09.05.2008
Jacques BAUMEL Biographie
Gérard Soncarrieu vous souhaite la bienvenue sur ce site .
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Pour lire et pour jouer http://gerardsoncarrieu.hautetfort.com/
de Jacques BAUMEL,
Compagnon de la Libération,
député-maire de Rueil-Malmaison
TABLE
Première partie
Le Résistant
1 - Le Marseillais
2 - Les premiers pas dans l’ombre
3 - Au cœur de l’action
4 - L’énigme de Caluire
5 - Des maquis au MLN
6 - La Libération
Deuxième partie
Le Politique
1 - Intermède avant la IVe République
2 - Le R.P.F.
3 - Incursion dans le secteur privé
4 - La fin de l’exil
5 - Huit ans de sénat
6 - L’ascension
Troisième partie
Le Notable
1 - Entre Rueil et Paris
2 - Contre vents et marées
3 - De l’opposition à la cohabitation
4 - Sous Mitterrand II
5 - Jacques Chirac Président
6 - Les années fin de siècle
7 - Prolongations
8 - L’abdication et le bilan
Épilogue
Vous pouvez lire ce livre, ou l'emprunter,
à la médiathèque Jacques Baumel
de Rueil-Malmaison .
11:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : résistant, politique, notable
BAUMEL III - 1
Jacques Baumel, biographie : Chapitre III - 1
Pour les autres chapitres, voir colonne de droite.
N.B. "toutes les archives", "tags"
pour première et deuxième parties .
TROISIÈME PARTIE
LE NOTABLE
1 - Entre Rueil et Paris
Promesses électorales
Rueil-Malmaison est une ville riche de son histoire.
En 860, Charles le Chauve fit don de “la villa de Rueil”, qui faisait partie du domaine royal, aux religieux de Saint-Denis.
Seigneur de Rueil, Richelieu y fit construire un superbe château, dont il ne reste que de minces vestiges.
Napoléon passa par Rueil, Joséphine, Impératrice douairière, s’y retira, et, parmi tant de personnalités qui y vécurent, citons, par exemple, Jules Favre et Charles Floquet.
Mais Rueil, qui a pris le nom de Rueil-Malmaison en 1928, à l’initiative de Jean Bourguignon, conservateur du “Château et Musée de Malmaison”, n’est pas seulement une ville musée.
C’est, dans la banlieue ouest de Paris, à quelque 8 kilomètres à vol d’oiseau de la place Charles de Gaulle-Étoile, une commune moderne, la plus vaste des Hauts-de-Seine, peuplée de plus de 60 000 habitants.
La population rueilloise a doublé tous les cinquante ans au cours du XIXe siècle :
2 548 habitants en 1801, 5 253 en 1851, 11 013 en 1901.
Une première accélération se produit après la première guerre mondiale. Recensement de 1911 : 13 203 habitants.
De 1936 : 26 796 habitants.
La population a doublé en 25 ans.
Le recensement de 1946 dénombre 27 016 habitants; celui de 1962 : 55 228. Ce n’est plus en 50 ans, ce n’est plus en 25 ans, c’est en 16 ans que double la population de Rueil-Malmaison. Les grands ensembles et la construction pavillonnaire se disputent les terres des maraîchers qui peu à peu disparaissent. La mise en place des équipements administratifs, scolaires et culturels a bien de la peine à suivre la croissance effrénée des logements.
En 1965, Marcel Pourtout, maire depuis 1947, a été réélu. Entre 1954 et 1962, il a dû faire face à un accroissement moyen annuel de la population de 2877 habitants. Entre 1962 et 1968, cette progression chute sensiblement et devient trois fois moins importante. Profitant de cette accalmie, la municipalité s’efforce de mieux équilibrer ses budgets de fonctionnement et d’investissements, soucieuse de répondre aux besoins les plus urgents mais aussi de tenir la promesse faite aux électeurs de ne pas augmenter les impôts locaux.
En 1970, elle s’enhardit jusqu’à décider la construction d’une piscine. La première pierre est posée le 17 octobre, alors que va commencer la campagne pour les élections municipales.
Pour le candidat Jacques Baumel, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, mais aussi élu du canton de Rueil Sud, et maintenant Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, le maire sortant est un obstacle.
Va-t-il se représenter? Comment l’en dissuader?
Tête de liste en 1965, le nom de Marcel Pourtout était suivi, sur les bulletins de vote, de neuf lignes de petits caractères serrés : Maire de Rueil-Malmaison, Président du Conseil Général (de Seine-et-Oise) de 1957 à 1960, Officier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1914-1918, Officier des palmes académiques pour services rendus à l’École... pour ne citer que quelques éléments d’une riche nomenclature, qui s’achevait par l’indication de sa profession et son adresse : Carrossier, 37, avenue Paul-Doumer.
Dans sa séance du 2 novembre 1970, le Conseil municipal a donné son nom à une rue nouvelle, aménagée pour accéder à la piscine - hommage rarement rendu à un maire en exercice.
Que faire s’il sollicite un nouveau mandat?
Comme il hésite, on l’attaque, parfois insidieusement, parfois à la hussarde. On rappelle qu’il est né en 1894. Quel âge a-t-il donc? Faites le compte. Certes, il s’est conduit en héros, au cours de la guerre 14-18, mais depuis la patrie a connu d’autres défenseurs. La roue tourne, il faut savoir céder la place aux jeunes.
Finalement, le vieux notable se rallie à son fringant rival et s’adresse à ses électeurs en ces termes :
“ Sollicité par de nombreux amis et après mûre réflexion, j’ai consenti à participer à la nouvelle liste qui se présente à vos suffrages mais je vous le dis tout de suite pas pour être Maire. Ma présence parmi le nouveau Conseil Municipal pourra encore être utile.
N’appartenant à aucun parti politique, j’ai toujours constitué des listes d’union pour l’administration de la ville. Cela seul compte et la bonne gestion a été mon plus grand programme. ”
Sur sa Liste d’Union et de Progrès social, Jacques Baumel inscrit donc, à la suite de son nom et de celui du Docteur Jean-Marie Toutain, conseiller sortant, député de Rueil,1 les noms de Marcel Pourtout et de quatre autres conseillers sortants. Puis viennent les nouveaux, dans l’ordre alphabétique. Ils représentent tous les quartiers de la ville, toutes les classes de la société et tous les âges. A noter par exemple, à côté de Marcel Pourtout (77 ans) “Maire sortant - Officier de la Légion d’Honneur”, André Cros “Jeune Cadre Industriel” et François Le Clec'h “Étudiant - Président Action Personnes âgées”.
Deux listes représentent l’opposition.
La Liste d’Union démocratique est conduite par Michel Duffour, instituteur, candidat malheureux aux précédentes municipales et aux précédentes législatives, âgé maintenant de 30 ans, membre du PCF, conseiller général de Rueil Nord. Au nom de “la gauche unie”, Michel Duffour et les siens se battent pour que la Mairie ne soit pas “soumise à l’UDR”, dont le “premier dirigeant, M. Tomasini, veut bâillonner l’ORTF parce qu’il la trouve trop libre ! Lutter contre Baumel, c’est lutter aussi pour la défense des libertés.” Ils soulignent par ailleurs que “la liste présentée par l’UDR comporte de nombreux élus sortants” dont le bilan est désastreux. “M. Baumel disent-ils, déclare qu’il est le mieux placé pour créer à Rueil des équipements sociaux. C’est faux (...). Avec lui, les impôts locaux augmenteraient vite car il est, comme tout l’UDR, un partisan acharné du transfert des charges vers les communes.”
La Liste Rueil-Demain, conduite par Michel Tamalet, ingénieur, membre de l’Équipe Nationale des GAM (Groupes d’action municipale) rassemble des “personnalités locales” (plutôt de gauche), mais “on n’y retrouve pas, au premier rang, des conseillers sortants prêts à dire : “Oui, M. Baumel”, pour ne pas perdre leur place (...) On n’y retrouve pas non plus des mystificateurs comme M. Duffour, qui croit faire illusion (quand il parle de gauche unie) avec, sur sa liste communiste, un seul socialiste, employé municipal de Suresnes et habitant Nanterre...”
Cette équipe promet aux électeurs les changements qu’ils attendent, “après 24 ans de conservatisme et de sous-équipement.”, sans s’abaisser à “pratiquer l’intoxication publicitaire qui consiste à “vendre un maire comme une poudre de lessive”.
Comment ce dernier trait pourrait-il toucher notre secrétaire d’État qui a, depuis longtemps, l’expérience de nombreuses campagnes électorales ?
Avec l’insistance qui convient et les moyens dont dispose un représentant du parti le plus puissant, Jacques Baumel promet aux électeurs une ville bien administrée, propre et bien tenue (20 kilomètres de trottoirs refaits dès 1971), une ville plus humaine, moderne, vivante, jeune, prospère, une ville sociale (des emplois pour tous, un programme de 1000 logements sociaux) .
Le 14 mars, il obtient plus de 50% des voix. 2
Il n’y aura pas de second tour.
Le Président du Conseil général des Hauts-de-Seine, élu du canton de Rueil Sud, a consolidé son implantation locale en remportant une belle victoire.
Il lui reste à tenir ses promesses, dont celle-ci, qui figure parmi les premières : je serai un “Maire efficace, influent, présent tous les jours à la mairie”.
Tous les jours vraiment? Ce sera difficile.
Face au Parlement
Peu après ces élections, le 23 avril 1971, Jacques Baumel est à la tribune de l’Assemblée nationale, pour traiter de questions fort éloignées des problèmes que peut poser la voirie à Rueil-Malmaison.
Voici un extrait du compte-rendu de la séance :
“M. le président. M. Krieg demande à M. le Premier ministre s’il peut faire connaître au Parlement les conséquences que le Gouvernement devra tirer de la création entre l’Égypte, la Libye et la Syrie d’une “Union des Républiques arabes”. Il serait en particulier désireux de savoir si le matériel militaire commandé par la Libye à la France 3 sera frappé d’embargo, ce pays devant être considéré dans le conflit du Moyen-Orient comme appartenant désormais “de jure” à la coalition arabe en lutte contre l’État d’Israël.
M. Jacques Baumel, secrétaire d’État auprès du Premier ministre. En l’état des informations parvenues au Gouvernement, je tiens à dire à M. Krieg que l’union tripartite égypto-syro-libyenne n’aura d’existence juridique que le 1er septembre prochain, sous réserve d’approbation populaire dans les trois pays. Les informations dont nous disposons à ce sujet ne permettent pas de préjuger la portée exacte des modifications éventuelles de la personnalité internationale des États intéressés. Il est par conséquent prématuré de vouloir, dès aujourd'hui, apprécier cet éventuel fait nouveau compte tenu des engagements souscrits par la Libye.
M. le président. La parole est à M. Krie
M. Pierre-Charles Krieg. (rappelons qu'il est UDR)
Monsieur le secrétaire d'État. je vous prie de croire que j'ai apprécié particulièrement la concision de votre réponse mais que, sur le fond du problème, elle ne me paraît guère satisfaisante J'aurais en effet aimé (...) que vous puissiez fournir au Parlement des explications un peu plus précises ( ... ) Je m'étais permis de poser au Gouvernement une question très simple (...) Cette question simple me paraissait appeler une réponse aussi simple, je regrette de ne l'avoir pas obtenue. (Très bien! très bien sur quelques bancs de l'union des démocrates pour la République)
M. Jacques-Philippe Vendroux . Très bien. "
L'ironie de l'intervenant, de même que les approbations qui la suivent, donnent une idée du soutien mesuré que le premier parti de la majorité apporte à l'équipe de Chaban.
Au demeurant, Jacques Baumel a rarement à traiter devant l'Assemblée de problèmes touchant les relations internationales. Le ministre des affaires étrangères, Maurice Schumann, n'est-il pas assisté de deux secrétaires d'État, Yvon Bourges et Jean de Lipkowski?
Notre secrétaire d'État auprès du Premier ministre se voit plus souvent chargé de la prévention des accidents de la route. C'est ainsi que le 5 mai , il s'adresse aux députés pour "faire le point sur le très important problème de la sécurité routière", au terme d'études et de travaux qui ont duré un an.
“Pour la clarté de mon exposé, déclare-t-il, je préciserai le détail de l'action entreprise, en adoptant des subdivisions, classiques d'ailleurs pour tous les initiés, en examinant tour à tour les problèmes de l'infrastructure, des véhicules, des conducteurs, des secours aux blessés et, enfin, de l'information.”
Après avoir annoncé que “le ministère de l'équipement aura terminé dans les prochaines semaines l'opération consistant dans ia suppression de trois cents points noirs sur le territoire, à laquelle s'ajoutera la suppression de deux cents cinquante points noirs dans le programme de 1971”, il parle "du marquage axial et latéral" des routes, et de “la signalisation verticale”, en fonction du trafic (supérieur à 6 000 véhicules par jour, ou compris entre 6 000 et 2 000... ou de plus de 1000...)
“Un très grand effort a été fait de ce point de vue , dit-il. Je ne veux pas, pour ne pas encombrer ce débat, en donner le détail mais je suis prêt à communiquer à M. Barberot (qui a posé la question) les renseignements qu'il pourrait souhaiter ( ... )
J'aborde maintenant le deuxième point de mon exposé général.
On a beaucoup parlé du contrôle technique périodique des véhicules (...) des mesures partielles, mais importantes ont déjà été prises (... ) un projet de loi sera soumis à vos suffrages pour compléter la législation sur ce point 4."
Jacques Baumel traite ensuite de la limitation de vitesse, de l'aménagement intérieur des véhicules, de " la pose obligatoire des ceintures de sécurité sur les voitures neuves (...) A ce propos. note-t-il, je souligne au passage que, sur le plan international, les voitures françaises sont les plus sûres. ”
Ensuite, après le problème des conducteurs (alcoolémie, fichier, prévention, répression, permis de conduire). l'orateur aborde "un autre aspect de ce vaste panorama de la sécurité routière, celui du secours aux blessés “( ...)
" Vous permettrez au secrétaire d'État chargé spécialement de ces problèmes de profiter de l'occasion qui lui est offerte pour rendre hommage à toutes les équipes d'ambulanciers, d'infirmières, d'infirmiers, de médecins, de pompiers, de gendarmes et de membres des divers services de sécurité qui se dépensent sans compter sur nos routes pour essayer de lutter contre la mort. (Applaudissements.) ”
Sur sa lancée, Jacques Baumel attaque le dernier point de son grand discours :
"Notre mission d'information doit consister à persuader les automobilistes que les lois qui régissent la circulation automobile sont des lois scientifiques, qui exigent un comportement rationnel (...)”
Puis il conclut :
“ Ce plan ne fait que démarrer. Nous en sommes à un an d'expérimentation (... )
Mais je tiens à affirmer la volonté formelle du Gouvernement d'inscrire, parmi les priorités de son action, la lutte humanitaire pour défendre la vie des Français sur les routes de France.
(Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la République, des républicains indépendants et du Groupe Progrès et démocratie moderne.) "
Quelle belle union, dans l'enthousiasme, des partis de la majorité! Voilà de quoi revigorer un secrétaire d'État et lui donner confiance en son destin.
Son intervention du 26 novembre, toujours devant les députés, témoigne de la diversité de ses travaux.
“M. le président. M. Mainguy appelle l'attention de M. le Premier ministre sur les graves difficultés que connaissent de nombreuses imprimeries de labeur françaises (... )
M. Jacques Baumel, secrétaire d'État auprès du premier ministre. En réponse à la question orale posée par M. Mainguy, le Gouvernement tient à préciser que les difficultés que connaissent actuellement de nombreuses imprimeries de labeur retiennent particulièrement son attention ( ... )
Un ensemble de mesures est à l'étude tendant notamment à la restructuration du secteur, au développement de la recherche, à la rationalisation des conditions de production, à l'accroissement du taux d'utilisation des équipements par une meilleure coordination des travaux, enfin à l'aménagement des conditions d'application de la fiscalité .”
Au palais Bourbon, la réponse dilatoire fait partie des règles du jeu lorsque “l'ordre du jour appelle les questions d'actualité”.
Mais Jacques Baumel ne parle pas, au nom du gouvernement, que devant les députés, il monte aussi à la tribune du Sénat. Le 25 avril 1972, il y "est entendu au cours du débat sur la question de M. Pierre-Christian Taittinger, ayant trait à une politique de prévention et de sécurité routière”.
Écoutons-le :
“Monsieur le président. mesdames, messieurs les sénateurs, je tiens d'abord à féliciter M. Pierre-Christian Taittinger pour sa très courageuse intervention (... ) Je voudrais lui dire que le Gouvernement - et tout particulièrement le Premier Ministre - est très conscient de la gravité croissante de cette affaire qui tend à devenir maintenant un problème de sécurité nationale, puisqu'il touche à la vie et à la mort de chacune et de chacun de nos compatriotes (... ) L'homme qui vous parle est souvent accablé (par les bilans des accidents de la route)”
Quelles mesures prendre?
" Le problème de la sécurité routière (...) est extrêmement complexe avec une intrication entre les réactions humaines des conducteurs, les facteurs mécaniques, les problèmes d'environnement et les circonstances qui ont provoqué un accident, une espèce de tragédie antique avec ce caractère implacable qui peut surgir à tout instant. "
L'orateur traite ensuite longuement du permis de conduire, de la limitation des vitesses, d'une “volonté d'intervention plus sévère et de plus grande fermeté.”
“ J'ajoute enfin", note-t-il, “que tant M. Pierre-Christian Taittinger que le docteur Henriet ont su présenter d'une façon particulièrement saisissante et avec beaucoup de compétence qu’il apparaît de plus en plus que les solutions doivent être prises sur le plan européen (...)
Voilà les quelques éléments de réponse que je voulais faire aux interventions extrêmement riches, j’allais dire de nos collègues...
M. le président . Il n'y a pas de mal, monsieur le secrétaire d'État. Vous nous faites plaisir.
M. Jacques Baumel, secrétaire d'État. Je me fais surtout plaisir à moi-même. " (...)
La conclusion fait suite à ces congratulations : les pouvoirs publics poursuivront leurs efforts.
Le 5 mai 1972, de retour à l'Assemblée nationale Jacques Baumel répond (une fois encore) "aux questions orales avec débat de MM. Barberot, Ansquer, Dupuy, Tissandier et Chazelle relatives aux accidents de la route".
Ces députés donnent la preuve de leur connaissance approfondie du dossier :
“ Le choc que subit un véhicule percutant un arbre à 120 kilomètres/heures est comparable à celui qu'il subirait s'il tombait d'une hauteur de 84 mètres (...) En un dixième de seconde le cerveau dont le poids moyen est de 1,500 kilogramme pèse alors 33 kilogrammes à 80 kilomètres/heure(...) Les viscères, intestins, rate, ne subissent pas moins les effets de l'arrêt brutal en pleine vitesse, d'où des éclatements responsables d'hémorragies internes. Ces lésions réagissent l'une sur l'autre et ces associations lésionnelles ont le triste pouvoir en se potentialisant de donner aux polytraumatisés ce haut caractère de gravité (...)
A travers le bilan que je viens d'esquisser des morts et des douleurs, note enfin le dernier intervenant, j'aperçois cette immense cohorte des handicapés, avec six cent mille infirmes, souvent des jeunes condamnés à perpétuité. Que dire aussi de la perte économique qui se chiffre à plusieurs milliards? (...) ”
La réponse du secrétaire d'État commence par quelques chiffres : “ 174 morts et 5857 blessés dont 560 graves pour le week-end du 1er mai; 265 morts, 5266 blessés pour Pâques; plus de 16 000 morts en 1971... 5 “
Puis il se lance dans ce qu'il nomme lui-même "une énumération un peu longue et un peu ardue de différentes mesures prises par le Gouvernement dans les principaux secteurs de la sécurité routière.”
Pour conclure, il déclare que "les seules mesures techniques ne seront pas suffisantes (...) c'est le comportement des automobilistes, c'est à dire l'état d'esprit du public et, finalement, l'attitude des Français, qui dans une large mesure, permettra d'améliorer cette situation.
Tel est, en tout cas, le souhait du Gouvernement qui entend poursuivre l'action entreprise depuis deux ans et qui, se refusant à céder à l'abandon, veut la renforcer très prochainement, avec votre appui, en vue de maîtriser ce problème qui, manifestement, dans notre société industrielle moderne, est le revers de la médaille. (Applaudissements.) ”
A la mairie
Le 21 mars 1971, le conseil municipal de Rueil-Malmaison a consacré sa première séance à l'élection du maire et de ses adjoints.
Jacques Baumel a recueilli 36 voix sur 37 ( à déduire un bulletin blanc) et Marcel Pourtout a été élu premier adjoint.
Le nombre des adjoints est de 5 mais le maire, avec l'accord unanime des conseillers, fera le nécessaire pour qu'il soit porté à 8, compte tenu de la population de la commune (62 933 habitants au recensement de 1968).
Le 6 avril, 3 adjoints suppléants sont désignés en début de séance, puis l'ordre du jour est abordé :
- Formation des commissions municipales.
- Acquisition d'un terrain rue Cramail pour construction d‘une école et d'une crèche.
Après que ces deux points ont été traités, si les conseillers pensent en avoir fini, c'est qu'ils connaissent mal leur nouveau maire. Les “questions diverses" qu'il leur soumet ne sont pas moins importantes que celles dont ils viennent de délibérer. Il s'agit en effet de renforcer le service d'accueil de la mairie, de créer une “boîte aux idées" et de mettre en place deux mairies de quartier.
Le 28 juin, c'est avant d'aborder l'ordre du jour que M. le Maire propose la création de commissions extra-municipales, qui seront "des éléments permanents de participation de la population et des centres de dialogues actifs sur les différents projets” envisagés par la municipalité.
Proposition adoptée à l'unanimité. De même que c'est à l'unanimité que le conseil vote des projets de travaux touchant deux collèges (Martinets, Solférino), une maternelle (Jean Jaurès) et l'installation de bâtiments provisoires (10 classes supplémentaires) pour assurer une rentrée scolaire aussi bonne que possible.
Pour que tous les conseillers ne soient pas à l'unisson, il faut que le débat porte sur une "convention entre la ville et les écoles privées". En voici le texte :
"Dans un souci d'équité en considérant l'aide considérable apportée à l'enseignement public, il est juste et nécessaire de s'occuper de l'enseignement privé. C'est la raison pour laquelle, dans le cadre de la loi Debré, il est décidé du principe d'une convention entre la ville et les écoles Saint-Charles et Notre-Dame."
Cette délibération est adoptée à l'unanimité moins deux abstentions, celle de M. Fabre, professeur de l'enseignement public, et celle de M. Bordillon, contrôleur des Postes.
Mais tout le Conseil se ressoude pour décider l'achat d'une propriété pour la création d'un centre aéré, l'ouverture d'une crèche, la construction de logements à loyers modérés, des travaux de voirie, d'aménagement des trottoirs, et, sur proposition de M. le Maire, la modification du tableau du personnel communal par la création de 16 postes de direction et de plusieurs postes de commis, sténo-dactylographes, agents de bureau.
Sur tous ces points, tous les conseillers sont du même avis, le pic de l'opposition s'étant élevé, une seule fois, à deux abstentions. Le nouveau maire, Jacques Baumel, a les coudées franches, d'autant que Marcel Pourtout, ancien maire et toujours premier adjoint, n'assiste pas à la séance.
Marcel Pourtout a été noté "excusé" (non représenté). Il en ira de même aux séances suivantes. On ne le verra plus à la mairie.
Dans sa séance du 28 octobre, la municipalité veut montrer que la priorité donnée à l'action sociale ne le cède en rien à la priorité scolaire.
Au cours de la précédente séance, le maire a informé le Conseil Municipal des demandes “concernant la protection du site de Malmaison, de la Jonchère et des abords de la forêt domaniale de Malmaison, En particulier de la requête adressée par l'Association pour la Sauvegarde de l'Humanisme dans l'Habitat qui suggère la réglementation tendant à conserver à ce site le caractère très “Résidentiel” qui le caractérise".
Dont acte.
Pour satisfaire ces “humanistes”, dans un certain secteur, les terrains de moins de 2500 m2 seront inconstructibles.
Mais la commune est vaste. Aussi Jacques Baumel est-il “heureux d'annoncer que la municipalité a lancé un programme de plus de 300 logements sociaux. Les premiers logements seront attribués en février ou mars 1972".
Dans les jours qui suivent, cette décision suscite un mouvement de protestation dans le quartier de Buzenval où doit être réalisée une première tranche de 202 logements. Pour convaincre ses électeurs du bien fondé de son action, le nouveau maire n'hésite pas à les réunir, le soir, dans de modestes cafés. Et si l'un d'eux lui lance, sur un ton de fausset : "Que penseront ces pauvres gens que vous allez loger dans des tours donnant d'un côté sur le lycée, mais de l'autre sur le cimetière ?” Riposte immédiate : "On est mieux ici qu'en face, voilà ce qu'il penseront.”
Riche de l'expérience de nombreuses campagnes électorales, quel que soit son auditoire, M. le secrétaire d'État, à qui l'on donne du M. le Ministre dans sa circonscription, trouve toujours la bonne réplique pour confondre un éventuel contradicteur.
Il fera donc ce qu'il a promis, mais en sachant ménager la susceptibilité de ses administrés, ainsi qu'en témoigne cette délibération du conseil municipal (séance du 17 décembre) :
" Fixation d'un C.O.S. (Coefficient d’Occupation des Sols) pour le quartier de Buzenval.
Des craintes s'étant manifestées de la part des habitants de ce quartier redoutant de voir à cette occasion densifier inconsidérément ce secteur de Rueil, la Commission Municipale de l'Urbanisme a étudié les problèmes posés et notamment le caractère exceptionnel de la réalisation d'un ensemble de 200 logements sociaux sur un terrain communal route de l'Empereur.
En soulignant le caractère d'extrême urgence de cette réalisation de logements sociaux attendus par un grand nombre de mal logés ou sans logis, la Commission a souligné que cette réalisation ne doit être qu'exceptionnelle dans ce quartier qui doit conserver sa vocation résidentielle. "
Quoi qu'il dise ou fasse, un élu n'oublie jamais que son action s'inscrit entre deux élections.
La démission de Chaban
Au début de l’année 1972, Jacques Baumel n’a pas pour unique préoccupation le logement social à Rueil-Malmaison. En tant que membre du gouvernement, il va, comme tous les ministres, participer à l’activité politique intense qui marque cette année-là le printemps, Georges Pompidou ayant décidé de procéder à un référendum sur l’Europe.
De quoi s’agit-il? De l’élargissement de la C.E.E. (Communauté Économique Européenne) à la Grande-Bretagne, l’Irlande, le Danemark et la Norvège.
Quelques conseillers du Président, Juillet tout particulièrement, sont hostiles à cette initiative, mais d’autres, comme Jacques Chirac, l’encouragent. Le référendum n’est-il pas un élément fondamental de la constitution de la Ve République, et, s’il est vrai que le précédent a échoué, entraînant le départ du Général, l’occasion est belle de réhabiliter cette procédure. Ce projet devrait ressouder la majorité présidentielle et agir bien au-delà, les centristes de l’opposition étant favorables à l’Europe, de même que les socialistes, qui sur ce point s’opposent aux communistes.
Le chef de l’État a bon espoir de semer la zizanie dans le camp de ses principaux adversaires et de bénéficier d’un véritable plébiscite. Juillet, qui prétend que les Français ne s’intéressent pas à la politique étrangère, se trompe assurément.
Annoncée le 16 mars, à l’occasion d’une conférence de presse, la consultation a lieu le 23 avril.
Le “oui” l’emporte, avec 67,71% des suffrages, mais c’est là un faux succès. Compte tenu du nombre considérable des abstentions et des bulletins nuls, le projet n’est accepté que par 36,11% des électeurs.
Juillet avait raison, le Président en convient. A Michel Jobert, secrétaire général de l’Élysée, il confie : “Inutile de raisonner. Pour moi, c’est un échec et un échec personnel” .
Le revers est d’autant plus sensible que les socialistes, favorables à l’Europe mais qui ont demandé aux Français de s’abstenir, et les communistes, qui ont appelé à voter “non”, s’efforcent de concevoir un “Programme commun de gouvernement”. La gauche prépare activement les élections législatives qui auront lieu dans moins d’un an.
Georges Pompidou, bien que déjà sévèrement marqué par la maladie, n’est nullement décidé à leur laisser le champ libre. Il ne veut pas être celui qui inaugurera ce qui s’appellera plus tard la “cohabitation”.
De son côté, le Premier ministre tient également à redresser la barre, au moment même où il s’empêtre dans l’affaire de sa “feuille d’impôts”, que publie Le Canard Enchaîné.
Chaban, dont le train de vie est enviable, ne paie pratiquement pas d’impôts. Certes, il n’est pas sorti des limites de la légalité, mais il bénéficie de “l’avoir fiscal”, un système de dégrèvement peu compatible avec ce que devrait être une “Nouvelle Société”.
Pour obtenir sa réhabilitation, et redorer en même temps le blason de l’État, il décide de solliciter la confiance de l’Assemblée nationale.
Au préalable, il lui faut obtenir l’aval du Président. Celui-ci ne le lui accorde que du bout des lèvres, assez peu convaincu semble-t-il par une argumentation tendant à montrer qu’un vote positif des députés effacerait le fiasco du référendum.
Le Premier ministre ne veut pas comprendre la portée de la réserve incluse dans les termes du communiqué publié à l’issue du Conseil des ministres du 17 mai :
“ M. Chaban-Delmas a été autorisé à engager, s’il le jugeait utile, la responsabilité du gouvernement .”
Les débats occupent les 23 et 24 mai. Le chef du gouvernement s’exprime avec éloquence, pour défendre son bilan et témoigner de sa fidélité au Président.
Les députés votent, et “plébiscitent” le Premier ministre par 368 voix contre 96 et 6 abstentions.
Ainsi le féal triomphe là où le suzerain a échoué : voilà qui risque de mettre en péril le régime de la Ve République, fondé sur la prééminence du chef de l’État.
Le 27 juin, alors que François Mitterrand et Georges Marchais signent leur “programme commun”, Georges Pompidou annonce à Chaban son intention de procéder à un profond remaniement ministériel.
Le 5 juillet, à l’issue du Conseil des ministres, il déclare :
“ Messieurs, j’ai décidé de changer de gouvernement. Je demande à M. le Premier ministre de me remettre officiellement sa démission. ”
La surprise est générale. Le lendemain, Le Monde fera sa une avec ces mots :
“C’était attendu depuis si longtemps qu’on ne s’y attendait plus”.
Jacques Chaban-Delmas s’incline devant la décision du chef de l’État, le remercie de l’aide qu’il lui a accordée durant trois ans et le soir même lui fait parvenir sa lettre de démission...
Dans les jours qui suivent, aux journalistes curieux de son avenir, il répond, avec cet entrain qui le caractérise, qu’il va s’occuper “beaucoup de Bordeaux” 6 .
Et Jacques Baumel de l’imiter. Il va pouvoir lui aussi s’occuper beaucoup de sa ville, Rueil-Malmaison.
Travaux de voirie et ambitieux projets
Pour améliorer la circulation, la municipalité a décidé, le 28 octobre 1971, de refaire la place Louis-François-Besche 7, à la jonction du boulevard Richelieu et de l’une des artères principales de la commune, la route de Saint-Cloud. Le 17 décembre, elle s’est prononcée pour l’acquisition, ”à l’amiable, ou à défaut par voie d’expropriation”, d’une propriété de 290 m2 environ, afin de procéder à “l’aménagement de cette place grâce aux crédits alloués par la Direction Départementale de l’Équipement” .
A la suite de ces travaux, “Monsieur le Maire propose au Conseil Municipal d’attribuer à une voie importante de la Ville la date historique du 18 Juin 1940.”
En vérité, Rueil-Malmaison n’a pas attendu qu’un Compagnon de la Libération soit à sa tête pour commémorer les grands événements de la dernière guerre et rendre hommage à ses héros et à ses martyrs. Le boulevard du Général de Gaulle prolonge les boulevards Joffre et Foch depuis 1945 (décision prise dès le 10 février, pour “répondre à un vœu unanime de la population”).
On peut également citer le boulevard Franklin-Roosevelt, la place du Général-Leclerc, la rue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, les places de Bir-Hakeim, de Stalingrad (celle-ci aujourd’hui disparue), sans oublier la rue d’Estienne d’Orves, l’avenue Gabriel Péri, la rue du commandant Louis Bouchet (tous trois fusillés par les Allemands).
Peu avant de se retirer, le 17 février 1970, Marcel Pourtout a donné à l’ancienne place des Docks le nom de place du Huit-Mai-1945, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la fin de la Deuxième guerre mondiale.
La proposition de Jacques Baumel faite au Conseil municipal ce 9 juin 1972 n’a donc rien qui puisse étonner.
Il poursuit en ces termes sa proposition : “Il a paru possible de retenir l’actuelle Route de Saint-Cloud pour recevoir l’appellation de : “Avenue du 18 juin 1940”.
C’est alors que ce manifeste le Docteur Magnin.
“ Je voterai ce projet, dit-il, car il n’y a pas de temps à perdre si on veut l’inaugurer comme prévu le 17 juin prochain. Je déplore cependant que dans cette précipitation le jeu normal de l‘information, de la concertation et du dialogue, n’ait pu jouer. ”
Réplique immédiate de M. le Maire, qui n’admet pas qu’on lui parle sur ce ton :
“Mon cher collègue, je dois vous avouer qu’effectivement nous avons été pris un peu par le temps mais qu’il n’a pas été possible, compte tenu des délais qui nous restaient avant le 17 juin, de procéder peut-être à la concertation préalable. Mais pour une fois que nous imitons les anciens usages de l’ancienne Municipalité de l’ancien Maire, ce n’est pas à vous (qui en faisiez partie) à nous le reprocher.”
La pointe finale traduit aussi une mauvaise humeur qui a sa source dans l’annonce que Jacques Baumel a dû faire en tout début de séance, à savoir :
“Monsieur le Maire informe le Conseil de la démission de M. Pourtout de ses fonctions d’Adjoint au Maire et de Conseiller municipal et exprime tous les regrets du Conseil devant cette décision. “
Le “Nouveau” ne pouvant plus se flatter du soutien de “l’ancien”, il n’hésite plus à le critiquer.
Quoi qu’il en soit, en dépit du murmure du docteur et de la vivacité de la riposte, la délibération est adoptée, comme d’habitude, à l’unanimité.
Désormais, c’est l’Avenue du 18 juin 1940 qui traverse la ville. Elle conduit à l’Avenue du Mont Valérien, par laquelle on accède au grandiose mémorial national de la Résistance, sculpté dans le flanc de la butte.
Quel symbole! Que complétera plus tard, en 1980, une monumentale croix de Lorraine, érigée au milieu de la place Besche.
Toutefois, l’erreur serait de croire que Jacques Baumel, cacique du gaullisme, se complaît uniquement dans la commémoration des événements qui ont conduit à la Libération. Maintenant qu’il a plus de temps à consacrer à la mairie, il étudie de grands dossiers, qui engagent l’avenir de la commune. L’ouverture du collège Solférino, l’ouverture du Centre Culturel Edmond Rostand, la mise en place des mairies de quartiers pour une efficace délocalisation de la vie municipale, l’arrivée du RER en gare de Rueil 8 continuent de retenir toute son attention. Mais il travaille aussi à la réorganisation des services municipaux (création de huit directions administratives) et, le 10 novembre, soumet au Conseil municipal un projet concernant la restructuration du “Cœur de la Ville” (construction d’un vaste parking souterrain et de locaux annexes de la Mairie).
Toutes ces occupations ne l’empêchent pas, en cette fin d’année 1972 et au début de l’année suivante, de participer ardemment à la campagne électorale en vue des élections législatives qui auront lieu en mars 1973.
Pour un nouveau mandat de député
Nombreux étaient ceux qui pensaient qu’Olivier Guichard succéderait à Chaban. Mais le Président a choisi Pierre Messmer, soldat intègre, surtout connu pour sa fidélité au Général. En compensation, Guichard a obtenu un important département regroupant l’équipement, le logement et l’aménagement du territoire. La nomination d’Edgar Faure à la tête d’un ministère des Affaires sociales représente la seule vraie nouveauté. Les autres grands portefeuilles n’ayant pas changé de main, dans un gouvernement réduit à trente membres (vingt ministres et dix secrétaires d’État), les gaullistes historiques ont tout lieu de se montrer satisfaits.
L’une des premières tâches du nouveau premier ministre sera de distribuer les investitures pour gagner les élections législatives. Sous son autorité, les trois partis de la majorité (l’UDR, les RI et le CDP) 9 négocient laborieusement et parviennent à un accord : dans 430 circonscriptions sur 490, ils présenteront un candidat unique, sous le sigle URP (Union des Républicains de Progrès).
Dans l’opposition, à gauche, les alliances sont plus faciles, communistes et socialistes disposant d’un “Programme commun de gouvernement”, signé depuis le 27 juin.
Le centre est particulièrement disputé. “La France souhaite être gouvernée au centre” s’est écrié Giscard, pour lancer sa campagne, ce qui est une façon de repousser sur sa droite les pompidoliens qu’il a rejoints. D’autres centristes, les “Réformateurs”, de Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber, défendront leurs couleurs sans promettre de se désister au second tour en faveur des candidats de la majorité.
Toutes les tendances, tous les partis figurent dans la palette des prétendants aux fonctions de député qui vont se soumettre aux suffrages des électeurs de la 8e circonscription des Hauts-de-Seine, le 4 mars 1973.
Mais quatre candidats, qui représentent les grandes formations, se détachent du lot .
Jacques Baumel, secrétaire d’État non reconduit, député sortant, membre influent de l’UDR, compte parmi les 430 qui portent la cape URP. C’est une candidature qui va de soi. Il se présente à ses mandants comme “un élu efficace qui se multiplie pour vous” et déclare :
“Cher électeur, chère électrice. Permettez-moi de m’adresser à vous autrement que les autres candidats. Vous me connaissez bien depuis six ans comme député, conseiller général, maire de Rueil, président du Conseil Général (le cumul des mandats est un élément valorisant mais, par modestie sans doute, il ne rappelle pas qu’il a été “ministre”). Je suis certainement le candidat qui connaît le mieux vos problèmes et qui peut faire le plus pour vous. Même ceux qui ne partagent pas mes idées savent que je suis un élu efficace, compétent, sérieux, humain et libéral, toujours à la disposition de tous les électeurs et électrices, sans réserve ni parti pris.”
L’un des ses colistiers aux élections municipales, celui qui, à l’occasion, se permet d’élever une objection lors d’une réunion du Conseil à la mairie, ose rivaliser avec lui. Il s’agit du docteur Henri Magnin, qui porte les couleurs du Mouvement réformateur.
A gauche, le parti communiste présente à nouveau Michel Duffour, qui avait rassemblé 43% des voix au second tour des élections de 1967, ce qui lui permet d’affirmer qu’il est le mieux placé “pour garantir la réalisation du Programme Commun”.
Charles Ceccaldi-Raynaud, qui n’avait obtenu, en 1967, au premier tour, que 8% des voix pour le parti socialiste (contre près de 21% pour Michel Duffour) n’affronte pas cette fois-ci les électeurs de Rueil-Malmaison, Garches et Saint-Cloud. 10
Un nouveau venu le remplace, un certain Jacques Fournier.
C’est lui qui se charge d’expliquer “ce que signifie... changer la vie... par la mise en œuvre du programme commun de la gauche”.
Ce candidat à peu près inconnu, originaire d’Algérie, mais qui habite à Saint-Cloud depuis 1957, lance une campagne qui le sortira vite de l’anonymat. D’immenses affiches répandent à travers la ville l’image de ses rouflaquettes, de ses cheveux un peu longs sur la nuque, de ses mèches en bataille sur le front. Au verso de sa profession de foi, les cinq points de son programme sont illustrés de cinq portraits qui donnent une idée de la variété de ses attitudes et de la richesse de sa gestuelle. Est-ce à dire que ce candidat est un m’as-tu vu, un plaisantin?
Que non pas! Ces à-côtés de la campagne montrent seulement qu’il connaît les règles de la communication de masse. Jacques Fournier est un candidat sérieux. “Après des études de droit et de sciences politiques, il est passé par l’école nationale d’administration puis il est entré au Conseil d’État où il est actuellement Maître des requêtes.“ Âgé de 43 ans, marié, père de 3 enfants, ce bateleur est un “Ancien Chef des affaires sociales au commissariat général du Plan”. Il est aussi professeur à l’Institut d’Études politiques et l’auteur d’un ouvrage intitulé “Politique de l’Éducation”..
Et c’est lui qui crée la surprise du premier tour en devançant Michel Duffour. 11
Comme du côté du centre et de la droite, le docteur Magnin empêche Jacques Baumel d’être élu au premier tour, un duel opposera le 11 mars 1973 le maire de Rueil au quasi-inconnu de Saint-Cloud . 12
Jacques Fournier, “socialiste, candidat de la Gauche et de tous les démocrates” conduit sa campagne du deuxième tour en s’abstenant “de toute attaque personnelle”, mais non sans déplorer que son adversaire “se refuse obstinément au débat public et contradictoire” qu’il lui a proposé.
Jacques Baumel, “candidat d’Union nationale antimarxiste”, “seul candidat de la liberté”, réplique en rappelant quelques points de son “Contrat de progrès”.
Cette confrontation intéresse les électeurs. Le 11 mars, la participation est aussi bonne qu’au premier tour. Et le député sortant l’emporte largement avec plus de 55% des voix. 13
Belle victoire! A noter cependant qu’à Saint-Cloud, où Fournier habite et milite dans quelques associations, Baumel obtient 62,74% des suffrages, alors que dans la ville dont il est maire, à Rueil-Malmaison, il n’en recueille que 51,77%. Voilà qui ne peut qu’aiguillonner son ardeur à mettre en œuvre et à mener à bonne fin ses nombreux et ambitieux projets municipaux.
A Levallois-Perret, où le député communiste Parfait Jans a récupéré son siège, la défaite de Charles Pasqua mérite d’être mentionnée, car cet influent gaulliste ne va pas pour autant quitter les Hauts-de-Seine, nous allons bientôt le retrouver.
Au niveau national, la majorité est toujours la majorité avec 263 sièges sur 490, mais son équilibre interne se trouve singulièrement modifié : l’UDR a perdu 89 élus; elle n’en compte plus que 184 et elle aura plus que jamais besoin du soutien des 54 RI (giscardiens) et des 25 centristes.
Notes :
Chapitre III - 1 (p. 137 à 0154)
1 Remplaçant de Jacques Baumel membre du gouvernement.
2 Résultats du premier tour, en date du 14 mars : Électeurs inscrits :32 080 .
Votants : 22 983 . - Suffrages exprimés :22 498.
Ont obtenu :
Liste d’Union et de Progrès social (Jacques Baumel) : 11 338 voix (50,40%)
Liste d’Union Démocratique (Michel Duffour) : 6915 voix (30,74%)
Rueil-Demain (Michel Tamalet) : 4245 voix (18,86%)
3 Il s’agit d’avions “Mirage”. Le matériel militaire français a été frappé d’embargo pour Israël.
4 Le contrôle technique ne sera imposé que 25 ans plus tard, à compter du 1-1-1996.
5 Pour comparaison : 1975 : 13 170 morts - 1980 : 12 543 - 1990 : 10 289 - 2000 : 7 643 - 2002 : 7 242 - 2003 : 5 731 .-
Jacques Baumel est en bonne place parmi ceux qui ont contribué à cette amélioration
6 Arthur Conte, Les premiers ministres de la Ve République, Paris , le Pré aux Clercs, 1986.
7 Cultivateur, maire de Rueil de 1919 à 1921.
8 L’inauguration, prévue pour le 2 octobre, n’aura pas lieu en raison d’une grève du personnel.
9 RI : Républicains indépendants de Giscard d’Estaing .
CDP : Centre Démocratie et Progrès de Pleven, Duhamel et Fontanet
10 Charles Ceccaldi-Raynaudl, après avoir changé de casaque, fera souche à Puteaux, dont il sera maire (RPR), puis sénateur-maire (RPR) durant plus de 30 ans. Sa fille Joelle sera son adjointe à la mairie, ensuite députée suppléante de Nicolas Sarkozy, puis maire à son tour.
11 Fournier : 9 008 voix, 18,62% .- Duffour : 8 938 voix , 18,48% .
12 Baumel : 19 632 voix, 40,60% .- Magnin : 7 516 voix , 15,54%.
( Autres résultats : Emmanuel Allot, FN 2,95% . - Michel Combret, Ligue Communiste 2,O8% . - Martin Jacques, ”Extrême Centre” 1,72% )
13 Participation : 4 mars , 83, 29 % . - 11 mars : 83,08 % .
Baumel : 26 111 voix , 55,12% , Fournier : 21 238 voix , 44,84%.
(à suivre)
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BAUMEL III - 2
Pour les chapitres précédents, voir première page , colonne de droite
2 - Contre vents et marées
La Présidence du Conseil général
On vote beaucoup en 1973 : au printemps, élections législatives; à l’automne, élections cantonales.
Les conseillers généraux sont à cette époque élus pour 6 ans, renouvelables par moitié tous les 3 ans. 1
En 1973, Jacques Baumel, président du Conseil général depuis 1970, doit remettre en jeu sa place à la tête du département, en vertu de ce texte :
“ A l’ouverture de la session qui suit chaque renouvellement triennal, le Conseil général, réuni sous la présidence du plus âgé de ses membres, le plus jeune faisant fonction de secrétaire, nomme, dès la première séance, au scrutin secret et à la majorité absolue son président, 3 vice-présidents, un quêteur, 3 secrétaires.”
Deux jours plus tôt, le 1er octobre 1973, le maire de Rueil-Malmaison a eu la joie d’ouvrir dans sa commune une nouvelle crèche, la crèche familiale Jean-Jacques Rousseau. Le 3 octobre, le même homme, Président du Conseil général sortant, vit des événements beaucoup moins agréables.
La séance de l’assemblée départementale commence par les récriminations de l’opposition de gauche, qui se plaint du découpage des cantons, responsable à ses yeux des médiocres résultats qu’elle a enregistrés. Les explications sont longues.
Le président Lagravère, doyen d’âge, s’impatiente et demande abruptement quels sont les noms des candidats aux fonctions de président du Conseil général pour les trois ans à venir.
“ M. le Président, lui répond M. Graziani, au nom des deux formations qui constituent la majorité départementale, je propose la candidature de Charles Pasqua.”
M. Ducoloné propose Lucien Lanternier (élu communiste de Gennevilliers).
Résultats du vote au scrutin secret :
- Charles Pasqua 27 voix
- Lucien Lanternier 12 voix
- Jacques Baumel 1 voix
Le discours de l’heureux élu va-t-il adoucir l’amertume de celui qui, sans avoir été candidat, a obtenu une voix ?
Charles Pasqua rend d’abord hommage au doyen d’âge, et poursuit : “ Mais je dois également remercier notre ami le Président Jacques Baumel auquel je succède à ce fauteuil. ”
L’orateur esquisse ensuite le bilan positif de tout ce que le Conseil général a réalisé “à son impulsion, sous son initiative.”
Cette tirade est applaudie. Jacques Baumel sourit, mais fort peu de temps. “ Dans d’autres assemblées, enchaîne Pasqua, dans d’autres instances, certains de nos amis, et notamment un des plus éminents, je veux citer le président Peretti, en son temps, ont demandé la limitation du cumul des mandats. La preuve est effectivement apportée que les charges de plus en plus lourdes qui s’attachent aux mandats locaux, départementaux, régionaux ou nationaux, ne permettent pas d’accomplir comme on le voudrait, et au mieux des intérêts généraux, les tâches qui sont dévolues à chacune de ces fonctions lorsqu’elles sont trop multiples. ”
Est-ce là des considérations d’ordre général?
Pasqua pourrait-il citer quelqu’un qui n’aurait pas accompli au mieux les fonctions à lui dévolues?
“ Au cours de ces trois années, insiste Pasqua, notre ami le Président Jacques Baumel, a pu expérimenter, étant lui-même maire de Rueil, député à l’Assemblée nationale, président du Conseil général, occupant sur le plan national des fonctions ministérielles, combien il était difficile de concilier ces différentes tâches, et en tout cas comme il était difficile de les mener de front. Il en a tiré les conclusions et a décidé de ne pas demander le renouvellement de son mandat. Ce sont les conditions dans lesquelles je lui succède, et je lui dis une nouvelle fois nos remerciements. ”
Le cumul des mandats n’ayant jamais frappé un homme politique comme une malédiction tombée du ciel, mais résultant toujours d’une multiplicité de candidatures librement acceptées, Baumel peut se demander si Pasqua ne se paye pas sa tête en plus de lui prendre sa place.
En vérité, il comprend fort bien que “son ami” Charles ne peut pas exposer sincèrement les raisons et les conditions de son accession à la présidence du Conseil général. Voilà un homme qui a fait une partie de sa carrière dans le secteur privé. Il a été directeur des ventes de la société Ricard, avant de créer sa propre entreprise et de lancer avec succès un nouvel apéritif, l’Américano Gancia . En renonçant à ces activités, il a sacrifié de confortables revenus que les indemnités de sénateur, puis de député, parvenaient mal à compenser. Sanctionné par les électeurs de Levallois-Perret, allait-il rester, simple conseiller général, pratiquement privé de ressources? Non, car l’indemnité de président du Conseil général 2 est égale à celle du maire d’une ville de plus de 100 000 habitants, fort proche de celle d’un parlementaire. Mais comment l’obtenir? Comment parvenir au fauteuil convoité? Pasqua, UDR, secrétaire de la fédération des Hauts-de-Seine, a réussi dans cette entreprise parce que son influence au cœur de l’organisation politique majoritaire en France n’a cessé de grandir au cours des dernières années. Il a, dans son discours, cité Achille Peretti, qui a succédé à Chaban à la présidence de l’Assemblée nationale. Il aurait pu nommer aussi René Tomasini, secrétaire général de l’UDR avant Peyrefitte, ou Alexandre Sanguinetti, ancien ministre, qui prendra bientôt la tête de ce parti. Charles Pasqua et ces trois fortes personnalités constituent le “clan des Corses” , tout puissant dans la mouvance gaulliste. Le temps n’est plus (c’était de 1962 à 1967) où Baumel dirigeait le mouvement, ayant Tomasini pour adjoint. Aujourd’hui, prié de céder la place, le “baron” Jacques Baumel doit obtempérer.
C’est ainsi que vivent les partis.
Pasqua a obtenu ce qu’il voulait, mais une ombre ternit la satisfaction de ce gaulliste “pur et dur”. En effet, le conseiller Graziani, qui a présenté sa candidature, l’a fait au nom “des deux formations qui constituent la majorité départementale”, de même qu’elles constituent la majorité nationale, à savoir l’UDR et les Républicains indépendants du détestable Giscard d’Estaing, l’homme du “Oui, mais “ et du “Non” au référendum du Connétable.
Pour devenir président du Conseil général des Hauts-de-Seine, Pasqua a eu besoin des voix des RI, et en particulier de celle de l’influent Jean-Pierre Fourcade, maire de Saint-Cloud, ancien directeur adjoint du cabinet de Giscard d’Estaing.
Ainsi va la politique.
Cette même année 1973, Henri Frenay, le chef de “Combat” aux heures sombres de l’Occupation, fait paraître un très bel ouvrage, La Nuit finira. Ce sont des “Mémoires de Résistance” dont nous avons évoqué un paragraphe (page 65) traitant de l’amitié en politique : il y là quelques réflexions amères mais justes d’un aîné et d’un maître qui ne laissent certainement pas son disciple Jacques Baumel indifférent.
La “trahison” de Chirac
Simple conseiller général, Jacques Baumel reste bien sûr député-maire, mais il a quand même perdu l’un des plus beaux fleurons de sa couronne républicaine.
Il va devoir hélas essuyer d’autres déconvenues en cette fin d’année 1973, et tout d’abord à l’occasion des assises de l’UDR, qui ont lieu à Nantes, au mois de novembre.
Le climat de ce congrès est détestable pour tous les participants, mais plus particulièrement pour l’ancien secrétaire général pour qui le mot “Union” garde un sens. Or, la fin désormais annoncée du président Pompidou sème le trouble et le désordre dans les rangs de la majorité.
Au lendemain des élections législatives, les Réformateurs ont envisagé de rallier la coalition menée par l’UDR, mais il sont finalement restés dans l’opposition, où les tenants du programme commun deviennent, jour après jour, de plus en plus dangereux.
Et que fait l’UDR devant ces menaces? Elle se laisse aller à des querelles de clan.
A sa tête, Sanguinetti, qui a remplacé Peyrefitte, qui avait, on le sait, remplacé Tomasini, ne tient pas ses troupes. Les gaullistes historiques comme Jacques Baumel ont quelque peine à se faire entendre mais les jeunes néo-gaullistes et autres pompidoliens ne sont guère plus heureux. En veut-on un exemple?
“Le ministre de l’Agriculture, Chirac, avait été hué (au congrès de Nantes) quand il s’était écrié : “Il nous faut relever le défi de la subversion morale”, car les militants avaient cru comprendre qu’il s’attaquait encore à la Nouvelle société (...) Si la foule des congressistes en voulait tant au ministre de l’Agriculture, c’est parce qu’elle se souvenait que, le 13 août dernier, il avait, malencontreusement, déclaré au Point : “Si M. Pompidou venait à disparaître, je serais giscardien.” Chirac, l’ennemi affiché de Chaban, se déclarait donc giscardien 3 ! ” La honte !...
Puis les événements vont se précipiter. Des grèves éclatent un peu partout en France, sur fond de crise pétrolière et de crise monétaire internationale. Au mois de février 1974, le Président accepte la démission de Messmer, mais c’est pour le nommer une troisième fois Premier ministre, et lui adjoindre Jacques Chirac au ministère de l’Intérieur.
Le nouveau gouvernement commence à peine à tenter de mettre en œuvre quelques mesures susceptibles de redresser la situation économique et sociale lorsque, le 2 avril , la mort brutale de Georges Pompidou l’oblige à organiser des élections présidentielles.
Douze prétendants (d’Arlette Laguiller à Jean-Marie Le Pen) se présenteront au premier tour. Trois d’entre eux se détachent rapidement : Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand.
Ce dernier, candidat unique de la gauche, s’appuie sur un “programme commun” datant de 1972 mais qu’il a eu tout le temps de peaufiner.
Les sondages sont en sa faveur.
Face à ce redoutable adversaire, la droite a essayé de s’accorder sur le nom d’un seul candidat pour représenter la majorité présidentielle. Messmer, sollicité, aurait accepté si Chaban et Giscard s’étaient effacés. Mais Chaban est le premier à se lancer dans la bataille, Giscard le suit, Messmer renonce. Tous les gaullistes historiques se rangent alors derrière le tenant de la Nouvelle société, car il est malgré tout un authentique “baron”, même si certains le soupçonnent de gauchisme. C’est ainsi que Jacques Baumel se retrouve aux côtés de ses amis Debré, Guichard, Sanguinetti, et dans le sillage de Pasqua, pour soutenir celui auprès duquel il a été Secrétaire d’État.
Un coup de théâtre met à mal cette belle unité : Chirac prend parti pour Giscard, affirmant que, si Chaban le devance au premier tour, Mitterrrand l’emportera au second. Colère de l’UDR! Réunion du bureau exécutif. Poujade demande que Chirac soit exclu du parti. Sanguinetti fait remarquer qu’il n’en a jamais eu la carte. Ce Chirac n’est qu’un néo-gaulliste, issu du pompidolisme... Peut-être, mais il est assez influent pour produire “L’appel des 43”, un texte en faveur de Giscard, et dont 33 des 43 signatures sont celles de députés UDR.
Le 5 mai, Mitterrand recueille 43% des voix, Giscard 32%, Chaban 15%. Chaban s’efface et le 19 mai Valéry Giscard d’Estaing devient président de la République. 4
La droite l’a emporté. Est-elle pleinement satisfaite?
“Les chabanistes continueront longtemps de penser que, sans Chirac, leur homme aurait été élu et que le destin du pays aurait été tout autre 5 .”
Et Jacques Baumel se dit que, dans ce cas, son destin personnel aurait été bien différent. N’a-t-il pas l’étoffe d’un ministre de premier rang?.
Toutefois, pour l’heure, pour se consoler, sans doute partage-t-il aussi ce sentiment, commun à l’ensemble du “personnel politique de l’UDR”, à savoir “qu’après tout Chirac n’a pas si mal joué puisque en cas de victoire de Chaban, c’était bien une victoire de l’UDR, mais, qu’en cas de victoire de Giscard, grâce à Chirac, l’UDR était tout de même, un peu, présente à l’arrivée.” 6
La renaissance du Rassemblement
A Rueil-Malmaison, la préparation et l’organisation des élections présidentielles n’ont en rien ralenti le rythme allègre des travaux du conseil municipal.
Au cours du second semestre de l’année 1973 ont été votés l’aménagement du CES des Bons Raisins, la création d’un secteur d’architecture protégée Place de l’Église, la construction d’un Centre d’Action sociale rue d’Estienne d’Orves.
Quand il faut, M. le Maire n’hésite pas à recourir à des mesures impopulaires, celle prise le 22 octobre, par exemple, à savoir : “Stationnement payant dans le Centre Ville à l’aide de parcmètres et d’horloges horodatrices”.
Et que ceux qui ne sont pas contents le disent, ils apprendront à connaître leur maire ! A l'occasion, Baumel se départit de son sourire courtois, c'est le moins que l'on puisse dire. Il se fâche parfois. Bon nombre d'employés de la mairie savent ce qu'il en coûte de ne pas exécuter vite et bien ce qu'il a décidé.
Le périmètre d’implantation des premiers horodateurs a donc été adopté à l‘unanimité.
D’autres décisions du conseil municipal sont beaucoup mieux accueillies, comme par exemple, après la création du centre culturel Edmond Rostand, l’ouverture d’un théâtre, l‘ELAM (Espace Loisirs Arts Malmaison), devenu depuis le TAM (Théâtre André Malraux). Dès 1974, cette salle connaît le succès.
Cette même année 1974 commence la construction du groupe scolaire George Sand et l’extension de l’école maternelle Charles Perrault.
Pour ce qui est de la petite enfance, la commune a un retard considérable, que Jacques Baumel veut à tout prix combler : aux crèches Henri Dunant et Jean-Jacques Rousseau, déjà ouvertes, vient s’ajouter une crèche collective de 60 berceaux avenue Albert 1er. Une autre crèche, rue Hippolyte Bisson, remplacera celle du square de la mairie. Une autre ouvrira rue Jean Le Coz.
Mais l’attention donnée aux bébés n’est nullement exclusive. Dans sa séance du 17 juin 1974, le conseil municipal accorde une garantie communale à une société de HLM qui construira 114 logements et une résidence pour personnes âgées de 76 chambres.
Lorsqu’il passe de sa mairie au Palais Bourbon, Jacques Baumel change davantage de cadre que de préoccupation, car il est à l’Assemblée membre de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales. Et si, le 26 juin, il pose au gouvernement une question “relative aux grèves dans les centres de tri postaux”, le 28 novembre, il prend part à une “discussion générale” portant sur un sujet moins ponctuel".
Il s’agit en effet du “projet de loi relatif à l’interruption volontaire de la grossesse.”
Quelle est sa position sur cette importante question?
Celui qui, dans sa commune, ouvre des crèches, “estime que les dispositions dissuasives du projet sont trop modestes.” 7
Ainsi travaille notre député-maire, sans négliger ses fonctions de conseiller général. Mais il lui faut aussi affronter la tourmente qui continue d’agiter l’UDR. Il est bien difficile à cette époque d’échapper à la politique politicienne quand on est un membre influent du parti dominant, qui se déchire.
Les tracas commencent avec la formation du gouvernement. Le détestable Giscard, antigaulliste notoire, a été élu avec des voix gaullistes, grâce à Chirac. Quel premier ministre choisira-t-il pour amadouer l’UDR? Il pense, dit-on, à Olivier Guichard, et cet accommodement ne paraît pas impossible car l’éminence grise du Président, Michel Poniatowski, est parent par alliance d’Olivier Guichard, la fille de celui-ci ayant épousé le fils de celui-là. De fait, Giscard nomme Chirac, et, au sein de l’UDR, les murmures des “barons”, hostiles au nouveau chef de l’État, se transforment en diatribes qui n’épargnent pas le jeune premier ministre issu de leurs rangs. L’un et l’autre sont accusés de tout faire pour casser en deux un grand parti, héritier du Rassemblement créé par de Gaulle et ses partisans les plus fidèles.
La composition du gouvernement n’offre rien qui puisse adoucir la rancœur de ceux qui ont soutenu Chaban, Giscard ne nommant que quatre ministres UDR sur quinze. Si l’on en croit les échotiers, ces promus ne sont pas des hommes d’État de premier plan, mais des “zozos”, à qui les portefeuilles les plus prestigieux ne pourraient être confiés. En revanche, les partisans les plus proches du Président accèdent aux grands ministères, Michel Poniatowski, par exemple, seul ministre d’État, à l’Intérieur, et Jean-Pierre Fourcade aux Finances.
En ce moment, les rapports sont particulièrement mauvais entre Chirac, Premier ministre mais aussi tête de file de tous les néo-gaullistes issus du pompidolisme, nombreux à l’UDR, et les “barons”, qui ont aussi leurs troupes. Ces derniers s’apprêtent à refuser d’apporter leur soutien au gouvernement.
Chirac, évoquant le pouvoir qu’ils ont si longtemps exercé, déclare : “Les Français en ont marre de ces quinze types qui ont fait un hold-up sur l’État”.
Pour les supplanter, il peut compter sur Tomasini, qu’il a réussi à faire nommer secrétaire d’État aux relations avec le parlement. Mais l’ancien chef de l’UDR ne parvient guère à faire évoluer en faveur du Premier ministre les sentiments que lui portent les gaullistes.
C’est alors qu’intervient Charles Pasqua. Le président du Conseil général des Hauts-de-Seine s’est prononcé pour la candidature de Chaban aux élections présidentielles, mais du bout des lèvres, par devoir plutôt que par conviction. La Nouvelle société que lui promettait le Bordelais ne lui convenait guère, il la jugeait peu gaullienne. Le choix de Jacques Chirac ne l’a donc pas choqué. Aujourd’hui, Giscard, dont le règne débute par quelques déplaisantes fantaisies comme le ralentissement du rythme de la Marseillaise, annonce des réformes pires que celles voulues par Chaban. Son âme damnée, le combatif Poniatowski, tient un discours socialisant. L’un et l’autre travaillent à l’avènement d’un puissant centre-gauche, fondé sur le démantèlement du parti gaulliste. Qui pourrait croire que Jacques Chirac aurait, par ambition personnelle, déserté le camp de Chaban pour servir une telle politique? Bon nombre de barons sans doute, mais pas Charles Pasqua.
Chirac et Pasqua se rencontrent, apprennent à se mieux connaître, et tombent d’accord pour prendre en main et renforcer l’UDR, afin de combattre la giscardisation du gaullisme et des rouages de l’État.
Quelle sera la stratégie? Pasqua et Tomasini, les “Corses du Premier ministre”, se rappellent au bon souvenir d’un autre membre du “Clan”, Alexandre Sanguinetti. Celui-ci, secrétaire général du parti gaulliste, accepte d’assister Pasqua dans le travail qu’il entreprend aussitôt pour revigorer le Mouvement, en relançant l’activité de toutes les cellules départementales.
Le 22 juin 1974, Pasqua réunit à Paris les responsables départementaux de l’UDR afin de leur exposer quelle chance c’est pour le parti d’avoir à Matignon un gaulliste fidèle. Durant tout l’été de la même année, il parcourt la France, de fédération en fédération, s’efforçant à chaque étape de démontrer que Chirac est le seul qui puisse s’opposer efficacement à tout ce que le giscardisme peut avoir de nuisible.
Ces efforts seront couronnés de succès le 14 décembre, à l’occasion de la réunion du comité central de l’UDR. Ce jour-là, le secrétaire général du parti, Sanguinetti, donne sa démission, Pasqua et Chirac (et, toujours dans l’ombre, Juillet et Marie-France Garaud) l’en ayant instamment prié. Lorsque Jacques Chirac présente sa candidature à la succession, les barons protestent avec véhémence. Chaban parle de “pantalonnade”, d’autres crient au “coup d’État”, Debré propose une direction collégiale, d’autres voudraient lancer Olivier Guichard dans la bataille... Finalement, pris de court, ceux qui ne veulent pas que le Premier ministre de Giscard soit à la tête du Mouvement ne trouvent à lui opposer qu’un militant obscur, député du Nord, Jacques Legendre. Et l’on vote, et Jacques Chirac l’emporte, par 57 voix contre 27.
Alors Chaban, s’adressant à ceux qui l’ont élu, leur lance : “Vous avez offert le gaullisme à Ganelon”.
La suite ne touche qu’indirectement la carrière de Jacques Baumel qui nous intéresse ici. Notons cependant quelques dates importantes... Le 12 janvier 1975, Chirac fait savoir aux membres de l’UDR que c’est lui qui accordera les investitures aux prochaines législatives, ce qui donne à réfléchir à ceux qui le soutiennent mollement.
Le 15 juin de la même année, il renonce au secrétariat général de l’UDR, afin de se situer nettement au-dessus des partis, à la tête du gouvernement. Mais ce geste n’améliore en rien la qualité de ses relations avec le président de la République. Qu’il s’agisse de l’inflation, du déficit budgétaire, du chômage, des faillites et des dépôts de bilan ou de la “loi Veil”, l’Élysée et Matignon sont en désaccord sur la plupart des sujets, si bien qu’en 1976 , le 25 août, Jacques Chirac démissionne.
Cette décision rehausse son image aux yeux des gaullistes les plus antigiscardiens et, lui laissant du temps, lui permet de reprendre en main l’UDR.
Le 15 septembre, dans La lettre de la Nation, il lance un premier “appel” : “Une fois de plus, mes compagnons, nous allons engager un combat décisif...” Le 3 octobre, c’est “l’appel d’Égletons” : “Je m’adresse à tous les Français sans exclusive aucune pour que se constitue le vaste mouvement populaire que la France a toujours su tirer de ses profondeurs lorsque le destin paraissait hésiter...”
Quel ton! Quel gaulliste resterait insensible à ces accents qui rappellent la voix du Général?
Les barons, fidèles à Chaban, hésitent encore, mais leur rancune faiblit.
Le 5 décembre se tiennent les assises d’un mouvement qui se nomme UDR à l’ouverture et RPR (Rassemblement pour la République) avant le soir.
Celui qui a proposé ce changement d’appellation prononce un grand discours pour attaquer vivement l’opposition de gauche, cela va de soi, pour affirmer que le Rassemblement continuera de faire partie de la majorité, évidemment, mais en développant ces deux points, il multiplie les critiques à l’égard de la politique giscardienne. Les électeurs trancheront à l’occasion des prochaines consultations électorales, haut les cœurs compagnons!
Cet orateur, c’est Jacques Chirac, bien sûr, élu ce même jour président du Rassemblement qu’il vient de créer avec 96,5% des voix.
Le fauteuil de Nanterre
L’attention accordée aux démêlés qui agitent la majorité présidentielle nous ont fait oublier l’opposition qui s’organise et progresse durant cette période, comme en témoignent les résultats des cantonales de mars 1976.
La défaite des partis au pouvoir est cuisante. 8
Dans les jours qui suivent, la droite cède à la gauche la présidence du Conseil général dans quinze départements.
Pasqua compte parmi les battus. Il ne dirigera plus les débats de l‘assemblée des Hauts-de-Seine. Il doit abandonner son fauteuil de Nanterre, mais en ce qui le concerne, l’échec est plus sévère que pour les autres, car il perd aussi son mandat de simple conseiller. Son adversaire communiste, Parfait Jans, qui l’avait déjà chassé de la mairie de Levallois-Perret le chasse maintenant du canton. Voilà ce qu’il en coûte de négliger son pré carré électoral pour parcourir la France au service de Jacques Chirac.
Jacques Baumel, lui, a été superbement réélu, compte tenu du contexte, dès le premier tour, avec 51,90 % des voix.
Quels sentiments éprouve-t-il à l’ouverture de la séance du Conseil général qui suit les élections, le 17 mars? Est-il très affecté par le recul de son parti et la déconfiture de son ami Pasqua?
Le doyen d’âge, M. Pinchaux, souhaite une heureuse retraite à M. le président Lagravère, précédent doyen d’âge, premier Président du 92 , et, après le rappel des “textes”, il donne la parole à M. Graziani.
“M. Graziani . - Nous présentons la candidature à la présidence du Conseil général de Jacques Baumel....”
Avant le scrutin, M. Lanternier, candidat communiste, demande que soient abordées des questions urgentes... Il voudrait voir se démocratiser le fonctionnement du Conseil général... Il souligne les revers de la droite... Nomme Pasqua... Dénonce le découpage des cantons qui maintient la gauche dans l’opposition alors qu’elle a recueilli 54,5% des suffrages...
Rappel à l’ordre du doyen d’âge. On vote.
Jacques Baumel obtient 22 voix, Lucien Lanternier 17 .
Peu après, “ M. Baumel prend place au fauteuil de la présidence.
M. Baumel . - Mes chers collègues, Monsieur le Préfet, au moment précis où j’accède pour la deuxième fois à votre présidence, vous me permettrez, j’en suis sûr, d’adresser mes premiers mots à tous nos collègues qui par leur vote de confiance m’ont permis d’accéder à cette responsabilité dont je mesure, croyez-moi, les difficultés beaucoup plus que les charmes.
Je veux également, non seulement parce que c’est conforme aux usages, mais parce que cela répond à mon sentiment personnel et profond, rendre hommage à l’action et à l’œuvre de mon prédécesseur qu’un sort contraire a écarté de notre Assemblée...(Rires à gauche.) ”
Le président ne pose aucune question sur le sens de ces rires et poursuit, imperturbable :
“... mais qui, pendant les trois ans où il a assuré la présidence de notre Conseil général, a eu une tâche extrêmement difficile...”
L’orateur salue ensuite tous ceux qui ont quitté le Conseil général, puis il souhaite la bienvenue aux nouveaux membres, et conclut :
“Alors, voilà! la campagne est terminée, cette campagne, d’ailleurs, je note qu’elle a été finalement dans le département extrêmement calme...
Mme Cohen .- Ce n’était pas le cas à Levallois-Perret!...(Mme Cohen est l’élue du canton de Levallois-Perret Nord, mais son exclamation vise aussi, et surtout, le canton de Levallois-Peret Sud d’où Parfait Jans a chassé Charles Pasqua.)
M. le Président . - Maintenant la page est tournée, nous sommes réunis dans cette salle pour essayer d’œuvrer tous ensemble et de travailler dans l’intérêt du département. ”
Avant d’aborder la suite de l’ordre du jour, l’orateur tient à souligner dans quelles conditions il vient de retrouver son fauteuil.
“ Cette élection, de par ma volonté, de par la volonté de ceux qui m’ont fait confiance, à laquelle je suis très sensible, est une élection d’union, puisque, issu d’un des mouvements de la majorité, d’un des groupes, j’ai recueilli sur mon nom la totalité des voix de la majorité et c’était une chose à laquelle je tenais beaucoup...”
A Jean-Pierre Fourcade d’apprécier cette remarque, lui qui est conseiller général de Saint-Cloud, mais aussi ministre des Finances, souvent en conflit avec Chirac.
Quoi qu’il en ait dit en début de séance, Jacques Baumel tient à se démarquer de son prédécesseur :
“ Je crois qu’il est absolument nécessaire que nous laissions au vestiaire un certain nombre de pratiques dont j’ai souffert comme beaucoup d’autres dans les années précédentes et, dans le respect des opinions que j’ai toujours pratiqué, dans la volonté très ferme d’affirmer nos idées - ce qui est la notion même de démocratie et qui est la condition même de notre présence ici - je pense que les invectives, les attaques, les passions doivent être écartées de nos débats. ”
Mais prendre ses distances ne signifie en rien se désolidariser, la preuve :
“Depuis neuf ans, nous avons fait (six ans sous ma conduite, trois ans sous celle de Pasqua) une œuvre je crois très remarquable en commun pour essayer de doter ce département des équipements sociaux collectifs qui lui manquaient et qui, aujourd’hui, en font un département des mieux équipés de la région parisienne - il faut aller plus loin, il faut envisager une politique plus audacieuse et en même temps plus imaginative.”
L’orateur dégage “quelques lignes de force de cette politique...“ (environnement, sécurité, “humanisation des rapports entre l’Administration et le public”), puis il donne la parole à M. Jans.
“ M. Jans . - Monsieur le Président, pour répondre à votre appel à l’humanisation de notre action, je propose au Conseil général d’ajouter un vœu d’urgence à notre ordre du jour, à propos de l’interruption temporaire des expulsions qui intervient chaque année durant la période hivernale et qui a pris fin le 15 mars. Des milliers de famille sont à nouveau directement menacées par cette mesure inhumaine.
Courtoisie et fermeté : Monsieur le Président n’a pas changé.
Le cumul des mandats
Jacques Baumel sait, il l’a dit, que la présidence du Conseil général offre plus de difficultés que de charmes, mais, à la différence de 1973, il n’en a pas tiré la conclusion qu’il devait renoncer à cette fonction, faute peut-être d’avoir été bien conseillé par son ami Pasqua.
Un coup d’œil à son agenda met en lumière les problèmes que peut poser le cumul des mandats.
La prochaine réunion de l’Assemblée départementale aura lieu le 7 avril : le nouveau président devra y donner une nouvelle impulsion à la mise en œuvre du Deuxième Plan Quinquennal.
Mais avant, le 2 avril, il devient à l’Assemblée nationale membre de la commission des affaires étrangères.
Notons au passage qu’il appartient désormais au groupe RPR, qui a remplacé, on l’a vu, le groupe UDR.
Le 22 avril, de retour au palais Bourbon après avoir siégé le 7 à Nanterre, il intervient dans la discussion portant sur un projet de loi relatif à la protection de la nature.
Le 27 avril, dans sa bonne ville de Rueil-Malmaison, il fait voter par le conseil municipal, entre autres projets, le transfert du Conservatoire Municipal de Musique à l’École Jean Jaurès, la construction d’une nouvelle école rue Cramail, la réalisation de divers emprunts (dont un de 4 500 000 F en vue de poursuivre les acquisitions des terrains dépendant de la ZAC Noblet-Village.) D’autres décisions portent sur des sommes beaucoup moins importantes, mais il convient de ne rien négliger, M. le Maire doit avoir l’œil à tout. C’est ainsi que l’Amicale des Auvergnats se voit accorder une subvention de 1000F mais celle du Centre équestre sera seulement de 500F.
Moins de dix jours plus tard, le 6 mai, la vie associative de Rueil est bien oubliée. Ce jour-là, Jacques Baumel intervient, à la tribune de l’Assemblée nationale, à l’occasion d’une “déclaration du gouvernement sur la politique étrangère”, et c’est pour déplorer “la situation navrante du livre et des journaux français dans le monde (...) le caractère techniquement peu heureux du choix des émissions sur ondes courtes”. Il faut, selon lui, “faire relever du ministère des affaires étrangères l’ensemble des opérations qui intéressent la France dans le monde”.
Cette effervescence n’a rien d’exceptionnel.
Les travaux qui l’accaparent à l’automne ne sont pas moins nombreux et variés que ceux qui l’ont occupé au printemps.
Le 15 octobre, il traite au palais Bourbon du “taux de la taxe d’habitation”. Le 26 octobre, il réunit son conseil municipal pour discuter, entre autres sujets, de “l’extension du Centre maritime de Pornichet” (propriété de la commune pour colonies de vacances) Le lendemain, de retour dans la capitale, il prend part à un débat dont le thème est “Équipement et urbanisme”, et, le 3 novembre, il prolonge sa réflexion en intervenant dans un autre débat portant sur la “Qualité de la vie” (environnement, Paris et sa banlieue menacés d’une pollution croissante). Le 9 novembre, toujours à l’Assemblée nationale, mais dans un domaine bien différent, il rappelle “les critiques formulées depuis des années par les rapporteurs à l’égard du budget des affaires étrangères”, et, enfourchant l’un de ses chevaux de bataille favoris, il répète une fois encore que “le livre français ainsi que la presse française demande des solutions concrètes et réelles”. Six jours plus tard, le 15 novembre, il préside une séance du conseil général des Hauts-de-Seine, mais le 19, il doit céder (peut-être à regret) la présidence à son collègue Paul Graziani, car il a l’intention de préparer une nouvelle intervention au parlement. Et le 24 novembre, il pose en effet une “question au gouvernement” portant sur les “crédits affectés à certaines maisons de la culture et à l’aide à certains spectacles : modalité d’attribution de ces crédits; choix parfois contestable de certains spectacles”.
On pourrait croire que ces multiples activités suffisent à remplir le coeur et l’esprit de notre député-maire, de surcroît président d’un important conseil général, mais il n’en est rien : en cette fin d’année 1976, Jacques Baumel, comme la plupart de ses confrères, pense avant tout aux prochaines municipales, qui auront lieu au mois de mars de l’année suivante.
Chez tout homme politique les élections ne constituent-elles pas la préoccupation transcendante?
La campagne ne sera pas facile pour les partis de la majorité.
La situation économique et sociale reste mauvaise.
L’opposition, nous l’avons vu, a gagné les cantonales du mois de mars 1976. La gauche en France est majoritaire et en progression. Georges Marchais a bien essayé de taquiner François Mitterrand à propos des nationalisations, il a menacé de remettre en cause le programme commun qui date de 1972, mais finalement, au mois de juin 1976, les communistes, les socialistes et les radicaux de gauche ont conclu un accord pour présenter des listes d’union aux municipales de mars. “ Dans les 221 villes de plus de 30 000h. en 1977, la gauche socialiste et communiste se présente unie au premier tour dans 202 d’entre elles, soit dans 91% des cas contre 57% en 1971”.
A droite, bien que le premier parti ait pris le nom de Rassemblement (pour la République, RPR) l’harmonie semble moins facile à établir. Des tiraillements existent chez les gaullistes, Michel Jobert, ancien ministre de Pompidou, ajoute à la confusion en attirant certains d’entre eux vers son Mouvement des démocrates, mais surtout, l’alliance est difficile entre le RPR d’une part, les RI et autres centristes d’autre part, car si le parti de Jacques Chirac soutient le gouvernement de Raymond Barre, il le fait en le critiquant avec pugnacité.
L’affaire de la mairie de Paris brouille davantage les cartes. En application de son nouveau statut, la capitale doit élire un maire, pour la première fois depuis 1871. Sans concertation avec les autres composantes de la majorité présidentielle, les RI giscardiens décident de présenter Michel d’Ornano, maire de Deauville. La majorité gaulliste du Conseil de Paris s’insurge et répond en annonçant la candidature de Jacques Chirac. Et pendant que ces deux personnalités s’apprêtent à en découdre, dans les autres communes de France, les partis de la majorité s’efforcent avec plus ou moins de bonheur de signer des alliances.
A noter aussi la première participation à des élections municipales d’un courant nouveau, celui des écologistes, dont les listes seront présentes dans une trentaine de villes de plus de 30 000 h.
Le 13 mars, ces écologistes réussissent une percée, mais les résultats du scrutin sont surtout marqués par une forte poussée de la gauche. Les résultats du 20 mars confirment ceux du 13. 9
“Un grand souffle passe”, déclare Mitterrand.
Mais si Créteil, Antony, Cherbourg, Montpellier, Reims, Nantes, Saint-Étienne, Angers, Montluçon, Tarbes, Brest et soixante autres villes de même importance changent de couleur, Rueil-Malmaison, grâce à Jacques Baumel, compte parmi celles qui ne sont pas emportées par la vague.
Quelle a donc été la stratégie de M. le Maire?
On a vu comment le président du Conseil général des Hauts-de-Seine, après son élection, a tenu à souligner qu’il avait recueilli sur son nom la totalité des voix de la majorité et que c’était une chose à laquelle il tenait beaucoup. On l’a entendu, à l’Assemblée nationale, émettre des réserves lors de la discussion du projet de loi relatif à l’interruption de grossesse, mais il n’en est pas moins un ami de Simone Veil, ministre de la santé, et il l’a invitée dans sa bonne ville pour qu’elle inaugure la crèche des Trianons. Jacques Baumel, solide partisan de l’union, fort doué pour la réaliser lorsque cette charge lui revient, compose sans trop de peine, pour les municipales de 1977, une liste unie qu’il appelle “Agir pour Rueil”. L’assemblée communale qu’il propose aux électeurs est constituée de la plupart des sortants, en tête desquels on peut citer Marcel Noutary qui, en 1973, a conquis le canton de Rueil (Nord) en battant Michel Duffour. Toutefois, certains conseillers, qui avaient semblé bouder l’unanimité chère à M le Maire en n’assistant pas à quelques séances du Conseil municipal et en négligeant de se faire remplacer ont été écartés. Il ne faut pas contrarier le patron, sinon gare! Ces éliminations permettent de rajeunir l’équipe en y accueillant, par exemple, Jacques Gautier, ou bien encore un brillant cadet d’une trentaine d’années, Patrick Ollier, professeur à Sciences Po à Aix-en-Provence en 1969, avant d’entrer dans le cabinet du secrétaire d’État Jacques Baumel, pour y travailler à la mise en œuvre de la “Nouvelle société”.
Appuyée sur ce qu’elle juge un excellent bilan ( 320 places en 6 crèches contre 1 crèche et 60 lits en 1971, 35 000 m2 d’espaces verts contre 3 900, six clubs pour le 3ème âge contre 1, de grands travaux en chantier), la liste “Agir pour Rueil” est prête pour la bataille.
Dans le camp adverse, Michel Duffour, bien qu’il ait perdu trois ans et demi plus tôt le canton de Rueil Nord, revient à la charge et se prépare pour un nouveau combat. Avec Jacques Fournier pour le seconder, il rassemble sans difficulté tous les éléments d’une liste qu’il nomme très simplement “Union de la Gauche”.
Par ailleurs, Rueil-Malmaison est l’une des quelque 30 villes qui font une place au courant nouveau : M. Lecoeur conduit la liste “Rueil écologie”.
Résultats du premier tour :
- “Agir pour Rueil” (Baumel) : 48,54 %,
- “Union de la Gauche” (Duffour) : 39,70 %
- “Rueil écologie” (Lecoeur) : 9,77 %.
Le scrutin étant à deux tours sans panachage ni possibilité de fusion entre les deux tours et le seuil de maintien au second tour étant fixé à 12,5 % des inscrits, la liste “Rueil écologie”, dont le score est fort honorable pour une première apparition, se trouve éliminée.
Au second tour, marqué par une forte participation (76,63 % contre 73,96 % au premier), la liste de Jacques Baumel l’emporte avec 54, 03 % des suffrages.
Compte tenu des circonstances, c’est une remarquable victoire. Politique influent, ancien ministre, député, président du Conseil général, notre notable, au terme de son premier mandat municipal, a bel et bien pris racine.
Septième mandat de député
A Rueil-Malmaison, en 1977, le centre-ville est un vaste chantier : une nouvelle mairie, spacieuse, toute moderne avec ses parois de verre, s’élève à coté de l’ancienne mairie, construite sous Napoléon III.
Le conseil municipal suit de près ces travaux.
Pour autant, les problèmes du quotidien ne sont pas écartés, la voirie n’est pas négligée, on vote pour l’alignement de nouvelles rues, pour l‘installation de feux tricolores dans divers carrefours. On se prononce même pour l’ouverture d’autres chantiers : création de deux nouvelles crèches, participation de la ville “pour l’exécution de travaux de consolidation des arcs-boutants” de l’église Saint-Pierre, Saint-Paul.
Maître architecte à Rueil, Jacques Baumel continue de présider à Nanterre le Conseil général du 92 dans l’exercice de ses fonctions administratives, économiques et sociales.
A l’Assemblée nationale, le 13 mai, il participe à un débat sur l’Agence nationale pour l’emploi. Le 8 juin, il demande au gouvernement de prendre une position énergique pour obtenir la libération de civils français retenus comme otages par le Polisario 10 et il stigmatise les “propos indécents tenus à Alger par un dirigeant du parti communiste français, M. Kanapa.” Le 23 juin, il fait un rapport, au nom de la Commission des affaires étrangères, sur un accord maritime entre la France et le Brésil. Le 24, il traite “des difficultés des services des postes dans les Hauts-de-Seine”. Le 25 novembre, il propose des “instructions à donner à la DATAR” (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale) pour le maintien de l’activité économique des Hauts-de-Seine.
Toutefois, cette année encore, ses multiples activités ne l’empêchent pas de préparer une nouvelle campagne électorale, et d’y participer avec ardeur car la lutte promet d’être chaude.
Rude tâche en effet, car ces législatives, qui auront lieu au mois de mars 1978, s’insèrent dans un contexte politique difficile pour les partis au pouvoir.
Après les cantonales, la gauche a emporté les municipales. La droite ne rêve que de revanche, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’est pas soudée. La bataille pour la mairie de Paris a laissé des traces. Et au sein même du mouvement gaulliste, tous les barons n’ont pas vraiment rallié Chirac.
Par ailleurs, Giscard donne à Barre, son premier ministre, les titres de “meilleur économiste de France”, de “Joffre de l’économie”, mais la situation économique ne s’améliore pas pour cela. Le taux de croissance des richesses produites par les Français ne cesse de diminuer, le déficit du commerce extérieur augmente, l’inflation est passée de 9 à 11%, le cap du million de chômeurs a été franchi et les remboursements de la Sécurité sociale sont touchés.
Si le gouvernement ne réussit guère dans ses entreprises, ce n’est pas faute d’être soutenu par le RPR. A l’Assemblée, les gaullistes restent fidèles à la solidarité parlementaire. Ils votent avec les RI de Giscard et les autres Centristes.
Chirac et les siens répliquent à ces attaques, ils désapprouvent avec véhémence hors du palais Bourbon ce qu’ils ont approuvé à la tribune du Parlement, et cette situation paradoxale se prolonge durant plusieurs mois.
Lorsque le président du RPR, devenu maire de Paris, déclare qu’il prendra, face au péril communiste, la direction de la campagne pour les législatives, le président de la République, non moins désireux de vaincre la gauche, désigne Raymond Barre pour conduire la majorité. Chirac, et ceux qui le suivent, devront donc se battre sur deux fronts : contre la gauche, et contre les giscardiens, qui ne pensent qu’à leur rogner les ailes.
Parmi les plus fidèles partisans de Jacques Chirac figure Charles Pasqua. Toujours aussi combatif, et riche d’idées, il est secrétaire de la fédération RPR des Hauts-de-Seine, mais par ailleurs sans emploi substantiel. Pour le récompenser de ses bons services, son chef de file lui propose alors de soutenir sa candidature aux sénatoriales. Et c’est ainsi qu’avec la bénédiction du chef du RPR, avec l’appui déclaré de Jacques Baumel, et surtout avec l’aide de Michel Maurice-Bokanowski, compagnon de la Libération, ancien ministre de de Gaulle, membre éminent du RPR, et lui même déjà sénateur des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua est élu à la Chambre Haute le 25 septembre.
Au moment où la campagne pour les législatives va commencer vraiment, l’ancien maire de Levallois- Perret, ex-président du Conseil général, retrouve sans effort un mandat électif dans un département qui lui est aussi cher qu’à son ami Jacques Baumel. Mais avant de siéger assidûment au Sénat, il est le maître d’œuvre d’un tour de France préélectoral au cours duquel Jacques Chirac déploie tous ses talents pour que le RPR entre en force à l’Assemblée nationale.
Le 11 février, après 517 réunions publiques tenues dans 79 départements, une dernière, organisée à Paris, à la Porte de Pantin, rassemble 100 000 personnes.
Dans sa circonscription, Jacques Baumel, député RPR sortant, a mis la même vigueur au service de ses convictions gaullistes.
Effort couronné de succès dès le premier tour.
Avec plus de 40 % des voix, il écrase l’autre tenant de la majorité présidentielle, Michel Durey, UDF 11, qui n’en obtient que 13%.
Et il devance nettement les représentants de l’opposition. Ces derniers sont les mêmes qu’en 1973, et ils sortent de la confrontation dans le même ordre : Jacques Fournier, PS, 18,8 % des voix devant Michel Duffour, PC, 15 %.
En vue du second tour, Jacques Baumel, dont le suppléant est le jeune Patrick Ollier, attaque sans ménagement son adversaire devenu candidat de l’union de la gauche, et ses mots les plus acérés sont comme un écho des philippiques que Jacques Chirac fait entendre dans toute la France
“La situation est grave et vous avez à prendre une décision d’importance nationale (...) Voter pour un socialiste c‘est voter pour un complice des communistes, c’est faire courir à la France un danger mortel (...) Faillite de centaines de milliers d’entreprises (...) Ruine de millions de Français avec la chute du franc. Disparition des libertés essentielles (...) Sacrifice de classes entières telles que les cadres et les classes moyennes (...) Refusez ces changements-là! Ils condamnent la France à mort.”
De leur côté, Jacques Fournier et son second Jean Giroud, candidats de l’Union de la Gauche, s’adressent aux 60 % d’électeurs “qui, par leur vote du 12 mars, ont manifesté leur désir d’être représentés par un nouvel élu”. Compte tenu du contexte national, les électeurs de l’UDF sont particulièrement sollicités : “Vous, enfin, qui avez voté pour Michel Durey, parce que vous hésitez encore à apporter votre suffrage à un homme de gauche, je vous invite à réfléchir...”
Verdict des urnes :
M. Baumel : 33 935 voix, 59,68 %
M. Fournier : 22 919 voix, 40,31 %
Jacques Baumel l’emporte avec 4,5 points de plus qu’en 1973, contre le même adversaire. C’est une superbe victoire.
Jacques Baumel a gagné
La majorité a gagné. Elle reste la majorité en France.
Elle obtient 50,4 % des voix, et 290 sièges à l’Assemblée, contre seulement 200 sièges à la gauche.
Mais c’est une amère victoire pour le RPR.
Jacques Chirac, qui a remporté une rude bataille, celle qu’il a livrée contre l’opposition, a été vaincu sur l’autre front, où il s’opposait aux troupes de Giscard.
Le RPR a recueilli 26,7 % des voix, ce qui lui vaut 153 sièges (29 de moins que n’en avait l’UDR dans la précédente assemblée) alors que l’UDF, avec 23,18 % des voix, obtient 137 sièges (24 de plus que n’en détenaient les RI et autres centristes.)
Ce n’est pas encore demain que dans la majorité la vie ressemblera à un long fleuve tranquille.
Objectif l’Élysée
A l’Assemblée nationale, Jacques Baumel s’inscrit à nouveau au groupe du RPR
Il redevient aussi membre de la commission des affaires étrangères, et, à ce titre, intervient à la tribune dès le 18 mai pour présenter un rapport concernant la coopération militaire, en matière d’information et dans le domaine maritime entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République togolaise.
A Rueil, il suit, entre autres dossiers, celui qui concerne “l’Arsenal”, fermé par le ministère des Armées en 1958, et dont les activités ont été transférées à Roanne. Les vastes terrains libérés, situés sur le Plateau, au pied du Mont Valérien, ont été en partie vendus à la régie Renault, une première tranche en 1971, une seconde en 1975. La mairie a obtenu pour sa part un emplacement sur lequel elle décide de construire 147 logements, et des locaux dans lesquels elle envisage d’aménager un Centre aéré.
Pour la réalisation de ce projet, le conseil municipal, lors de sa séance du 6 juin 1978, demande une subvention à la Caisse d’Allocations familiales.
Mais durant cette période qui suit les législatives, Jacques Baumel, si occupé qu’il soit par ses fonctions, n’échappe pas à la politique politicienne.
Première affaire, celle du “perchoir”. Qui accédera à la présidence de l’Assemblée? Chaban-Delmas, que l’on a un peu oublié depuis son échec aux présidentielles, se porte candidat. Edgar Faure, président sortant, l’est aussi. Rue de Lille, au siège du RPR, l’agitation est grande. Bel embarras pour Chirac. Ses conseillers (Juillet, Pasqua) font valoir qu’Edgar Faure est (depuis peu de temps) membre du RPR. Chirac penche donc pour lui, mais pour finir, Chaban est élu, avec les voix des giscardiens et celles d’une quarantaine de députés gaullistes.
Que cela serve de leçon au président du parti!
La guérilla opposant Giscard et Chirac marque si fort le début de la législature que Jacques Baumel et quelques autres anciens secrétaires généraux du mouvement gaulliste adressent à leur chef une lettre de protestation 12 :
“Nous réprouvons la politique qui consiste à pourfendre quotidiennement le gouvernement et le Président, à proclamer leur insuffisance, à dénoncer leur carence, tout en votant régulièrement au Parlement avec la majorité (...) Adapter nos votes à nos critiques signifierait rejeter les textes du gouvernement, voire voter la censure ou même la proposer. Nous avons pris acte de vos engagements, publics et répétés, de ne pas nous entraîner dans une telle aventure qui remettrait en cause notre victoire de 1978...
C’est alors que le malheureux Chirac est victime d’un accident de voiture, ce qu’il faut rappeler ici pour comprendre le nom d’un nouvel “appel” qu’il va lancer, l’Appel de Cochin (du nom de l’hôpital où il a été admis avec une jambe cassée).
“Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple”, déclare-t-il, oubliant ses blessures. Et, s’en prenant au “parti de l’étranger” qui met en péril la France, à quelques mois des élections européennes, il attaque avec véhémence Valéry Giscard d’Estaing et son gouvernement. “Non, s’écrie-t-il, non à la politique de la supranationalité, non à l’asservissement économique, non à l’effacement international de la France”. Et de conclure : “Avec gravité et résolution, je vous appelle dans un grand rassemblement de l’espérance, à un nouveau combat, celui pour la France de toujours dans l’Europe de demain”.
Une fois de plus, une crise secoue le RPR. Jacques Baumel est de ceux qui partageraient peut-être les idées de Chirac sur l’Europe mais qui sont en désaccord avec l’outrance de ses propos. De ceux qui jugent cet appel malvenu, maladroit, et qui ne se trompent pas.
Les conséquences en sont en effet désastreuses pour leur parti aux européennes du 10 juin 1979. La liste UDF, conduite par Simone Veil, obtient 27,55 % des suffrages et 25 sièges de députés européens, celle du PS (Mitterrand) 23,57% et 22 sièges, celle du PC (Marchais) 20,57% et 19 sièges, celle du RPR (Chirac) 16,25 % et 15 sièges.
Jamais les gaullistes n’ont fait un aussi mauvais score!
Le RPR est non seulement devancé par l’UDF de Giscard, mais il se retrouve en quatrième position, derrière les communistes. 13
Touché, Jacques Chirac se sépare de ses conseillers habituels, et, sur le conseil de Sanguinetti, se retire provisoirement en Corrèze... pour y préparer à l’intention de ses compagnons une nouvelle surprise.
En 1980, durant l’accalmie qui sépare la campagne des européennes de celle des présidentielles, Jacques Baumel se consacre à ses activités municipales, départementales et parlementaires. C’est ainsi qu’à Rueil, où le terrain à bâtir ne manque pas, il travaille sur des dossiers concernant la création et la réalisation de la Zone d’Aménagement Concerté des Closeaux. Il s’agit d’un projet portant sur 24 hectares : 9 hectares pour des habitations individuelles, le reste étant destiné à une zone de loisirs. Au Palais Bourbon, il intervient en avril dans une discussion portant sur la “notion soviétique de la coexistence“, en mai sur le “retrait des troupes françaises du Tchad”, en juin sur la “protection des animaux domestiques” (abandon d’animaux lors des départs en vacances, ), en décembre sur la “politique d’égalité de rémunération entre hommes et femmes”.
Mais la vie de son parti retient également son attention, cette même année étant jalonnée d’événements qui vont entretenir une certaine fièvre au sein du RPR.
Rentré du Limousin, Jacques Chirac a remplacé Devaquet par Bernard Pons au poste de secrétaire général du RPR, il a renouvelé son entourage en faisant appel à de jeunes députés élus en 1978, et, par son attitude et ses premières déclarations, il a rassuré les caciques du parti. Au mois de janvier, M. et Mme Chirac ont été reçus à déjeuner à l’Élysée par le Président et son épouse. Le 12 février, à l’occasion d’une conférence de presse, Jacques Chirac a usé d’un ton modéré pour critiquer la politique de Raymond Barre, impuissante à combattre le chômage et l’inflation.
Un calme trompeur, à guère plus d’un an des élections présidentielles. Dans l’opposition, les tractations vont bon train. Qui représentera la majorité?
Au mois de mars, à l’occasion des journées parlementaires du RPR, le président du groupe, Claude Labbé déclare que Jacques Chirac serait, pour la France, le meilleur candidat à la fonction suprême. Mais alors, et Chaban? N’a-t-il pas toujours ses partisans? Toutefois, le plus véhément dans la protestation, c’est Michel Debré. A ce point que, trois jours plus tard, l’ancien Premier ministre du Général annonce que lui-même sera candidat. Belle confusion, que la candidature symbolique de Marie-France Garaud, la plus pompidolienne des néo-gaullistes ne viendra pas dissiper.
Dans les semaines qui suivent, Chaban et la plupart des gaullistes historiques se rangent derrière Michel Debré. Avec lui, ils témoigneront durant toute la campagne de leur fidélité au général. Mais suffit-il de témoigner? Debré a-t-il un avenir politique? Pour que leurs voix soient utiles, certains d'entre eux ne voteront-ils pas pour Giscard?
Jacques Chirac fait officiellement acte de candidature le 3 février 1981, mais il a déjà, à cette date, parcouru la France en tous sens, pour proposer à ses électeurs, au nom du gaullisme qu’il représente, une “troisième voie” entre “l’aventure de l’incertain et la certitude de l’aventure”. Il pratiquera une politique libérale, aussi opposée au “collectivisme rampant “de Giscard qu’au projet socialo-communiste de Marchais et de Mitterrand.. En vérité, ses attaques visent plus souvent le Président sortant que ses adversaires de gauch



