Page d'accueil | BAUMEL I- ch. 3-4 »
26.04.2008
BAUMEL I - ch. 5-6
Jacques BAUMEL I - ch. 5-6
5 - Des maquis au M.L.N.
La distribution des armes
Parlant de plusieurs centaines de réfractaires qui, fuyant le STO, s’étaient réfugiés dans la montagne, Michel Brault, un agent de Combat, avait lancé : “En somme, ils ont pris le maquis”.
Le mot fit florès.
Ces milliers de jeunes hommes allaient “bouleverser la géographie et la structure de la Résistance, rapporte Baumel, et poser aux différents réseaux des problèmes difficiles d’intendance et d’organisation (...) Le comité directeur de Combat ne perdit pas de temps, et décida immédiatement de monter ses premiers maquis . Quand, en avril 1943, les trois mouvements eurent achevé leur fusion, les MUR, réunis dans la banlieue de Lyon, décidèrent de créer un service national maquis, structuré à l’image de celui de Combat 1.”
Combat compte alors “trois cents Corps francs répartis sur tout le territoire” et “il n’est pas indifférent de rappeler que l’Armée secrète qu’allaient se disputer âprement Moulin et Frenay était à 8O % composée de soldats issus de notre mouvement.”
Au lendemain de Caluire, comment la Résistance va-t-elle survivre?
Par ses fonctions, Jacques Baumel est en contact permanent avec les maquis. Il visite “les écoles de maquis” créées par des officiers de carrière pour former les cadres. Il est surtout responsable “ des prévisions budgétaires des MUR zone sud ”.
Celles du mois d’août 1943 sont préoccupantes. “Le budget prévisionnel total approche les 44 millions de francs”. Le gros des dépenses, 77%, concerne les maquis. “En quelques mois, précise Baumel, il nous a fallu réunir une somme équivalente à vingt-cinq fois le coût de notre service principal de renseignement pour nourrir et habiller quarante mille maquisards sans que ceux-ci soient encore en opération .”
Trois semaines après Caluire, le 14 juillet, Baumel préside, à Royat, dans le Puy-de-Dôme, une réunion de responsables régionaux, pour régler “le lancinant problème de la répartition des armes et des fonds secrets”. Parmi les participants figure le colonel Pontcarral, chef de l’Armée secrète d’Auvergne.
Le soir, le jeune dirigeant venu de Paris célèbre la fête nationale dans la montagne, avec quatre ou cinq cents jeunes gens réunis autour “de grands feux de camp”. Ces garçons, “courageux et sincèrement patriotes”, sont impatients de se battre.
Le secrétaire des MUR s’efforce de ne pas cacher la vérité à cette troupe avide d’action. “Le débarquement en France n’est probablement pas pour cette année. Entre-temps, il faut tenir, leur recommande-t-il, harceler l’ennemi, et se tenir prêt, mais éviter de l’affronter dans des combats inégaux”.
Funestes batailles
Parmi ceux qui l’écoutent, il y a Coulaudon, “un grand gaillard, qui s’est bombardé colonel”.
Jacques Baumel n’apprécie guère “cette inflation des titres et des grades dans les rangs de la résistance, inflation qui amusait et irritait à la fois le général de Gaulle”.
Moins d’un an plus tard, à quelques kilomètres de là, dans la région du Mont Mouchet, entre Saint-Flour et Le Puy, dix mille maquisards, qui ne disposent que d’armes légères, affronteront vingt mille Allemands, dotés de matériel lourd. “Contrairement à toutes les instructions qu’on leur avait données, note Baumel, les chefs des maquis d’Auvergne, à la suite de Coulaudon, avaient voulu livrer une bataille rangée avec une division allemande. Ils avaient été écrasés et obligés à une désastreuse retraite jusqu’à Chaudes-Aigues”.
Ce jugement intransigeant, porté sur l’une des plus importantes batailles livrées par la Résistance, est sujet à controverse en ce qui concerne les “instructions”, et, pour ce qui est du résultat, contredit par certains historiens, qui comptent quelque trois cent cinquante morts du côté des maquisards contre plus de trois mille cinq cents du côté des Allemands.
Quoi qu’il en soit, les conseils de prudence que donnait le dirigeant des MUR allaient être entendus. Après ce sanglant et retentissant engagement, les maquis d’Auvergne ne se livreront plus qu’à des opérations de guérilla. Et l’on comprend l’amertume du mémorialiste, qui conclut en ces termes ce paragraphe :
“Quelques jours plus tard, les responsables de cette tragédie ont superbement défilé à la tête des survivants dans Clermont-Ferrand libéré. Seuls manquaient les quatre cents maquisards inutilement sacrifiés”.
Baumel n’a pas participé, une arme à la main, aux terribles combats qui ont marqué l’histoire de la lutte contre l’occupant. “Si je prenais, dit-il, des risques physiques réels, comme tous mes compagnons, j’étais de facto dans la position, qui manque peut-être de romantisme, de secrétaire général d’un gouvernement fantôme, celui de la Résistance (...) C’est rarement lors d’une réunion du conseil que l’on décide de faire sauter un train, et c’est encore moins parmi ses membres que l’on choisit celui qui ira poser des pains de plastic”.
Il n’en a pas moins été le témoin privilégié de la vie des unités combattantes de la Résistance, qui ont pris le nom de Forces françaises de l’intérieur, FFI, au mois de février 1944.
Il a visité les maquis les plus célèbres, ceux des Alpes comme ceux du Massif Central.
“Responsable de la zone sud, dit-il, j’avais naturellement voulu voir sur place comment se présentait la situation. Une invitation m’en avait donné l’occasion, celle des responsables des Glières et du Vercors, essentiellement recrutés parmi les officiers des chasseurs alpins. Il y avait là cinq à six mille volontaires venus de Paris et de toute la région. La situation était tragiquement simple : ils attendaient ces fameux parachutages d’armes qu’on leur avait promis et qui ne venaient pas. Les officiers ne me cachent pas leur ressentiment, un ressentiment qui nous englobe tous, depuis la Résistance jusqu’aux Alliés...”
Au mois de mars 1944, le plateau des Glières a été le théâtre de la lutte héroïque et du massacre de cinq cents maquisards confrontés à vingt mille Allemands, soutenus par les hommes de la Milice de Vichy. Au cours de l’été, dans le massif du Vercors, ce sont 3500 réfractaires du STO et anciens des Chantiers de jeunesse qui feront face à deux divisions allemandes, venues du front de Normandie. 750 d’entre eux y perdront la vie, tués au combat ou martyrisés après la bataille.
Jacques Baumel juge ces faits d’armes aussi sévèrement que l’action du Mont Mouchet.
“Je suis retourné récemment faire un pèlerinage au Vercors... confie-t-il. J’y ai ressenti ce que j’ai ressenti à chaque fois que j’y suis revenu, une affreuse tristesse devant tant d’héroïsme inutile. En ces lieux où ont été fauchés tous ces jeunes gens dont je n’ai pourtant pas partagé les épreuves, me vient encore, malgré le passage des ans, un sentiment de révolte à l’égard de tous les responsables de leur sacrifice “.
L’après-Caluire politique
Qui remplacera Jean Moulin?
“Ce qui frappe, tout au long de cette période... note Jean Lacouture, c’est la discrétion... des équipes de Londres et d’Alger (...) D’ailleurs tous les grands mémorialistes de la France combattante... glissent rapidement sur le sujet, comme si la succession de Jean Moulin n’avait pas posé de problèmes, ni revêtu une importance capitale... ”
Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle note sobrement : “Si j’avais été en mesure de nommer, sans délai,le successeur de Jean Moulin et si mon mandataire avait pu, lui aussi, s’imposer personnellement à tous les éléments représentatifs de la résistance, il eût pris la tête de ma délégation et la présidence du Conseil national. La dualité que certains cherchaient à créer ne se serait pas produite. mais les circonstances m’empêchèrent de trouver aussitôt celui qu’il fallait”.
A quelles “circonstances” le Général fait-il allusion? Sans nul doute, à ses démêlés avec Giraud, mais aussi et surtout au débarquement des forces alliées en Sicile, à la préparation de la reconnaissance du CFLN par Washington, Londres et Moscou, au projet de réunion de la première “Assemblée consultative” qu’il a créée : le Général à fort à faire. Toutefois, il lui serait facile de désigner Brossolette, qui n’attend que cela.
Il me fallait quelqu’un du type “grand fonctionnaire”, rapporte de Gaulle, et d’ajouter: “En septembre, je nommai Bollaert... Ce grand préfet avait, dès 1940, refusé de prêter serment au Maréchal et pris sa retraite”.
Le Général a donc laissé passer trois mois. Pour ce qui est de Brossolette, il s’en tire, dans ses Mémoires, avec une pirouette. Le 2 février 1944, Bollaert et Brossolette ont été arrêtés ensemble par les Allemands. Après avoir rappelé que le premier a été déporté à Buchenwald, de Gaulle ajoute : “Pour comble de malheur, Pierre Brossolette était, en même temps que Bollaert, tombé aux mains de l’ennemi. Il allait bientôt se tuer en cherchant à fuir par une fenêtre du bâtiment de la Gestapo. Or, ce vaillant compagnon se trouvait, lui aussi, naturellement désigné pour le poste (de Moulin) en raison de sa valeur...” Suivent cinq lignes de louanges, qui n’expliquent pas pourquoi Brossolette n’a pas été nommé au lendemain de Caluire.
Jacques Baumel, collaborateur et ami de Brossolette, s’est longuement interrogé sur “l’étrange nomination” de ce Bollaert, “dit Baudoin, totalement inconnu de la Résistance”. L’explication qu’il donne témoigne surtout de son gaullisme. “Ce serait mal connaître le général de Gaulle, dit-il, que de croire que la sympathie qu’il avait pu éprouver à l’égard des motivations de Brossolette suffirait à imposer son nom pour remplacer Moulin. Au contraire. Ce qui fait, entre autres choses, de De Gaulle une figure exceptionnelle, c’est cette infranchissable barrière qu’il élevait, à chaque fois qu’il devait faire un choix, entre ses sentiments et ce qu’il considérait comme étant de l’ordre du devoir d’État .”
De fait, de Gaulle ne s’étant pas prononcé, Serreulles, l’aide de camp du Général envoyé en France pour assister Moulin, assure l’intérim. Jacques Bingen, venu de Londres, le seconde. Mais les deux hommes ne parviennent à diriger que la Délégation mise en place par le représentant du chef de la France libre. La moitié du pouvoir de leur efficace et glorieux prédécesseur leur échappe, à savoir la présidence du CNR. “La dualité que certains cherchaient à créer” se produit en effet. Qui sont donc ces “certains” ?
Quelques lignes plus loin, l’auteur des Mémoires de guerre précise sa pensée : “Les avatars de ma délégation favorisèrent les intentions des communistes vis-à-vis du Conseil national de la résistance. Ils parvinrent à faire en sorte que, parmi ses quinze membres, cinq fussent de leur obédience notoire ou dissimulée. Le conseil, de son propre chef, décida de se donner à lui-même un président et élut Georges Bidault.”
Concernant ce dernier, “résistant éminent, ayant au plus haut point le goût et le don de la chose politique”, l’appréciation du Général est fort différente de celle de Jacques Baumel, que l’on trouve dans le jugement qu’il porte sur cette période : “Serreulles n’avait aucune expérience politique et, comme tous les apolitiques, il était fatalement sensible aux influences, aux modes, voire à la facilité. Et la facilité s’appelait Bidault, qui avait travaillé avec Frenay, puis avec Moulin, qui avait été le “démocrate-chrétien” de Combat avant d’adhérer au Front national par ambition politique . Sortant même largement de son rôle, Serreulles jouera, jusqu’en septembre 1943, le rôle d’agent électoral de Bidault. Nous sommes plusieurs à l’avoir mis en garde”.
Le Front national dont il est ici question est un mouvement de résistance créé par les communistes, mais qui recrute dans tous les milieux politiques. Il jouera un grand rôle dans ce que Henri Noguères appelle une entreprise “de colonisation de la Résistance”. L’historien ajoute : “C’est à dessein que nous avons recours - faute d’en trouver un meilleur - au mot colonisation de préférence à noyautage.” Ce problème de vocabulaire masque une réalité complexe dont voici une preuve : le remarquable ouvrage de référence de Noguères, intitulé : Histoire de la Résistance en France, a été écrit par Noguères, “en collaboration avec Marcel Degliame-Fouché”. Les deux noms figurent sur la couverture de chaque volume, mais à la fin du tome V, on trouve “Une mise au point de Marcel Degliame-Fouché” donnant le point de vue des “colonisateurs” dont il faisait partie et qui ne visèrent jamais “la prise de contrôle de l’ensemble de la Résistance française”.
Dont acte. Mais quel rapport avec Jacques Baumel?
“Le rôle de Baumel”
Après la disparition de Moulin, les MUR, désemparés, s’efforcent de se réorganiser Au mois d’août 1943, ils transportent leur siège à Paris et fusionnent avec les mouvements de la zone nord pour constituer le Mouvement de libération nationale, le MLN.
Jacques Baumel devient, sous le nouveau surnom de Rossini, l’un des secrétaires généraux de cet organisme, qui est une sorte de “contre-CNR”, rassemblant les mouvements non communistes des deux zones “, alors que le Front national est le “membre le plus influent du CNR”.
Au demeurant, ces ensembles de services s’emboîtant les uns dans les autres comme des poupées russes, la création de ce “super-MUR” qu’est le MLN n’implique pas la dissolution des MUR, dont Baumel reste le secrétaire général.
Sous cette double casquette, l’important dirigeant de la Résistance intérieure qu’il est effectivement doit jouer au médecin, pour mieux échapper à la curiosité de l’occupant. Ses relations lui permettent d’être engagé dans une clinique à Paris, rue Cambronne, ce qui ne l’empêchera pas de faire face aux obligations de ses vraies fonctions. “Pour ne pas éveiller les soupçons, se souvient-il, on m’avait spécialement chargé d’une partie des visites médicales à l’extérieur, mon carnet de rendez-vous se couvrant de patients fantômes, de malades décédés et de grabataires ressuscités. En six mois, par scrupule, par goût excessif du perfectionnisme, j’ai dû soigner une crise d’asthme, une véritable angine et peut-être deux coliques néphrétiques. Il n’y a eu aucune enquête sur mes activités réelles.”
Sous cette couverture, Baumel participe pleinement au prélude de la Libération. “ A trois mois du débarquement, dit-il, le paysage intérieur français est fixé(...) Une Résistance séparée en deux grands mouvements, les communistes du Front National et le MLN. Ce sera une course contre la montre. Entre le gouvernement du général de Gaulle et le CNR. Entre les communistes et nous “. Puis il ajoute : “Nous nous sommes toujours méfiés des communistes, lesquels nous le rendaient bien”. Par “nous”, il faut entendre les plus chauds partisans du Général, ceux de la tendance Frenay de Combat, par exemple, à l’intérieur des MUR, au cœur du MLN.
En vérité, on ne trouve pas la confirmation de cette méfiance à l’égard des communistes dont témoigne ici Jacques Baumel dans tous les ouvrages d’histoire consacrés à cette période.
Dans le paragraphe de son Histoire de la Résistance, intitulé “ Noyautage ou colonisation ? ”, Noguères cite Baumel au nombre de ceux qui ont apporté leur concours à la tendance communisante qui s’est constituée pour conquérir les MUR.
Dans un autre paragraphe, sous le titre “Le rôle de Baumel”, il rapporte dans quelles conditions Marcel Degliame-Fouché a été nommé pour représenter la tendance Combat au Comité directeur des Mouvements unis.
Depuis que Frenay, membre du CFLN, était à Alger, Claude Bourdet dirigeait Combat. Au mois de mars 1944, Bourdet est pris par les Allemands. L’éventualité de son arrestation ayant été souvent évoquée par lui devant ses compagnons, chacun sait que, s’il pouvait donner son avis, il désignerait pour le remplacer soit Ingrand , soit Rebattet.
“A Ingrand, raconte Noguères, Baumel demande d’accepter la succession de Bourdet, en insistant lourdement, toutefois, sur la nécessaire “détermination d’une nouvelle ligne politique adaptée à l’évolution de la Résistance”, ce qui dénotait, chez Baumel, une subtilité d’autant plus surprenante qu’il l’avait jusqu’alors - et qu’il l’a depuis lors - toujours soigneusement cachée. En effet, prendre la responsabilité d’une nouvelle ligne politique qui ne pouvait consister qu’en un alignement de Combat sur les positions défendues par Copeau (communisant) au nom de Libération était, très justement, ce qu’Henry Ingrand ne voudrait certainement pas envisager. C’était donc l’inciter à refuser le poste qu’on le pressait d’occuper 2.“
La suite, empruntons-la à Claude Bourdet lui-même : “Après une tentative vaine, dont l’échec était prévisible, pour amener Ingrand à accepter ma succession, (Baumel) fit prévaloir, contre la solution Rebattet, la désignation de Marcel Degliame, qui avait à coup sûr beaucoup plus d’autorité et d’expérience politique que Rebattet, mais qui était communiste (...) Les conséquences furent considérables. Au comité directeur siégeaient maintenant un communiste et un de leur proches alliés 3 . “
Dans ce même ouvrage, Bourdet rapporte pourquoi il n’a pas été trop brutalement traité par les Allemands.
“J’étais prisonnier à Fresnes et interrogé presque tous les jours à la Gestapo de l’avenue Foch. Un jour, mon interrogateur entra dans la pièce en brandissant un papier : “Vous n’êtes pas encore enterré, et déjà on danse sur votre tombe”, me dit-il. C’était une lettre à des dirigeants de la tendance “Combat”, prise par la police allemande dans une boîte aux lettres brûlée. La teneur en était curieuse : on n’y tarissait pas d’éloges “sur notre pauvre camarade Aubin” (c’était moi), mais le signataire expliquait que, “tout de même, maintenant qu’il n’est plus là, il est temps de modifier l’orientation anticommuniste qu’il tendait à donner au mouvement . (...) La lettre était signée “Rossini”, c’est à dire Jacques Baumel : c’est à ce moment-là qu’il imposa Degliame pour mon remplaçant.”
Conséquence inattendue, mais favorable pour le prisonnier :
“Je pense que le papier de “Rossini” sur mon anticommunisme fut une bonne note; cela contribua à dessiner l’image d’un patriote plutôt de droite, pas antiallemand, d’inspiration catholique, s’occupant au surplus essentiellement de questions de politique intérieure française.” Traité avec une relative indulgence, Bourdet sera déporté à Buchenwald sans avoir été torturé.
Pour ce qui est de l’évolution de la Résistance intérieure en ce début d’année 1944, Noguères ne la réduit évidemment pas à ce qu’il appelle “le tour de passe-passe réussi par Baumel”, “la complicité de Baumel”, pour rendre compte du rôle que celui-ci a joué dans la promotion de Degliame. Il ne s’agit là que de l’une des nombreuses manœuvres grâce auxquelles “quelques militants communistes(...) auront conquis, pratiquement sans se heurter au moindre obstacle, le contrôle des MUR et, s’en servant comme base de départ, se seront assuré la direction effective du COMAC (Comité d’action militaire) et de l’EM-FFI (les forces armées) 4 .”
On ne saurait clore ce chapitre sans donner la version de Jacques Baumel. La voici :
“ Le conseil des anciens de Combat “, soit une dizaine de membres, s’est réuni pour désigner le remplaçant de Bourdet. Dans un premier temps, il écarte la candidature de Rebattet et enregistre le renoncement d’Ingrand.
“Pascal Pia se récuse également, note Baumel, qui poursuit : Degliame-Fouché se propose. J’appuie cette candidature. Je le connais bien, ou plutôt je crois bien le connaître, c’est un excellent élément, efficace, discret, intelligent. Degliame-Fouché devient notre représentant au CNR. Degliame-Fouché est aussi un communiste non déclaré. Il y avait donc beaucoup de communistes, et très bien placés, auprès de nous, au CNR, ainsi que dans nos mouvements, au MLN 5, où, pour la plupart, ils n’avaient pas déclaré leur appartenance au PCF ou leurs liens très privilégiés avec ce parti.”
Sur un point, toutes les versions se rejoignent : en ce début d’année 1944, les communistes sont de plus en plus présents et influents dans tous les organismes de la Résistance.
6 - La Libération
Ultimes souffrances
Le 15 mars 1944, le CNR, que préside Bidault, publie son programme de nationalisations, de réformes sociales et de mesures disciplinaires contre les collaborateurs.
La Résistance poursuit son œuvre, en dépit des arrestations, des tortures, des déportations, des exécutions.
Au mois de septembre précédent, la Gestapo a investi, à Paris, les bureaux de la Délégation dirigée par Serreulles et saisi “trois valises de rapports et de télégrammes ainsi qu’un classeur de courriers avec Londres, imprimés en clair 1 . ”
Au cours de cette opération, Jacques Baumel a failli être pris.
De Gaulle, mécontent de la gestion de Serreulles, le rappelle à Londres et nomme à la tête de la Délégation Alexandre Parodi. Celui-ci prendra ses fonctions en avril 1944, et nommera délégué de la zone sud Bingen, qui assurait seul l’intérim de la présidence depuis le départ de Serreulles.
Jacques Baumel se souvient des pressentiments qui agitaient alors son ami : “ J’ai passé plusieurs soirées avec Bingen durant cette période qui a ressemblé pour lui a une descente aux enfers. Il était absolument persuadé d’être arrêté s’il repartait dans le sud (...) Le 10 mai au soir, je suis assis avec lui au buffet de la gare d’Austerlitz. Il m’avait demandé de lui adjoindre pour cette mission ma secrétaire personnelle (...) Je serai le dernier responsable de la Résistance à le voir vivant. ”
Pris par la Gestapo deux jours plus tard, à Clermont- Ferrand, il se suicidera en avalant la pastille de cyanure dont il ne se séparait jamais.
Printemps tragique. Bombardements. Sabotages. Dans plusieurs villes, de nombreuses arrestations vont suivre la disparition de Bingen. Déportations. Exécutions. Dans les montagnes, les maquis s’impatientent, réclamant à cor et à cri des armes. Pour autant, les rivalités empreintes de passion politique ne cessent guère à la tête des organismes qui animent la lutte contre la Milice de Vichy et les Allemands.
Mission en province
Jacques Baumel, secrétaire des MUR et du MLN, se partage entre mille tâches clandestines jusqu’à la fin du mois de mai. “ Pour nous, se souvient-il, la guerre de libération a commencé cinq jours avant le débarquement, le 1er juin à 13h30. Cent soixante messages d’alerte sont diffusés par la BBC (...) L’efficacité de nos mouvements de Résistance va stupéfier l’état-major allié. ”
Le 6 juin, des Américains, des Anglais et la 2e division française du général Leclerc parviennent à établir une tête de pont sur la côte normande, à l’ouest de Caen. Cette date, chère au coeur des Français, marque le début d’une période tumultueuse : les grandes villes ne seront délivrées qu’une à une; du Mont Mouchet au Vercors, les maquis vont livrer des combats héroïques; il va falloir attendre jusqu’à la fin du mois de septembre pour que tout le pays soit définitivement libéré.
“ A la Délégation comme au MLN, dit Baumel, nous donnons à tous nos responsables locaux des consignes de sécurité renforcée .”
"Mais, note Lacouture, de l’état-major des FFI au comité militaire du CNR et aux FTP, les communistes “ contrôlent le gros des forces disponibles, militant plus que jamais pour l’action immédiate 2 . ” Ce que confirme Baumel : “Le CNR (...) décide alors la création d’un Exécutif Sud de la Résistance composé de deux membres, Degliame-Fouché et Pascal Copeau, dont nous connaissons maintenant les attaches avec le Parti communiste (...) Après avoir fait basculer le CNR, les communistes sont donc en passe de mettre la main sur l’organisation de la zone sud, qui était jusqu’alors sous la responsabilité essentielle des MUR et plus particulièrement de Combat. Nous avons considéré cette affaire comme étant d’une extrême gravité. C’est la raison pour laquelle on me demande de rejoindre le secrétaire général de la Délégation...”, à Lyon.
De fait, Baumel est chargé par le comité directeur des MUR de recueillir des informations et de “contrer” les représentants de la direction du CNR. Il s’acquitte du mieux qu’il peut de sa mission, et comme la situation est alarmante dans tout le sud-ouest, avec des “accrochages violents”, opposant maquisards communistes et soldats de l’Armée secrète, avec des “exécutions sommaires” et des “règlements de comptes”, qui suivent la libération de chaque ville, il décide de se “rendre sur place pour essayer de contrôler un peu la situation”.
Il quitte Lyon à bicyclette, avec une valise bourrée de soieries pour jouer au représentant de commerce en cas de contrôle.
Sous le même déguisement, Claude Serreulles, de retour en France, et chargé par Parodi d’une mission de reconnaissance, l’accompagne.
Bientôt, les deux hommes abandonneront les vélos, pour aller jusqu’à Clermont-Ferrand, et, de la capitale de l’Auvergne, à Mauriac, puis à Limoges, et à Toulouse, et à Montpellier, usant partout de leur influence afin que la Libération ne dégénère nulle part en insurrection révolutionnaire ou en guerre civile.
A Limoges, Jacques Baumel et son compagnon ont activement participé à la préparation de la première réunion du Comité Départemental de Libération (CDL). Ils ont assisté à la foire d’empoigne qui a précédé la ferme prise en main de cet organisme par Pierre Bloch, Commissaire du gouvernement de la France. “ C’est là, note Baumel, que j’ai pu constater l’aura qui entourait à la Libération les hommes de Londres. Les maquisards communistes les plus intransigeants avaient baissé le ton (...) C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il n’y aurait pas de révolution à Limoges . “
Il n’y en aura nulle part ailleurs.
Tous les CDL, chargés de préparer la réorganisation et le fonctionnement de l’Administration, finiront par se soumettre au Gouvernement provisoire du Général.
Le retour à Paris
“ Paris! Paris outragé! Paris brisé! Paris martyrisé! mais Paris libéré!...”
L’inoubliable allocution du général de Gaulle date du 25 août.
Lorsque Jacques Baumel regagne la capitale, quelques jours plus tard, elle est en liesse. Il s’abandonne à l’allégresse générale. “ La foule est dense, gaie, musicale, légère comme les robes d’été des Parisiennes. ” Il se promène au hasard des rues. Quel choc, quel bonheur de voir Combat, le journal si longtemps clandestin, à la devanture des kiosques! C’est le n° 59, tous les numéros précédents ont été distribués sous le manteau. Il court rue Réaumur, au bureau du quotidien, il y retrouve ses amis, qui vont collaborer au succès de cet organe de la Résistance : Pia, Camus, Ollivier. C’est avec eux qu’il fête la Victoire.
Mais dès le 12 septembre, “les éclats de rire, les cigarettes, l’alcool” sont oubliés. Ce jour-là, le général de Gaulle, que l’on n’a guère vu depuis le 25 août, “se manifeste enfin, à la fois comme symbole et détenteur des pouvoirs”. Et Lacouture, à qui l’on doit cette formule, de préciser : “Une sorte de meeting a été organisé au palais de Chaillot, où le chef du gouvernement provisoire définira, en présence des chefs de la Résistance et des cadres de l’État nouveau, ses projets à court terme et sa philosophie du pouvoir 2 . “
Jacques Baumel assiste à cette réunion.
Il écoute ce discours-programme, dans lequel l’orateur prône l’autorité de l’État, revendique pour la France une place au premier rang des nations et se prononce pour les principes de justice sociale “que la résistance a, dans son combat, rêvé de voir se réaliser”.
Quelques jours plus tard, le modeste dirigeant du MLN, qui est âgé maintenant de vingt-six ans, est reçu par le Général.
Depuis qu’il est installé au ministère de la Guerre, rue Saint-Dominique, de Gaulle a rencontré des personnalités telles que François Mauriac, Paul Valéry, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Malraux... Quel honneur de se voir accorder une audience après des hommes aussi célèbres !
Le jeune résistant de l’intérieur est vivement impressionné par ce géant qui mesure 1 mètre 94 et qui est le héros de la France libre, le chef mythique dont il ne connaissait que la voix.
“ Son accueil est intimidant, rapporte Baumel. Il est d’une courtoisie d’un autre temps, d’une attention parfaite. Il observe. Il me soupèse de coin, depuis son œil de pachyderme. J’ai l’impression de passer l’oral d’un grand concours. Il m’interroge sur mon expérience de la Résistance, m’écoute, me laisse parler (...) Je m’étais attendu à un entretien très bref et suis surpris de constater que cet homme particulièrement occupé prend le temps de bavarder avec un jeune inconnu . ”
Le Général ne quitte “son ton de grande urbanité” qu’une seule fois, lorsque Baumel, lui rendant compte de son voyage en province, évoque les manœuvres des communistes.
“- Assez de bordel! s’écrie de Gaulle. Tous ces gens doivent rentrer dans le rang! (...) La République doit revenir dans ses marques. Et croyez-moi, je vais m’y employer! (...) La France doit rester une et indivisible...”
A n’en pas douter, Jacques Baumel ferait ce jour-là son “entrée en gaullisme” si, comme nous l’avons vu, son engagement, pris à l’occasion de “l’affaire suisse”, ne datait déjà de quelques mois.
La motion Baumel-Malraux
Que d’événements depuis cette époque où Moulin et Frenay se disputaient la première place, à la tête du CNR!
Aujourd’hui, Frenay est membre du gouvernement d’union nationale que de Gaulle vient de constituer, et qui comprend des communistes.
Le ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés dont il est chargé occupe un agréable hôtel particulier, avenue Léopold II, dans le XVIe arrondissement. Il s’apprête à y remplir la mission qui lui a été confiée, à savoir “accueillir et traiter lorsqu’il se présentera le flot immense des rapatriés 3 .” Mais le fondateur de Combat entend également “ contribuer à ce que les mouvements de Résistance, et surtout le Mouvement de Libération Nationale (le M.L.N.) apportent à la République le levain de son rajeunissement et de sa rénovation . ”
Rien d’étonnant donc à ce que Jacques Baumel assiste fréquemment aux réunions qu’organise son ancien chef.
Chez lui, il croise Bidault, Menthon, Teitgen, anciens membres du Comité directeur de Combat, aujourd’hui fondateurs d’un nouveau parti, le Mouvement républicain populaire (MRP), destiné à rassembler les adeptes d’une démocratie chrétienne.
Mais Frenay ne rallie pas ses compagnons de la première heure de la Résistance dans cette formation.
“Créer un parti dirigé exclusivement par des militants catholiques et connus comme tels... note-t-il, c’est ressusciter la vieille querelle (de la laïcité), source de discorde entre les Français. A nos amis, je l’ai dit, et moi-même, catholique pratiquant, je ne les ai pas rejoints. Je continue à me nourrir de cette conviction que de la Résistance doit naître une grande formation à la vocation révolutionnaire associant étroitement la tradition socialiste dépouillée de sa philosophie marxiste et l’humanisme d’inspiration chrétienne.”
Jacques Baumel se range du côté de Frenay qui, en tant que “chef national” du mouvement Combat, fait toujours partie du comité directeur et du bureau politique du MLN, dont il espère faire “un véritable mouvement de rénovation française”. Ensemble ils vont affronter les communistes qui manœuvrent pour s’emparer de l’appareil.
Que déclarent en effet leurs opposants? Écoutons-les :
“Nous devons préserver l’unité de la Résistance et même la pousser à son terme c’est-à-dire à une fusion entre le MLN et le Front National.
Pour nous, disent-ils, une seule politique : l’application du CNR. Tout autre attitude nous diviserait, donc nous affaiblirait “.
Frenay, Baumel et leur amis rétorquent qu’ils ne peuvent accepter, le Front national et le CNR étant déjà aux mains de l’équipe communiste ou communisante. Les discussions sont si “passionnées et houleuses” qu’un congrès exceptionnel doit se réunir pour trancher. Il se tient le 27 octobre. Résultat ?
“ La décision de fond est reportée au “grand congrès”, rapporte Frenay, mais le secrétariat général passe entre nos mains. C’est Jacques Baumel qui remplace Pascal Copeau (lequel occupait ce poste depuis la Libération). Notre succès n’est pas mince...”
En cette fin d’année 1944, le courageux, le persévérant travail que le jeune secrétaire général a fourni durant les heures sombres sera aussi récompensé par une autre désignation.
Le 12 octobre, l’Assemblée consultative créée par de Gaulle est élargie aux cadres de la résistance qui n’avaient pas pu rejoindre Alger. Sur 248 places, 68 leur seront réservées. Combat aura six sièges, note Frenay, qui ajoute : “Compte tenu de son importance, c’est parfaitement injuste, mais peut-on s’élever contre le principe de la représentation égalitaire des mouvements que j’ai accepté lors de la fusion des MUR?”
“Par rapport aux six places à pourvoir, se souvient encore le fondateur de Combat, les candidats sont nombreux et les appétits trop visibles (...) Procéder, après consultation, par voie d’autorité? J’y ai songé, mais le procédé est discutable. Nous avons donc voté.”
Jacques Baumel figure parmi les six “élus”.
Il participera, le 7 novembre, au Palais du Luxembourg, à la première réunion de cette Assemblée qui est, selon le mot de son doyen d’âge, Cuttoli, “la représentation authentique de la nation”.
Baumel, représentant de Combat à l’Assemblée consultative, occupe désormais une place importante parmi les Résistants désireux de fonder une société nouvelle. L’autorité que lui confèrent ses nouvelles fonctions lui permet d’exprimer de plus en plus clairement ses convictions.
En janvier 1945, le congrès du MLN, qui rassemble 500 délégués venus de toute la France, a lieu à la Mutualité. Copeau, soutenu par d’Astier et par tous leurs amis communistes, propose une fois encore, avec véhémence, la fusion entre le Mouvement et le Front national.
C’est alors que, pour s’opposer à ce projet, un orateur inattendu intervient à la tribune : André Malraux, dans son uniforme de colonel de la Brigade “Alsace-Lorraine”.
L’éloquence de ce militaire très particulier fait merveille.
Au terme des débats, qui “dureront cinq jours et se dérouleront dans une atmosphère passionnée, parfois haineuse”, deux motions sont soumises aux congressistes, celle des communistes, présentée par Pierre Hervé, et celle que soutiennent, entre autres, Baumel, André Philip, Malraux.
La première demande invariablement “la fusion”, la seconde préconise la “création à l’échelon national d’une Fédération de tous les mouvements sans exception”.
“ Le 26 janvier, à 3 heures du matin, note avec précision Frenay la motion André Philip-Jacques Baumel (également connue sous le nom de motion Malraux-Baumel) recueille une large majorité : 250 voix contre 119 à celle de Pierre Hervé ”.
Claude Bourdet, rentré d’Allemagne en piteux état de santé, a assisté à ce congrès. (Mes) “amis, se souvient - il, étaient venus me chercher dans mon lit pour me faire participer à cette bataille. Je n’y jouai guère de rôle, sinon par ma présence, étant trop épuisé pour intervenir activement”.
Parmi ceux qui ont combattu “avec la dernière énergie” le projet communiste, il cite Jacques Baumel, et ne peut s’empêcher d’ajouter : “que je retrouvai sur une position à l’opposé de celle où je l’avais laissé...”.
Il n’en veut pas démordre, l’entêté second de Frenay!
Laissons lui néanmoins évoquer les conséquences de ces affrontements :
(Les communistes) “ fondèrent aussitôt un nouveau mouvement sous le nom de “Mouvement unifié de la renaissance française” (M.U.R.F.), cherchant à créer une ambiguïté avec l’ancien sigle des Mouvements Unis, M.U.R. Le M.L.N., pour sa part, créa avec les éléments de même nuance des autres mouvements un nouveau parti politique : l’Union démocratique et socialiste de la Résistance, U.D.S.R. 4 .”
Jacques Baumel sera bientôt le secrétaire général de l’UDSR. mais nous abordons là un nouvel âge de sa vie, une autre page d’Histoire.
Berneix / Rossini / Baumel
vu par ses compagnons de lutte
et par les historiens.
Le fondateur de Combat :
“Jacques Baumel (est) arrivé depuis peu à Lyon. C’est un jeune garçon d’environ vingt-deux ans. Jusqu’ici, il résidait à Marseille où il avait commencé des études de médecine qu’il avait interrompues pour militer plus activement à “Combat” sous le nom de Berneix. Il était devenu l’un des adjoints de Chevance. Celui-ci l’a envoyé au Centre national. Il sera le secrétaire du comité directeur de “Combat”, puis des M.U.R. et son rôle ira grandissant jusqu’à la Libération”.
Henri FRENAY .- La nuit finira, page 262, R. Laffont (1973)
Avril 1943, nominations au secrétariat des MUR.
“... pour équilibrer le poids respectif des uns et des autres, ce secrétariat fut partagé en deux. Il y eut d’une part un secrétaire du Comité directeur, tâche surtout administrative, qui échut à un de nos militants de Marseille, ami de Chevance, un étudiant en médecine nommé Jacques Baumel. C’était lui qui organisait les réunions du C.D., veillait à notre sécurité, établissait les comptes rendus, transmettait les décisions et, d’une manière générale, faisait fonctionner le Comité. Il y eut d’autre part un secrétaire général, chargé essentiellement des relations avec les régions et les services nationaux : ce fut Pierre Hervé, militant communiste de zone Nord, qui, pris par la police, s’était évadé en juillet 1941 et avait rejoint, en juillet 1942, le mouvement “Libération”...
L’équilibre fourni par le tandem Hervé-Baumel apparut rapidement plus théorique que réel. D’une part, les deux hommes étaient très différents; Baumel était alors un jeune intellectuel de gauche, que l’on pouvait qualifier en gros de “progressiste” pour utiliser une terminologie qui n’avait pas encore cours.
Sympathique, ouvert, bon diplomate, il faisait un excellent secrétaire de comité; mais sans expérience politique, sans passé de militant, il n’était pas de taille à faire pièce au militant brillant et chevronné qu’était Pierre Hervé. Celui-ci, aidé par d’Astier et par Pascal Copeau, fit des relations avec les régions un fief personnel...”
Claude BOURDET .- L’aventure incertaine, page 170, Stock (1975)
Marcel Degliame-Fouché, qui a remplacé Claude Bourdet :
“... j’ai tendance à considérer que mon accession à des fonctions nationales est due bien davantage à un bon fonctionnement de la démocratie à l’intérieur des mouvements qu’à l’issue heureuse d’un “romantique” complot dirigé par notre ami Baumel. J’ajouterai que ce dernier a dû être le premier surpris en apprenant, trente-cinq ans plus tard, (que certains voyaient en lui) un “sous-marin” communiste...”
Marcel DEGLIAME-FOUCHÉ .- “Une mise au point...” Histoire de la Résistance en France, op. cité.
A la Mutualité :
“Contre la fusion (MLN-Front national) se dressaient Petit, Laboureur, Viannay, André Philip, Jacques Baumel, qui, depuis 1943 - il avait alors vingt-cinq ans - avait été successivement secrétaire général des MUR, puis membre du comité directeur du MLN et bénéficiait d’une autorité qui lui vaudra, en un temps d’illustrations rares, de figurer en première page du Populaire du 26 janvier 1945, sous le nom de Rossini, son dernier pseudonyme.”
Henri AMOUROUX .- La Grande Histoire des Français après l’Occupation, tome 9, page 1132 R. Laffont (1991)
Pour conclure ce paragraphe ( et ce chapitre ), rappelons que :
Jacques Baumel est Compagnon de la Libération.
Il a été admis dans cet Ordre, au titre de la Résistance intérieure, par décret du 27/12/45. 5
Il est aussi titulaire de la Médaille de la Résistance et de la Croix de guerre.
Notes :
Chapitre I - 5 (p. 43 à 50)
1 J. Baumel, Résister... op. cité. -
2 H. Noguères, Histoire de... op. cité.
3 Claude Bourdet, L’aventure incertaine (De la Résistance à la
Restauration), Paris, Stock, 1975.
4 COMAC : commission d’action, organisme chargé de l’activité des combattants clandestins. Cette commission est animée par Degliame.
EM-FFI : Les FFI rassemblent, à partir de février 1944, les forces de l’Armée secrète, de l’ORA et des FTP (Francs-Tireurs et Partisans).
5 Dans une longue note, Baumel évoque “ la fameuse nuit du MLN, en janvier 1945, à la Mutualité ” au cours de laquelle sera votée une “motion Baumel-Malraux” grâce à laquelle le MLN ne tombera pas “dans l’escarcelle du Frontnational”. Nous y reviendrons dans le chapitre 6
Chapitre I - 6 (p. 51 à 59)
1 J. Baumel, Résister... op. cité.
2 J. Lacouture, De Gaulle... op. cité
3 Frenay, La nuit finira... op. cité.
4 C. Bourdet, L’aventure... op. cité.
5 L’Ordre national de la Libération fut institué par le Général de Gaulle à Brazzaville le 16/11/1940 pour récompenser ceux qui s’étaient conduits (et ceux qui se conduiraient) d’une façon exceptionnelle dans l’œuvre de libération de la France.
En 1946, la liste des récipiendaires fut définitivement arrêtée à 1061 compagnons, parmi lesquels cinq villes et dix-huit unités combattantes.
10:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : baumel l 5-6, maquis, m.l.n., bataillesarmes, souffrances, libération



Ecrire un commentaire