté.
Là-bas, Jean-Marie Tjibaou forme un “gouvernement provisoire de Kanaky socialiste”. Fabius ne sait comment s’engager dans la voie de la décolonisation d’un territoire où les autochtones sont minoritaires. Il nomme Edgard Pisani, ancien ministre gaulliste, pour mettre en œuvre l’autodétermination de ce pays. En dépit de maints attentats (deux frères de Tjibaou sont tués), Pisani propose un plan “indépendance- association”.
Mais les émeutes à Nouméa ne cessant pas, l’opposition poursuit son travail de harcèlement. Le 17 avril, Jacques Baumel questionne le gouvernement sur “la venue à Paris, à l’invitation du ministre de la culture, de Jean-Marie Tjibaou”, à l’occasion de “l’inauguration d’une exposition sur l’imaginaire dans le Pacifique”, et il profite de son intervention pour signaler la “participation active du leader du FLNKS à une manifestation organisée par des mouvements révolutionnaires.”
Quelques semaines plus tard, le 12 août, alors que l’Assemblée discute l’article 1er de “la loi sur l’évolution de la Nouvelle-Calédonie”, qui sera promulguée le 23, Baumel “indique à M. Edgard Pisani qu’il a du sang sur les mains”.
Durant cette même période, Jacques Baumel participe activement à une autre bataille, celle qui concerne les nouvelles chaînes de télévision, et qui se terminera, le 20 novembre 1985, par l’attribution “du cinquième réseau hertzien à un conglomérat franco-italien”, dans lequel figure, pour 40%, Silvio Berlusconi. A ceux qui, comme Jacques Baumel, protestent avec véhémence, Georges Fillioud lance : “ Les Français n’ont-ils pas droit à une cinquième chaîne? Ceux qui crient très fort aujourd’hui ont-ils peur du libéralisme?” C’est, sur ce sujet, “un débat à fronts renversés qui se déroule alors en France”. 14
Les attaques de Baumel, vigoureux élément de l’opposition, visent parfois le chef du gouvernement, ainsi le 9 décembre 1985, lors de la visite du général Jaruzelski.
Lorsque Mitterrand lui a annoncé la visite du président polonais, Fabius s’est montré réticent. Mais Baumel n’a vu là qu’un “grand talent de l’esquive”. Aussi l’interpelle-t-il du haut de la tribune de l’Assemblée :
“M. Jacques Baumel .- Et vous, M. le Premier ministre, qui souvent donnez des leçons de morale à vos partenaires ou à vos adversaires sur les plans des droits de l’homme (Très bien! sur les bancs du RPR et de l’UDF), vous qui êtes allé vous incliner et observer une minute de silence devant l’ambassade d’Afrique du Sud...
M. Roger Corrèze (RPR) : Comédien!
M. Jacques Baumel : geste très aimable et que nous respectons, vous êtes mal placé aujourd’hui pour tenter devant nous à grand peine et en cachant quelque peu vos sentiments profonds de justifier ce qui s’est passé ce matin...( la rencontre des présidents)”.
L’orateur “estime que la raison d’État ne justifie pas tout” et souligne le “caractère choquant et inopportun de cette visite”.
Pauvre Laurent Fabius qui ne fait rien de bon!
Aux yeux de l’opposition, la politique impopulaire de rigueur qu’il poursuit n’a pas relevé la monnaie, elle n’a pas consolidé l’économie et le chômage progresse.
Il a d’ailleurs été déjà sanctionné.
Aux élections cantonales du mois de mars 1985, le PS a perdu 245 sièges. Lourde défaite, rappelant celle des municipales de 1983.
Que vont donner les élections législatives qui auront lieu en mars 1986, à la proportionnelle et par listes départementales.
Neuvième mandat de député
Ce mode de scrutin, à un tour, comptait parmi les 110 propositions du candidat Mitterrand. C’est un système qui, parfaitement équitable dans son principe, favorise l’émiettement des partis. Pierre Joxe, ministre de l’intérieur, lui est favorable. Michel Rocard, ministre de l’Agriculture, lui est hostile. Il y voit le retour à la IVe République, et, le Président ayant finalement décidé de mettre en œuvre la promesse faite à ses électeurs, Rocard démissionne.
L’opposition gronde. Pourquoi Mitterrand met-il à mal l’héritage du gaullisme en modifiant le scrutin.? Parce qu’il sait qu’il va être battu. La preuve, c’est qu’il profite de ses dernières semaines de plein pouvoir pour nommer ses bons amis, menacés dans leurs fonctions, “à des emplois de direction dans les établissements publics, entreprises publiques et sociétés nationales”.
C’est la république des prébendes que Jean Botherel dénonce dans le Figaro. .
Le changement de scrutin n’est destiné qu’à limiter la victoire annoncée de la droite. Et celle-ci n’a qu’un moyen de déjouer les manœuvres présidentielles, c’est l’union. Mais au terme de laborieuses négociations, le RPR et l’UDF ne présentent des listes unies que dans les deux tiers des départements.
Dans les Hauts-de-Seine, les deux formations ne parviennent pas à s’entendre.
A chaque groupe sa liste.
Jacques Baumel, “compagnon de la Libération, Député-Maire de Rueil-Malmaison”, figure en troisième position sur la liste présentée par le RPR. Cette liste est conduite par Claude Labbé, “Président du Groupe RPR à l’Assemblée Nationale, Député des Hauts-de-Seine”. Celui-ci est suivi de Georges Gorse, “Député-Maire de Boulogne-Billancourt, ancien ministre du Général de Gaulle et de Georges Pompidou.”
Le plus jeune des trois, Claude Labbé, est âgé de 66 ans.
Mais les cadets du gaullisme ne sont pas oubliés.
La liste des candidats les présente ainsi : “Patrick Devedjian, Maire d’Antony, Patrick Balkany, Maire de Levallois-Perret et Nicolas Sarkozy, Maire de Neuilly, c’est la nouvelle génération du RPR, celle qui, ville par ville, a reconquis le terrain sur le Parti communiste et le Parti socialiste. Tous ont moins de 40 ans : ils sont à l’image d’un des plus jeunes, un des plus dynamiques départements de France”.
Le benjamin, Nicolas Sarkozy, mérite une mention particulière pour la façon dont il a gagné ses galons et mérité sa place sur cette liste que parraine Jacques Chirac.
En mars 1983, dans le sillage de Charles Pasqua, au service de qui le jeune militant s’est mis, il entre au conseil municipal de Neuilly. Le maire, Achille Peretti, membre éminent du “clan des Corses”, est âgé de 72 ans. Son cher ami Pasqua semble tout désigné pour lui succéder, le président du groupe RPR du Sénat n’ayant pas renoncé à jouer à nouveau les tout premiers rôles dans ce département des Hauts-de-Seine dont il a été le Président du Conseil général. Mais quelques semaines après les élections municipales, Pasqua doit subir une bénigne intervention chirurgicale. Et le lendemain de son hospitalisation, Achille Peretti meurt subitement. Aussitôt, Sarkozy, disciple et émule du ténor du RPR, Sarkozy, qui n’est âgé que de 28 ans, mais qui, comme son maître, ne manque pas d’entregent, parvient à persuader le Conseil municipal qu’il vaut bien le dauphin momentanément écarté. Ce tout jeune inconnu se montre convaincant et se voit élu maire de Neuilly-sur-Seine, l’une des plus attrayantes villes de France, avant que Pasqua soit remis sur pied.
Charles Pasqua n’est pas rancunier. En 1986, il soutient sans réserve la liste RPR des Hauts-de-Seine, sur laquelle figure, outre Nicolas Sarkozy, Patrick Balkany qui “a reconquis” Levallois-Perret, une ville que lui même n’avait pas su garder.
Sur d’innombrables affiches, Pasqua sourit aux côtés de Claude Labbé, entre les deux slogans partout répétés : “16 Mars, la France repart” et “Vivement Demain, RPR”. Inlassable, il est toujours prêt, à tout instant, pour un nouveau discours, dont les deux axes ne varient guère : Mitterrand est un “zozo” (il l’a montré dans l’affaire Greenpeace), Mitterrand est aussi “coco” que les communistes et tous les socialistes sont à son image, puis, en contrepoint :
” Nous n’avons pas l’intention d’humilier ni de blesser inutilement le président de la République. Mais nous voulons que la Constitution soit respectée et c’est notre programme qui sera appliqué si nous gagnons les élections... “
Comme Jacques Chirac, le bouillant Charles s’est laissé convaincre par Balladur de la nécessité d’accepter la cohabitation. Une position qui est celle de la liste Labbé-Baumel. Une cohabitation que refuse Raymond Barre, et c’est l’une des raisons pour lesquelles l’union de la droite ne s’est pas faite dans nombre de départements.
Dans les Hauts-de-Seine, la liste UDF est conduite par Charles Deprez, RI, que suivent Florence d’Harcourt et André Santini.
“Unis, disent-ils (en écho à la profession de foi de Claude Labbé, “l’un des artisans les plus ardents de l’union de l’opposition”) unis comme le voulait de Gaulle, comme le veut la constitution de la Ve République, comme le veut R. Barre qui soutient notre action, pour en finir avec le socialisme, votez UDF 92, c’est plus sûr.”
A gauche, la désunion s’exprime plus franchement.
La liste conduite par Philippe Bassinet, PS, est battue en brèche par celle de Guy Ducoloné, PC, qui reproche aux socialistes leur politique “des promesses non tenues”. Elle est attaquée avec plus de violence encore par les candidats de la liste Lutte ouvrière, Mouvement pour un Parti des Travailleurs et par ceux de la liste Parti Ouvrier Européen.
Le parti du Président a de bonnes raisons de placarder sur tous les murs son fameux slogan : “Au secours! La droite revient”.
Trois autres listes s’efforcent de séduire les électeurs des Hauts-de-Seine : celle du Front National et deux listes pour l’écologisme.
Le 16 mars, le succès attendu qu’obtient la droite au niveau national s’avère limité. En effet, le nombre de sièges à pourvoir étant de 577, la majorité absolue de 289, l’alliance RPR-UDF a besoin de faire appel aux 14 élus “divers droite” pour l’emporter de justesse, avec 291 sièges. Les socialistes ne sont pas trop décus, parce qu’ils ont recueilli plus de 30% des voix et que sur 37 membres du gouvernement candidats, 35 ont été élus.
Mais les communistes se sont effondrés.
La victoire de l’opposition est indiscutable, nul ne songe à la contester. Au demeurant, elle est renforcée par les résultats des élections régionales qui ont eu lieu le même jour : vingt présidences de conseils régionaux sur vingt-deux sont pour la droite.
Quant à Jacques Baumel, il est non seulement réélu, mais sa liste ayant obtenu 42,57% des voix à Rueil-Malmaison 15, il est conforté dans son fief, en dépit du mode de scrutin.
Lueurs d’espoir
Serait-ce possible ? On dit que les “éléphants” du PS conseillent au président Mitterrand de faire appel à Chaban-Delmas... Ce n’est pas inconcevable... N’est-il pas son ami? Chacun sait que les deux hommes se tutoient... Que Mitterrand n’avait pas condamné, dans sa philosophie, le projet de “nouvelle société” du premier ministre de Pompidou...
Si Chaban était chargé de constituer le gouvernement, pourquoi ne se souviendrait-il pas de Jacques Baumel, son fidèle secrétaire d’État de 1969? Son compagnon... Qui, en tant que député, et en tant que maire, constamment réélu, a multiplié les preuves de ses capacités et de son efficacité... Qui, âgé maintenant de 68 ans, ne se sent nullement menacé par le principe de Peter, lequel frappe les politiques hissés jusqu’au niveau de leur incompétence... Qui ferait donc un fort bon ministre à part entière... Aux Affaires sociales, par exemple... Ou à l’Environnement... Aux Transports... A la Culture et la Communication... Voire mieux... Aux Affaires étrangères... A la Défense nationale... N’a-t-il pas été membre, des années durant, de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée?... Et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées... N’a-t-il pas publié, en 1985, un ouvrage intitulé Une certaine idée de la France, qui traite des “enjeux du Pacifique”, de notre “politique africaine et mondiale”, des Euromissiles, de “la sécurité de l’Europe”, de “la menace maritime soviétique” et de la “Guerre spatiale, science-fiction ou réalité de demain ” ?
Le grand rêve dure peu. Dès le mardi qui suit les élections, Mitterrand choisit tout naturellement le chef du principal parti de l’opposition : Jacques Chirac.
Ce qui laisse à Baumel un petit espoir. Le RPR est un parti néo-gaulliste, mais dans ce terme , il y a le mot gaulliste....
Léger espoir vite envolé. Chirac boucle en deux jours son équipe, sans avoir à combattre une farouche opposition du Président. Ce gouvernement est composé de 22 ministres et de 15 secrétaires d’État (20 postes pour le RPR, 17 pour l’UDF). Édouard Balladur, seul ministre d’État, est chargé de l’Économie, des Finances et de la Privatisation. Charles Pasqua, “combattant de l’antigauche” selon le Monde, obtient le ministère de l’Intérieur. Mais le plus remarquable, c’est la promotion d’une nouvelle génération : Juppé au Budget, Léotard à la Culture, Madelin à l’Industrie, Carignon à l’Environnement, Noir au Commerce, Séguin aux Affaires sociales. Les gaullistes historiques n’ont qu’un seul représentant, en la personne d’Albin Chalandon, à la Justice. Pour atténuer ses regrets, Jacques Baumel ne manque pas de noter aussi que la liste des grands absents est impressionnante... Valéry Giscard d’Estaing, Jean Lecanuet, Simone Veil, Olivier Guichard, Alain Peyrefitte, tant d’autres... n’ont pas été appelés.
Au demeurant, le Palais Bourbon réserve à Baumel un joli lot de consolation. Élément de la majorité, membre éminent du parti le plus puissant, il bénéficie de plusieurs nominations : “Vice-président de la commission de la défense nationale et des forces armées, Représentant titulaire de l’Assemblée nationale à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, Membre de la délégation parlementaire pour la communication audiovisuelle, Rapporteur pour avis du projet de loi de finances pour 1987 (défense : espace et forces nucléaires)”.
Bon courage M. le député.
A cause de la RNUR
Deux ans durant, le maire de Rueil-Malmaison va jouer consciencieusement son rôle de député influent au sein de l’alliance fragile qui soutient le gouvernement. Mais c’est à sa commune que pendant cette période il va consacrer la plus grande part de sa réflexion et de son activité, car il a déjà pris, et il doit continuer de prendre des décisions qui engagent l’avenir.
A la base de tous les problèmes qu’il lui faut résoudre, il y a le départ annoncé de la RNUR (Régie Nationale des Usines Renault).
On a vu comment, dans les années 70, la Régie s’est installée à Rueil, dans une zone résidentielle, sur le terrain de “l’Arsenal”, cédé par le ministère des Armées.
Depuis, son site s’est étendu, elle a beaucoup bâti, et ce sont aujourd’hui plus de 3000 personnes qui y travaillent à la “direction de la recherche” et à “l’étude et mise au point de différents modèles de voitures particulières et de petits utilitaires de la gamme Renault.”
La Régie, devenue la plus grosse entreprise de la commune, contribue à son aisance. Aussi, lorsqu’elle fait savoir qu’elle envisage de transférer ses activités à Guyancourt, dans les Yvelines, l’émotion est-elle grande du côté de la municipalité . Sans perdre le moindre instant, M. le Maire intervient, pour que ce déplacement soit annulé.
Politique actif, ancien ministre, il sait à quelles portes il convient de frapper, mais il n’est pas au bout de ses peines : la menace du départ va continuer de planer durant plusieurs années.
Si la Régie s’en allait, le manque à gagner pour le budget de la commune se traduirait par une augmentation de 10% des impôts locaux. Jacques Baumel ne manque pas d’en informer ses administrés. Il leur explique aussi que cette difficulté pourrait être surmontée si de nouvelles sociétés s’installaient à Rueil.
Cette commune n’est-elle pas la plus vaste du département.? Ne dispose-t-elle pas, en bordure de Seine, de nombreux terrains en friche ? Avec André Cros, son adjoint délégué aux Activités Économiques, M. le Maire fait le point : depuis 1983, “le solde net des arrivées et des départs d’entreprises est positif et augmente régulièrement”.
Le premier annuaire des Entreprises de Rueil-Malmaison recensait en 1986 quelque 200 entreprises (y compris celles comptant 1, 2, 3... personnes). Celui qui paraîtra en 1988 en présentera une soixantaine de plus.
Mais la commune peut en accueillir bien davantage. Il est tout à fait possible de compenser le départ de la Régie Renault. La récession n’est pas inévitable. De nouvelles ressources fiscales, provenant de la taxe professionnelle, peuvent être trouvées.
C’est ainsi que peu à peu va naître et se développer un projet portant au départ sur quelques milliers de mètres carrés de bureaux, auxquels on pourrait ajouter quelques centaines de logements, et des commerces.
Cela créerait un nouveau quartier au Nord de la ville.
Pour éviter les spéculations et “maîtriser l’opération sans la laisser partir dans toutes les directions”, la ville se dote “d’une société d’économie mixte dont elle est majoritaire”. Elle ouvre des enquêtes publiques. Maurice Prudhomme, maire adjoint à l’Urbanisme, se consacre à cet ambitieux projet.
Une nouvelle ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) va naître : elle s’appellera RUEIL 2000.
Les présidentielles de 1988
Pour Jacques Baumel, les deux années de la première cohabitation sont également marquées par les remous et les soubresauts que connaît l’alliance dont le gouvernement est l’expression. Les centristes, tantôt Léotard, tantôt Maihaignerie, ne se font pas faute de condamner les initiatives de certains de leurs collègues ministres, les insuccès de Pasqua, par exemple, dans sa lutte contre le terrorisme ou dans le chargement de son charter pour chasser quelques Maliens immigrés clandestins. Au sein même du RPR, la cohésion n’est pas exemplaire. Quand Michel Noir déclare qu’il “vaut mieux perdre l’élection présidentielle que son âme, en pactisant avec Le Pen et ses idées”, Léotard et sa bande applaudissent,imités par la fronde des jeunes gaullistes, si bien que les anciens doivent réaffirmer qu’ils n’ont de leçon à recevoir de personne pour combattre le racisme et le fascisme.
En vérité, cette petite phrase de Noir, qui fera florès, a le mérite de mettre en exergue la préoccupation commune à tout le monde politique pendant les deux ans que dure la cohabitation : les présidentielles.
Un à un les candidats vont se déclarer. A droite comme à gauche, pas d’union. Pour finir, ils sont neuf à faire campagne, qui obtiennent, le 24 avril 1988, au premier tour : Mitterrand 34,11% des voix, Chirac 19,96%, Barre 16,54%, Le Pen 14,38%. (note 16)
Dans les Hauts-de-Seine, l’échec de Jacques Chirac est un peu moins sévère : 24,72% des voix, contre 29,10% pour Mitterrand, 16,51% pour Barre, 14,77% pour Le Pen.
Tout n’est peut-être pas perdu pour la droite. Si toutes les voix de Barre et toutes celles de Le Pen se portaient sur Chirac, les 50% seraient dépassés...
Les voix de quelques écologistes pourraient compenser les défaillances du transfert... Tout est encore possible...
De quel poids pèseront les événement de l’entre-deux tours? L’intervention sanglante contre les indépendantistes du FLNKS...Le rapatriement du capitaine Dominique Prieur, impliquée dans l’affaire du Rainbow Warrior... La libération des otages du Liban... L’affrontement à la télévision du Président sortant et de “Monsieur le Premier Ministre”...
Le 8 mai 1988, au second tour, François Mitterrand triomphe avec 54,02 % des suffrages.
Selon les analystes de la chose politique, la moitié seulement des électeurs de Le Pen ont voté Chirac, et quelque 15% des électeurs de Barre ont choisi Mitterrand.
Dans les Hauts-de-Seine, Chirac (51,43%) devance Mitterrand (48,56%).
Il fait mieux encore à Rueil-Malmaison : Chirac 53,73%, Mitterrand 46,27%.
Baumel, amer comme tous ses compagnons du RPR en raison des résultats dans l’ensemble de la France, n’en est pas moins déjà prêt pour de nouveaux combats qui ne sauraient tarder.
Pour la suite ---> retour au début, voir colonne de droite, cliquer Baumel III - 4
Notes :
Chapitre III - 3 (p. 177 à 196)
1 A. Conte, Les premiers... op. cité.
2 Jacques Fournier, conseiller du candidat Mitterrand en 1981, deviendra bientôt secrétaire général adjoint de la présidence de la République puis, détaché du Conseil d’État, sera nommé à la tête d’entreprises de premier ordre (Gaz de France, SNCF...)
3 T. Desjardins, Pasqua... op. cité.
4 Semaine de 39 h, discussions sur le partage du travail et des revenus.
5 Jérôme Cathala, Jean-Baptiste Prédali, Philippe Séguin, Hussard de la République, Paris , Seuil, 1996.
6 André Passeron dans Le Monde.
7 Canton constitué de la commune de Garches : 10231 inscrits et de Rueil sud : 13 076 inscrits.
Résultats : Jacques Baumel 66,19% .- Tella PS : 22,67% . Pacouret PC : 6,32% . - Le Cœur, écologie : 2,14%. - Plain, écologie, 1,98%.- Goulletquer PSU : 0,78%
8 Les lois organiques du 30-12-1985 et du 5-4-2000 réglementeront les cumuls.
9 Malouines : îles occupées par l’Angleterre, revendiquées par l’Argentine.
10 A. Conte, Les premiers... op. cité.
11 Michel Duffour poursuivra à Nanterre une brillante carrière (conseiller municipal, conseiller général, dirigeant national du PC, sénateur en 1998, secrétaire d’État en 2000 . )
12 1°/ La liste arrivée entête obtient 25 sièges .- 2°/ Les 24 sièges restant sont répartis à la proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne, soit 17 et 7.
13 La loi du 30 décembre 1985 interdira le cumul du mandat parlementaire avec l’exercice de plus d’un des mandats suivants : conseiller général, maire d’une commune de 20 000 habitants ou plus ...
14 Franz-Olivier Giesbert, Le Président, Paris, Seuil, 1990.
15 A Rueil-Malmaison, les résultats ont été les suivants :
RPR : 42,57% des voix, PS : 28,90%, UDF : 9,59%, FN : 8,88%, PC : 6,O8% (les 5 autres listes se partageant 3,97% des voix) .
16 Viennent ensuite : Lajoinie (PC) 6,75% , Waechter (Écologie) 3,77%, Juquin (Ex-PC) 2,10%, Laguiller (LO) 1,90%, Roussel (“Indépendant”) 0,38%.
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